Décès de Rafi Eitan : hommages du Mossad, du Shin Bet et de la classe politique
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Décès de Rafi Eitan : hommages du Mossad, du Shin Bet et de la classe politique

L'espion de légende derrière la capture d'Eichmann a été salué comme un homme "courageux" dont les contributions sécuritaires "seront enseignées aux prochaines générations"

Le politicien israélien et ancien agent des Renseignements Rafi Eitan, le 18 août 2015 (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
Le politicien israélien et ancien agent des Renseignements Rafi Eitan, le 18 août 2015 (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Les responsables israéliens et les chefs des services de renseignement du pays ont salué la mémoire de l’espion légendaire Rafi Eitan, qui s’est éteint samedi à l’âge de 92 ans.

M. Eitan est mort samedi après-midi à l’hôpital Ichilov à Tel-Aviv, ville côtière israélienne, selon la radio publique qui n’a pas donné plus de détails.

Dans un communiqué publié samedi soir, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a salué l’un « des héros des services de renseignement de l’Etat d’Israël qui s’est illustré dans d’innombrables missions menées pour le compte de la sécurité du pays. Il avait participé à la capture et à la traduction devant la justice du criminel nazi tristement célèbre, Adolf Eichmann. »

« Au fil des années, il a pris part à la vie publique, été ministre du gouvernement et œuvré à restituer les biens juifs volés pendant la Shoah à leurs propriétaires légitimes. Il était un ami personnel de notre famille. Sa sagesse, son esprit et son attachement au peuple israélien et à notre Etat étaient sans pareil. Nous pleurons sa mort », a ajouté Netanyahu.

Né en novembre 1926 dans un kibboutz dans une Palestine alors sous mandat britannique, Eitan avait participé à ses premières opérations militaires avant même la naissance de l’Etat d’Israël, en 1948.

Il avait rejoint ensuite le Palmach, branche d’élite de l’organisation paramilitaire juive Haganah, qui avait préfiguré l’armée israélienne. Il avait reçu le surnom de « Rafi le puant » après sa chute dans un égout au cours d’une opération militaire avant l’établissement d’Israël, en 1948.

Il avait ensuite intégré le Mossad dans les années 1950.

Après avoir grimpé les échelons jusqu’à arriver à la tête des opérations du Mossad, il avait participé à la capture à Buenos Aires d’Adolf Eichmann.

Le haut fonctionnaire nazi, notamment en charge de la « solution finale », fut ensuite extradé en Israël. En 1962, il y fut jugé et pendu pour sa responsabilité dans l’extermination de six millions de juifs lors de la Seconde Guerre mondiale.

Avec son déroulé digne d’un roman à suspense, l’enlèvement d’Eichmann avait contribué à la gloire des services secrets israéliens.

En 2017, interrogé par des médias israéliens, Rafi Eitan avait cependant confié que le médecin nazi Josef Mengele avait échappé à deux reprises et de justesse au Mossad avant de mourir accidentellement au Brésil en 1979.

Le chef du Mossad Isser Harel avait donné ordre à Rafi Eitan de profiter de la capture d’Eichmann pour arrêter également Mengele, qui vivait aussi à Buenos Aires, avait-il relaté.

Mais celui-ci avait dit s’être opposé au plan proposé : « Je ne voulais pas mener deux opérations en même temps (…) Nous avions réussi la première et, d’après mon expérience, lorsque vous tentez d’en mener une deuxième, vous mettez en danger les deux opérations ».

Ancien agent du Shin Bet et du Mossad, Rafi Eitan était aussi connu pour avoir été l’agent traitant de Jonathan Pollard, un analyste de la Marine américaine arrêté en 1985 et emprisonné aux Etats-Unis pendant 30 ans pour espionnage au profit d’Israël.

A la suite de cette affaire qui avait provoqué une grave crise de confiance entre les Etats-Unis et Israël, il était sous le coup d’un mandat d’arrêt américain.

En 2006, à l’âge de 79 ans, il fut élu au Parlement et prit la tête du Parti des retraités avant de devenir ministre pour les Seniors.

Il avait alors dit avoir subi une opération du cœur un an plus tôt. « Je ne vois rien et je n’entends rien mais je cours tous les matins, je fais de la sculpture et ma femme dit que je vais bien », avait-il confié.

Le directeur du Mossad, Yossi Cohen, a pour sa part fait une déclaration exprimant son « profond chagrin » après son décès, qualifiant l’ancien espion de pilier de la communauté israélienne des renseignements – et du Mossad en particulier.

« Nous reconnaîtrons toujours ses contributions en faveur de la sécurité de l’Etat d’Israël, depuis ses premiers jours lorsqu’il combattait au sein du Palmach », a dit le Mossad dans un communiqué.

« Rafi était un commandant et combattant de premier ordre, unique et courageux, qui a mené d’innombrables opérations audacieuses et des initiatives complexes pour le compte du Mossad, notamment l’opération ayant permis la capture du criminel nazi Eichmann… Le grande majorité de ses opérations ne peuvent être divulguées en public mais elles auront grandement contribué à la sécurité de l’Etat d’Israël ».

« La population d’Israël lui doit tant », a ajouté le chef des renseignements israéliens.

Nadav Argaman, dirigeant du Shin Bet, service de la sécurité intérieure israélien, a écrit dans un communiqué que « Rafi faisait partie des fondateurs de la branche d’opérations du service et a mené et participé à des douzaines d’opérations innovantes qui resteront secrètes pour les années à venir ».

« Nous sommes en deuil et fiers de continuer sur le chemin qu’il avait emprunté », a ajouté le Shin Bet.

Le président Reuven Rivlin a lui aussi fait part de ses condoléances, rendant hommage à « un combattant courageux dont les contributions à la sécurité de l’Etat d’Israël seront enseignées aux générations à venir ».

« Rafi était un combattant de naissance qui est resté fidèle à sa mission et à ce qu’il considérait comme juste. Nous nous inclinons aujourd’hui en sa mémoire et  nous séparons de lui avec chagrin et une grande reconnaissance. Nous le remercions profondément pour les contributions qu’il a apportées au peuple et au pays », a ajouté le président.

Le président de la Knesset Yuli Edelstein, pour sa part, a déclaré que « l’attachement d’Eitan à la fondation d’Israël et ce qu’il a apporté au pays et à sa sécurité – et particulièrement l’opération ayant entraîné la capture du criminel Eichmann – resteront dans les esprits des Israéliens. Que sa mémoire repose en paix ».

https://www.facebook.com/watch/?v=1768800569816941

En février 2018, Eitan avait surpris et choqué en Israël en apportant publiquement son soutien au parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) issu de l’extrême-droite.

Dans un message filmé publié vendredi sur la page Facebook du parti, Eitan avait salué la faction, disant : « Veuillez comprendre que chacun de nous, en Israël, apprécie votre attitude envers le judaïsme ».

« Dans n’importe quel cas, je suis sûr que si vous travaillez avec force et, plus important, de manière réaliste… Je suis sûr qu’au lieu de représenter une ‘Alternative pour l’Allemagne’, vous pourriez devenir une alternative pour toute l’Europe », avait-il dit.

Il avait également vivement recommandé aux membres de l’AfD de fermer leurs frontières « dans les meilleurs délais pour empêcher l’immigration musulmane » dans une lettre qui accompagnait la vidéo.

L’AFP a contribué à cet article.

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