Des centaines d’immigrants d’Ethiopie arrivent en Israël
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Des centaines d’immigrants d’Ethiopie arrivent en Israël

La ministre de l'Intégration Pnina Tamano-Shata a accompagné les olim accueillis en fanfare ; c'est la première étape d'un plan visant à faire venir 2 000 membres de la communauté

Des membres de la communauté juive éthiopienne arrivent à l'aéroport Ben Gourion, près de Tel-Aviv, le 3 décembre 2020. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Des membres de la communauté juive éthiopienne arrivent à l'aéroport Ben Gourion, près de Tel-Aviv, le 3 décembre 2020. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Agitant des drapeaux israéliens en descendant les marches de l’avion, plus de 300 membres de la communauté juive d’Ethiopie sont arrivés en Israël jeudi par un pont aérien spécial de Gondar sous la direction de Pnina Tamano-Shata, ministre de l’Intégration et de l’Immigration.

Cette arrivée festive, à laquelle ont participé plusieurs dirigeants israéliens, a donné le coup d’envoi d’un plan visant à faire venir en Israël quelque 2 000 membres de la communauté en provenance d’Éthiopie dans le cadre de l’opération « Tzur Israël ».

Le gouvernement a été prié d’accélérer l’arrivée de ces 2 000 personnes, ainsi que des milliers d’autres membres de la communauté qui, selon les estimations, attendent d’émigrer de ce pays déchiré par la guerre.

Le premier des 316 immigrants à sortir de l’avion d’Ethiopian Airlines tenait la main d’une fillette et de l’autre soufflait une corne de bélier, ou shofar, qui dans la tradition juive est utilisée pour marquer un moment de rédemption.

Certains passagers ont embrassé le sol aussitôt qu’ils ont atteint le tarmac, une autre tradition pour ceux qui arrivent pour la première fois en Terre Sainte. Nombre d’entre eux étaient vêtus de robes éthiopiennes traditionnelles et de nombreuses femmes tenaient des bébés dans leurs bras. Des chants festifs en hébreu étaient diffusés par des haut-parleurs.

Les immigrants, dont certains attendent depuis au moins 15 ans d’émigrer et dont beaucoup ont de la famille ici, ne pourront pas être réunis avec leurs parents immédiatement, en raison des directives sur les coronavirus qui exigent que tous les immigrants s’isolent pendant deux semaines. Il est prévu qu’ils passent leurs premiers mois en Israël dans un centre d’intégration situé dans le nord, où ils apprendront l’hébreu.

Un autre avion devrait arriver vendredi, ce qui portera à 500 le nombre de nouveaux immigrants.

Les autres sont attendus pour la fin du mois de janvier.

Les nouveaux arrivants ont été accueillis à l’aéroport Ben Gurion par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, le ministre de la Défense Benny Gantz et d’autres personnalités du gouvernement lors d’une cérémonie d’accueil émouvante, rappelant la fanfare qui caractérisait les ponts aériens des Juifs éthiopiens dans les années 1980 et 1990.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu accueille les membres de la communauté juive éthiopienne arrivant à l’aéroport Ben Gourion, près de Tel-Aviv, le 3 décembre 2020. (Crédit : Amos Ben Gershon/GPO)

« Je ne me souviens pas avoir été aussi ému pendant de nombreuses années par une image aussi claire du sionisme », a déclaré Netanyahu. « J’avais les larmes aux yeux. »

« C’est le but de l’histoire sioniste, l’histoire juive », a-t-il dit.

L’histoire de l’immigration éthiopienne en Israël, avec tous ses dangers mortels et ses épreuves, sera enseignée à tous les écoliers israéliens, a promis Netanyahu, faisant référence aux voyages effectués par certains immigrants à pied à travers le Soudan et l’Égypte pour atteindre Israël.

La détermination d’Israël à ramener chez elle toute la communauté éthiopienne concerne également Avera Avraham Mengistu, un citoyen israélien que l’on croit captif du groupe terroriste Hamas après avoir traversé la bande de Gaza, a déclaré M. Netanyahu.

« Je suis ému d’être ici », a déclaré Gantz, qui a rappelé qu’en tant qu’officier de l’armée, il avait participé à l’opération secrète Salomon en 1991, un pont aérien qui a permis de ramener plus de 14 000 Juifs éthiopiens dans le pays en l’espace d’un jour et demi.

Israël, a-t-il dit, s’est engagé à réaliser les rêves et les espoirs de la communauté éthiopienne de venir vivre en Israël.

« L’État d’Israël a été créé pour être un foyer pour le peuple juif », a déclaré Gantz. « Bienvenue en Israël, bienvenue à ceux qui rentrent chez eux. »

C’est gantz qui a nommé Tamano-Shata à son poste.

Des membres de la communauté juive éthiopienne arrivent à l’aéroport Ben Gourion, près de Tel-Aviv, le 3 décembre 2020. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Tamano-Shata, qui est arrivée en Israël alors qu’elle était une jeune fille dans le cadre de l’opération Moïse, un pont aérien de 1984 qui a permis de faire venir 6 000 Juifs éthiopiens du Soudan, a félicité le gouvernement d’unité nationale pour avoir pris les mesures nécessaires afin d’autoriser l’arrivée d’une plus grande partie de la communauté dans le pays, malgré son blocage politique paralysant.

« Dans un moment qui s’est élevé au-dessus des combats », le gouvernement d’unité a pris des décisions qui ont sauvé des vies, a déclaré Tamano-Shata.

« Vous ne pouvez pas imaginer à quel point la situation est dangereuse en Ethiopie », a-t-elle déclaré, faisant référence à un conflit interne en cours dans le nord du pays.

