Comment la position de Buttigieg sur Israël se situe entre Biden et Sanders
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Analyse

Comment la position de Buttigieg sur Israël se situe entre Biden et Sanders

Le maire de South Bend, aujourd'hui en tête dans l'Iowa, a exprimé sa volonté de faire pression sur l'aide à Israël ; mais dénonce aussi fermement le Hamas et les tirs de roquettes

Eric Cortellessa

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Pete Buttigieg, candidat à l'investiture démocrate pour la présidentielle et maire de South Bend dans l'Indiana s'exprime au Dîner du Hall of Fame du parti démocrate de l'Iowa, le 9 juin 2019 à Cedar Rapids, Iowa. (Scott Olson/Getty Images/AFP)
Pete Buttigieg, candidat à l'investiture démocrate pour la présidentielle et maire de South Bend dans l'Indiana s'exprime au Dîner du Hall of Fame du parti démocrate de l'Iowa, le 9 juin 2019 à Cedar Rapids, Iowa. (Scott Olson/Getty Images/AFP)

WASHINGTON – La campagne des primaires pour la présidentielle américaine est capricieuse : un jour, un candidat d’un parti pourrait être à la hausse ; le lendemain, à la baisse. De plus, l’augmentation soudaine du nombre de votes d’un candidat outsider n’indique pas nécessairement un changement significatif.

Bref, la route est longue avant la nomination.

Cela dit, le maire de South Bend, dans l’Indiana, Pete Buttigieg, est le dernier candidat en date à bouleverser certaines idées reçues sur la façon dont les primaires pourraient se dérouler. Au cours de la fin de semaine, un nouveau sondage l’a révélé au premier rang des électeurs démocrates de l’Iowa, les premiers caucus du pays avant l’investiture en 2020.

Le sondage publié par CNN, le Des Moines Register et Mediacom a révélé que le soutien de Buttigieg s’élevait à 25 % parmi les membres probables du caucus de l’État de l’Iowa, qui voteront en février. Ses principaux adversaires – l’ancien vice-président Joe Biden, la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren et le sénateur du Vermont Bernie Sanders – sont à égalité à la deuxième place avec 15 %.

Le candidat démocrate à la présidence et ancien vice-président Joe Biden au Hillside High School à Durham, NC le 27 octobre 2019. Environ 850 personnes ont assisté au rassemblement à Durham. (Bryan Cereijo/The News & Observer via AP)

Le passage de Buttigieg d’un produit politique relativement méconnu à un chef de file dans l’État pivot du scrutin anticipé reflète également une évolution des primaires démocrates pour les observateurs d’Israël : la montée en puissance d’un candidat dont les opinions sur l’État juif se situent quelque part dans le spectre idéologique entre Biden et ses rivaux Warren et Sanders, beaucoup plus à gauche.

Alors que Sanders a ouvertement envisagé de réduire l’aide américaine à Israël pour faire pression sur la nation afin qu’elle abandonne ses activités de colonisation, entame des pourparlers de paix avec les Palestiniens et améliore la crise humanitaire à Gaza, Biden a qualifié l’idée de « choquante » et « [d’]erreur gigantesque ».

Warren a promis de faire pression sur Jérusalem pour « mettre fin à l’occupation » et a dit que « tout est sur la table » lorsqu’il s’agit de détourner Israël d’une réalité permanente pour un seul Etat.

Buttigieg a également évité de garantir inconditionnellement à Israël les mêmes niveaux d’aide américaine, quels que soient son comportement ou ses choix politiques, et a appelé à l’application de formes concrètes de pression pour guider Israël dans une direction qui pourrait donner lieu à de nouveaux progrès sur le front de la paix.

L’ancien vice-président Joe Biden, (à gauche) candidat démocrate à la présidence, le sénateur Elizabeth Warren, démocrate du Massachusetts, (au centre), et Pete Buttigieg, (à droite) maire de South Bend, lors d’un débat pour les primaires organisé par CNN/New York Times à l’Université Otterbein, le 15 octobre 2019, à Westerville, Ohio. (AP Photo/John Minchillo)

Le mois dernier, le maire a déclaré qu’il envisagerait d’utiliser l’aide américaine pour « faire pression » sur Israël afin qu’il modifie sa politique envers les Palestiniens, mais qu’il ne s’engagerait pas à prendre des mesures spécifiques.

