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Climat et biodiversité ont leurs destins liés, mais font encore COP à part

Crise climatique et crise de la biodiversité "sont des sœurs jumelles", rappelle un haut-responsable de Greenpeace

Illustration : Des poissons nagent près d'un corail blanchi dans le parc marin de Kisite Mpunguti, au Kenya, le 11 juin 2022. (Crédit : AP Photo/Brian Inganga)
Illustration : Des poissons nagent près d'un corail blanchi dans le parc marin de Kisite Mpunguti, au Kenya, le 11 juin 2022. (Crédit : AP Photo/Brian Inganga)

La COP27 sur le climat s’est conclue dimanche dernier sans avancée majeure sur la sauvegarde de la nature : une « occasion ratée » pour nombre d’experts et de militants qui comptaient sur plus de synergies pour éviter un échec à la COP15 sur la biodiversité, en décembre à Montréal.

Le sujet n’est pas totalement absent de la déclaration finale de Charm el-Cheikh, dans laquelle tous les pays admettent qu' »il est urgent de s’attaquer, de manière globale et en synergie, aux crises mondiales interconnectées du changement climatique et de la perte de biodiversité ».

Mais aucun engagement nouveau n’accompagne ce constat scientifique ancien et loin d’être mis en pratique.

Rien donc qui puisse rassurer les participants de la 15e conférence des Nations unies sur la biodiversité, prévue du 7 au 19 décembre à Montréal. Presque 200 pays, signataires de la Convention sur la diversité biologique (CDB), doivent y conclure un accord sur un cadre mondial pour sauvegarder la nature et ses ressources, avec une liste d’objectifs à atteindre d’ici 2030.

Mais après deux ans de négociations difficiles, présidées par la Chine et interrompues par la pandémie, l’issue reste très incertaine.

« C’est regrettable que la COP27 n’ait pas envoyé un signal très fort envers la COP15, c’est une occasion ratée », déplore Li Shuo, haut-responsable de Greenpeace, convaincu que Montréal ne sera finalement pas l’équivalent pour la biodiversité de l’accord de Paris pour le climat.

Des lettres et des dessins sont exposés lors du sommet climatique de l’ONU COP27, le 19 novembre 2022, à Sharm el-Sheikh, en Égypte. (Crédit : AP/Peter Dejong)

Pourtant, crise climatique et crise de la biodiversité « sont des sœurs jumelles », rappelle-t-il. « L’aînée a reçu beaucoup d’attention politique et publique, alors que la biodiversité est restée dans l’ombre ».

En dehors du Premier ministre canadien, aucun chef d’État ou de gouvernement n’est d’ailleurs attendu à Montréal, alors qu’ils étaient plus de 110 en Egypte.

« Un tiers de la solution » 

« Nous devons résoudre ces deux crises si nous voulons avoir une planète vivable pour les générations futures », insiste Brian O’Donnell, directeur de Campaign for Nature.

La nature « représente jusqu’à un tiers de la solution climatique » et « c’est une technologie qui a fait ses preuves », défend-il, citant les océans, ces « super-héros » méconnus de l’absorption du carbone. Sans oublier les forêts, autre puits de carbone, l’eau et les sols qui filtrent nos pollutions, les mangroves qui ralentissent l’érosion côtière, les pollinisateurs indispensables à la reproduction des végétaux, etc.

« Nous devons voir tout ça comme un unique système terrestre, lui-même une série d’écosystèmes qui entretiennent la planète, et alors nous pourrons résoudre la crise climatique », résume cet expert de la conservation.

Mais le temps presse. « Nous ne pouvons pas nous permettre dix ans d’inaction de plus sur la biodiversité », met-il en garde, alors que le monde a échoué à tenir les « objectifs d’Aichi » (Japon), fixés en 2010 lors de la 10e conférence de la CDB.

Les abeilles domestiques font partie des pollinisateurs les plus importants de notre écosystème. (Crédit : Susanne Schulz sur iStock by Getty Images)

Le cadre négocié à Montréal doit revoir les objectifs à la hausse, notamment celui d’une protection de 30 % des terres et des mers, mais aussi instituer un véritable système de mise en œuvre et de suivi et débloquer des financements cruciaux pour les pays pauvres.

Mais « des décennies d’approche séparée de ces questions se poursuivent encore trop souvent », regrette Brian O’Donnell.

Les Nations unies déploient leurs efforts en parallèle depuis le sommet de la Terre de Rio, en 1992. C’est là que sont nées la CDB et la Convention-cadre sur les changements climatiques (CCNUCC), ainsi qu’une troisième, la Convention contre la désertification (CNULCD).

Depuis, chacune a sa propre institution et tient sa propre Conférence des parties (COP), à intervalles réguliers.

Mais au fond, « ces trois COP ont les mêmes objectifs », défend Alain-Richard Donwahi, qui a présidé en mai celle sur la désertification à Abidjan.

« Pour lutter contre le changement climatique, il faut lutter contre la déforestation, contre la dégradation des sols, et pour restaurer la biodiversité il faut rétablir des forêts; il faut donc que ces COP trouvent des solutions et des financements ensemble », insiste l’ex-ministre ivoirien.

Faut-il aller jusqu’à fusionner ces conventions de Rio? Non, répond Bettina Laville, fondatrice du think tank Comité 21: « les sujets seraient noyés et l’acuité des négociations y perdrait beaucoup », estime celle qui les a suivies de près depuis 1992.

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