« Les Juifs d’Éthiopie ne seront pas oubliés », a-t-elle promis.

A LIRE : Pnina Tamano-Shata se bat dans un gouvernement qui ne fait rien

Après des années de rêves et de craintes, « vous voici maintenant dans l’État juif », a déclaré le président de l’Agence juive Isaac Herzog aux nouveaux arrivants.

L’Agence, a-t-il dit, se prépare à un afflux important de membres de la communauté juive éthiopienne avec les prochaines étapes de l’opération « Tzur Israël ».

La cérémonie s’est terminée par l’hymne national d’Israël « Hatikva » (L’espoir), qui parle de l’aspiration du peuple juif au retour dans la patrie nationale après sa dispersion à travers le monde.

Le ministre de la Défense Benny Gantz accueille les membres de la communauté juive éthiopienne arrivant à l’aéroport Ben Gourion, près de Tel-Aviv, le 3 décembre 2020. (Capture d’écran)

Environ 140 000 juifs éthiopiens vivent aujourd’hui en Israël, la plupart d’entre eux appartenant à la communauté Beta Israel, et beaucoup sont intégrés dans toutes les strates de la société, bien que des accusations de racisme institutionnalisé persistent.

En 2019, des protestations massives ont éclaté suite à l’assassinat par la police de Solomon Teka, un jeune homme de 18 ans, d’origine éthiopienne, non armé.

Tamano-Shata, le premier Israélien d’origine éthiopienne à accéder à un poste de ministre, s’est rendue en Ethiopie dans la nuit de samedi à dimanche pour superviser la dernière étape du pont aérien, notamment une réunion avec le président éthiopien Sahle-Work Zewde.

En octobre, Netanyahu a annoncé un plan pour faire venir 2 000 membres de la communauté. Ce plan prévoyait l’allocation de 370 millions de NIS pour cette immigration de masse, avait indiqué le bureau du Premier ministre.

Les membres et les militants de la communauté ont organisé plusieurs manifestations pour demander au gouvernement d’approuver l’immigration du reste de la communauté, estimée entre 7 000 et 12 000 personnes, dont beaucoup sont menacées par le récent déclenchement de la guerre dans la région du nord du Tigré.

Environ 9 000 des candidats à l’immigration attendent depuis 15 ans ou plus d’immigrer, selon les militants locaux. Près d’un quart d’entre eux, installés dans la capitale Addis-Abeba, attendent depuis plus de 20 ans, disent-ils, tandis que les autres, dans la deuxième ville d’Éthiopie, Gondar, attendent depuis 15 à 20 ans.

« Une fois de plus, le gouvernement dirigé par le Premier ministre Netanyahu a décidé de mettre en place des quotas sur l’immigration des Juifs d’Ethiopie », avait alors déclaré Muket Fenta, un militant qui se bat depuis plus de dix ans pour faire venir sa tante en Israël.

« Le gouvernement se réjouit de l’arrivée de quelques centaines d’immigrants d’Éthiopie, alors que des milliers d’entre eux étaient censés être ici et sont toujours laissés derrière alors que leur sort est en question », a-t-il déclaré.

La pandémie de coronavirus a frappé très durement la communauté, déjà éprouvée par sa situation économique. Le travail s’est tari et la nourriture se fait rare, les prix ayant augmenté de 35 à 50 %. Les familles en Israël qui envoyaient auparavant de l’argent à leurs proches sont elles mêmes à court d’argent en raison de leurs propres problèmes liés au coronavirus, et les organisations philanthropiques sont moins en mesure de collecter des dons en raison de la pandémie.

Les combats entre le gouvernement du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et le Front populaire de libération du Tigré [FPLT] du nord-ouest du pays ont fait sa première victime au sein de la communauté juive de Gondar le 12 novembre dernier – Girmew Gete, 36 ans.

Il attendait avec sa famille d’immigrer en Israël depuis 24 ans et laisse derrière lui sa compagne et leur fille de quatre ans.

Des réfugiés du Tigré qui ont fui le conflit dans la région du Tigré en Éthiopie transportent leurs meubles sur les rives de la rivière Tekeze à la frontière entre le Soudan et l’Éthiopie, à Hamdayet, dans l’est du Soudan, le 1er décembre 2020. (Crédit : Nariman El-Mofty/AP)

En 2013, l’Agence juive a déclaré la fin de l’alyah éthiopienne, suscitant les protestations des députés éthiopiens et des membres de la communauté en Israël.

En novembre 2015, le gouvernement a pris la décision de transporter par avion vers Israël, dans un délai de cinq ans, « les derniers de la communauté » qui attendaient à Addis-Abeba et à Gondar.

Depuis cette décision, cependant, seuls 2 257 Ethiopiens ont été amenés, au compte-gouttes, selon les chiffres de l’Agence juive.

Dans les années 90, l’Etat a mené avec succès l’opération de rapatriement des Juifs éthiopiens vers Israël. Mais les différents gouvernements divergent au sujet de la communauté Falash Mura, qui s’est convertie au christianisme, et qui, par voie de conséquence, ne sont pas éligibles à la citoyenneté israélienne en vertu de la Loi du retour, et ce en dépit des décisions émises par l’ancien grand-rabbin séfarade Shlomo Amar qui a déclaré que les Juifs qui ont été contraints de se convertir au christianisme sont « indubitablement des Juifs à tous les égards ». (Le terme « Falash Mura » a une connotation péjorative. On lui préfèrera l’appellation « les derniers Juifs d’Ethiopie ».)

Sue Surkes a contribué à cet article.

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