« Je ne vais pas m’engager maintenant sur toutes les façons dont cet effet de levier peut et doit être utilisé, mais je dirais que notre objectif politique sera de faire ce que nous faisons quand un ami agit d’une manière qui vous préoccupe, c’est-à-dire en mettant votre bras autour de lui et en le guidant vers un meilleur endroit », a-t-il ajouté.

L’objectif principal, a-t-il insisté, est d’empêcher Israël d’annexer les implantations en Cisjordanie, afin de préserver la possibilité d’une solution à deux États.

S’adressant à l’Université de Chicago, Buttigieg, 37 ans, a déclaré qu’il ne permettrait pas aux Etats-Unis d’accorder le même montant d’aide à Israël s’ils prenaient cette mesure – comme le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est engagé à le faire.

« Il est dans l’intérêt des Américains, ainsi que dans l’intérêt des Palestiniens et, en fin de compte, dans l’intérêt des Juifs israéliens, qu’Israël n’en arrive pas au point où il faudra choisir entre être un État juif ou une démocratie », a-t-il dit, « et il y a actuellement une tendance dans ce sens ».

Le candidat démocrate à l’élection présidentielle, Bernie Sanders, prend la parole lors de la conférence nationale de J Street, avec les animateurs de « Pod Save the World » Tommy Vietor (à gauche) et Ben Rhodes, le 28 octobre 2019, à Washington. (AP Photo/Jacquelyn Martin)

Cependant, c’est une position nettement plus légère que celle adoptée par Sanders, qui a également suggéré de donner une partie des 3,8 milliards de dollars versés à Israël à Gaza.

Par le passé, le sénateur du Vermont a également critiqué Israël pour son utilisation « disproportionnée » de la force militaire lors des flambées de violence dans l’enclave côtière.

Buttigieg a défendu Israël lors de sa récente escarmouche avec le Jihad islamique palestinien à Gaza, alors que l’organisation terroriste islamiste a lancé des centaines de roquettes sur Israël la semaine dernière après que l’armée israélienne eut tué un haut dirigeant de ce groupe terroriste.

« Je condamne fermement les attaques à la roquette contre les citoyens du sud et du centre d’Israël », a-t-il tweeté. « Israël a le droit de se défendre contre les actes de terrorisme qui entravent tout progrès vers la paix et qui ne feront qu’aggraver la situation humanitaire à Gaza. »

Par le passé, Buttigieg a également exprimé sa sympathie pour la situation critique d’Israël et parlé avec admiration de l’État juif.

L’année dernière, il s’est rendu dans le pays avec un groupe de maires américains et a ensuite participé au podcast du Comité juif américain pour discuter du voyage, ce qui l’a aidé à comprendre le pays au-delà de ce qu’il lit dans les journaux.

« Vous ne voyez que ce qui se passe entre le Premier ministre et l’Autorité palestinienne et vous ne voyez pas assez l’énergie, le dynamisme, la créativité, l’innovation qui se produisent au niveau local et comment cela contribue également au contexte national d’une manière positive », a-t-il dit.

Il a également vivement critiqué le Hamas, le groupe terroriste qui contrôle la bande de Gaza, et déclaré que la situation politique palestinienne actuelle rendait les pourparlers de paix plus difficiles.

Pete Buttigieg, maire de South Bend et candidat à l’investiture démocrate à la présidence, s’exprime lors d’un débat sur les armes à feu, le mercredi 2 octobre 2019 à Las Vegas. (AP Photo/John Locher)

« Il n’y a pas vraiment de voix unifiée ou unique pour le peuple palestinien », a déclaré M. Buttigieg sur le podcast de l’AJC. Affirmant que la mainmise du Hamas sur Gaza « contribue à beaucoup de misère là-bas » et notant l’absence d’une entité unique à laquelle Israël pourrait avoir affaire, a-t-il dit : « Je ne pense pas que cela soit bien compris et je pense que si c’était le cas, vous verriez plus de démocrates… poser plus de questions alors que nous avons droit à des versions de 90 secondes de ce qui se passe là-bas sur le câble ».

Les caucus démocrates de l’Iowa auront lieu le 3 février 2020. Le nouveau sondage, mené auprès de 500 personnes susceptibles d’y participer, comportait une marge d’erreur de 4,4 points de pourcentage. Il a montré que le soutien pour Buttigieg augmentait constamment.

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