Des députés Kakhol lavan menacent de faire scission si Gantz cède sur le budget
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Des députés Kakhol lavan menacent de faire scission si Gantz cède sur le budget

Cinq députés de premier plan du parti centriste formeraient une nouvelle faction et siégeraient depuis l'opposition

Shalom Yerushalmi est analyste politique pour Zman Israël, le site en hébreu du Times of Israël sur l'actualité israélienne.

Le ministre de la Défense Benny Gantz, Premier ministre d'alternance, en visite à la mairie de Jérusalem, le 10 novembre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre de la Défense Benny Gantz, Premier ministre d'alternance, en visite à la mairie de Jérusalem, le 10 novembre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Des membres importants du parti Kakhol lavan menacent d’abandonner la faction centriste si le ministre de la Défense Benny Gantz venait à céder au Premier ministre Benjamin Netanyahu dans leur différend sur le budget de l’État.

L’un d’entre eux a déclaré à Zman Yisrael, le site frère en hébreu du Times of Israel, que chaque jour qui passe avec ce gouvernement d’union est « un désastre ».

Les députés de Kakhol lavan – menés par Gantz lui-même – font de plus en plus de discours pour souligner que l’actuel gouvernement d’union arrive à son terme sur la question du budget et que les querelles de cabinet entravent la gouvernance.

Si aucun budget n’est adopté avant la fin décembre, le gouvernement sera automatiquement dissous. Il est généralement admis que Netanyahu bloque le budget afin d’organiser des élections anticipées et d’éviter une passation de pouvoir convenue avec Gantz l’année prochaine, le chef du parti Kakhol lavan et Premier ministre d’alternance.

Cinq députés, soit l’équivalent d’un tiers des députés de Kakhol lavan, se sépareront et formeront leur propre nouveau parti qui quittera la coalition pour siéger depuis l’opposition si Gantz continue à suivre les plans de Netanyahu.

« Ce gouvernement doit être démantelé », a déclaré à Zman l’un des dissidents de Kakhol lavan, sous couvert d’anonymat. « C’est un gouvernement nuisible, le pire de l’histoire du pays. Chaque jour supplémentaire est un désastre ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu intervient devant la Knesset lors d’un vote sur l’accord de normalisation d’Israël avec le Bahreïn, le 10 novembre 2020. (Shmulik Grossman/Porte-parole de la Knesset)

Certains au sein de Kakhol lavan font pression pour que le parti tout entier n’attende pas plus longtemps pour dissoudre immédiatement la Knesset et convoquer de nouvelles élections. Ce camp de la ligne dure comprend entre autres le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, le ministre de la Justice Avi Nissenkorn et les députés Assaf Zamir et Miki Haimovich, bien qu’ils ne soient pas encore totalement décidés sur la question.

Gantz a lancé mardi un appel à Netanyahu pour qu’il adopte le budget, déclarant que ne pas le faire serait un « crime » contre les citoyens. « C’est à vous de décider s’il faut empêcher une catastrophe économique et sociale et faire ce qui est juste pour les citoyens d’Israël », a-t-il insisté.

Plus tard, lors d’une visite à l’Hôtel de Ville de Jérusalem, Gantz a averti que « le sablier est en train de se vider » au sujet du budget et qu’Israël se dirigerait bientôt vers de nouvelles élections.

Gantz s’inquiète des récents sondages selon lesquels son parti plongerait à dix députés seulement, alors que Netanyahu, désormais à la tête d’un parti Likud diminué, serait toujours capable de former un bloc de droite majoritaire.

Le parti Kakhol lavan compte actuellement 14 députés, en comptant Gantz qui a démissionné de la Knesset pour se concentrer sur des fonctions ministérielles dans le cadre d’une démarche autorisée par la réglementation de la Knesset.

Israël a connu trois élections peu concluantes en l’espace de 15 mois.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à droite) parle au ministre de la Défense Benny Gantz, alors que les deux hommes portent un masque de protection en raison de la Covid-19 lors du conseil des ministres hebdomadaire à Jérusalem, le dimanche 7 juin 2020. (Menahem Kahana/Pool Photo via AP)

Dimanche, le radiodiffuseur public Kan a rapporté que Gantz avait rencontré le chef du parti d’opposition de droite Yamina, Naftali Bennett, pour discuter de la possibilité de dissoudre le gouvernement et de déclencher de nouvelles élections.

Gantz ne pense pas que Netanyahu cédera son poste en novembre 2021, conformément à l’accord de partage du pouvoir qu’ils ont signé.

Des membres de Kakhol lavan auraient également rencontré le chef de l’opposition, le député Yair Lapid, afin de coordonner leurs actions.

Le dernier budget de l’Etat a été adopté par la Knesset en mars 2018. Israël a piétiné jusqu’en 2020 sans budget de l’Etat, même si l’accord de coalition signé par Kakhol lavan et le Likud en avril prévoyait qu’un budget biennal 2020-21 serait adopté au cours de l’été.

Pour éviter que l’une des parties ne fasse tomber le gouvernement, l’accord de partage du pouvoir stipule que si l’une des parties déclenche l’effondrement de la coalition, l’autre reçoit automatiquement le poste de Premier ministre pendant les trois mois précédant les élections ainsi que pendant la période de transition qui s’ensuit.

Mais l’une des rares failles de cet accord stipule que cette garantie ne s’applique pas si les parties ne parviennent pas à adopter un budget, ce qui entraînerait des élections anticipées.

Netanyahu a exigé un budget annuel, en violation de l’accord, en invoquant l’incertitude causée par la pandémie de coronavirus.

Kakhol lavan soupçonne qu’il veut se laisser une chance de faire tomber le gouvernement lors des négociations sur le budget 2021 l’année prochaine.

La date limite initiale pour l’adoption du budget avait été fixée au mois d’août, le budget 2020-2021 n’ayant pas été adopté à cette date, la Knesset aurait dû être dissoute. Mais le Likud et Kakhol lavan ont accepté un compromis de dernière minute qui donnait aux parties jusqu’au 23 décembre.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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