Eli Rozenberg, nouveau propriétaire d’El Al et étudiant de yeshiva de 27 ans
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Eli Rozenberg, nouveau propriétaire d’El Al et étudiant de yeshiva de 27 ans

Rozenberg, fils du fondateur de la chaîne de maisons de retraite américaine Centers Heath Care, a été le seul candidat à obtenir une participation majoritaire dans la compagnie

Eli Rozenberg, le nouvel actionnaire de contrôle d'El Al (Autorisation)
Eli Rozenberg, le nouvel actionnaire de contrôle d'El Al (Autorisation)

Eli Rozenberg, étudiant de yeshiva de 27 ans, né à New York et vivant à Jérusalem, est devenu mercredi le propriétaire de la compagnie nationale de transport israélienne El Al, après avoir placé la seule offre d’achat à la Bourse de Tel Aviv.

La société Kanfei Nesharim de Rozenberg a acheté une participation majoritaire de 42,85 % dans la compagnie aérienne, avec une offre de 150 millions de dollars. L’État, qui s’était engagé à acheter toutes les actions non désirées dans le cadre d’un plan de sauvetage, a acheté pour quelque 30 millions de dollars d’actions, soit une participation équivalant à 12 à 15 % de la compagnie.

L’émission d’actions faisait partie d’un plan de sauvetage de 400 millions de dollars formulé par le ministère des Finances qui prévoit des prêts garantis par l’État pour un total de 250 millions de dollars avec des garanties pour 75 % du prêt en cas de défaillance ; une offre d’actions à la Bourse de Tel Aviv à minimum 0,671 NIS par action pour aider à soutenir le capital de l’entreprise, qui a plus de 2 milliards de dollars de dette nette ; et des mesures de restrictions, y compris la réduction de 2 000 travailleurs.

Rozenberg était l’un des trois acheteurs potentiels. Parmi eux se trouvaient aussi David Sapir, un homme d’affaires russo-israélien qui travaille dans le tourisme et les télécommunications en Russie, et Meir Gurvitz, un homme d’affaires britanno-israélien qui a des activités immobilières au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Seul Rozenberg a fait une offre mercredi.

Des Boeing 737 d’El Al Airlines sur le tarmac de l’aéroport international Ben Gurion près de Tel Aviv, le 10 mars 2020. (Jack Guez/AFP)

« Avant tout, Kanfei Nesharim s’engage à rétablir la confiance des passagers, à garantir les emplois de milliers d’employés d’El Al, et à mener la compagnie aérienne israélienne vers un avenir sûr. Au cours des derniers mois, Kanfei Nesharim a prouvé son sérieux, son engagement et sa capacité financière pour aider à la réhabilitation d’El Al », a déclaré la compagnie dans un communiqué publié après l’achat.

Sous la nouvelle direction, El Al mettra l’accent sur la « ponctualité » et l’amélioration des services de restauration dans toutes les classes, poursuit le communiqué.

La compagnie aérienne, déjà en difficulté, a été frappée de plein fouet par la crise du coronavirus, qui a causé la cessation des activités de transport régulier de passagers et le départ en congé sans solde de quelque 5 800 de ses 6 303 employés.

Ses états financiers pour les premier et deuxième trimestres de l’année ont mis en garde contre les « doutes considérables » concernant la continuité de l’exploitation de la compagnie, avec des revenus en chute libre et des pertes en hausse.

Rozenberg, citoyen israélien et étudiant de yeshiva de 27 ans qui vit à Jérusalem, avait déjà déposé 15 millions de dollars pour l’achat sur un compte fiduciaire afin de prouver son sérieux.

L’argent de la transaction proviendra du père de Rozenberg, Kenneth (Kenny) Rozenberg, le fondateur et PDG de Centers Heath Care, une chaîne de maisons de retraite aux États-Unis. Kenny Rozenberg. (Centers Health Care)

La famille Rozenberg, Juifs orthodoxes de New York, n’a aucune expérience avérée dans le domaine du transport aérien. Selon un article publié le mois dernier dans le quotidien économique israélien Calcalist, Kenny a reçu l’ordre de son rabbin d’acheter la compagnie aérienne israélienne.

Beaucoup ont spéculé que si Eli devenait le nouveau propriétaire de jure – parce qu’il a la citoyenneté israélienne, une condition préalable pour être propriétaire de la compagnie aérienne – son père en tirerait les ficelles.

En fait, le mois dernier, l’avocat d’El Al, Avigdor Klagsbald, a demandé à l’avocat israélien d’Eli Rozenberg des éclaircissements sur la question de savoir si Eli représentait effectivement son père et/ou d’autres investisseurs dans le processus d’acquisition.

Klagsbald a également demandé des éclaircissements concernant un règlement de 1,65 million de dollars que Centers Health Care, la chaîne de maisons de retraite dirigée par Kenny Rozenberg, a versé au gouvernement fédéral américain et à l’État de New York pour des pratiques de facturation frauduleuses.

Ces questions ont mis l’accent sur les activités de Kenny Rozenberg, certains articles de presse aux États-Unis donnant une image peu flatteuse de la manière dont certaines de ses maisons de retraite sont gérées. Ces articles brossent le tableau d’une entreprise qui transforme en machines rentables des maisons de retraite à but non lucratif – en licenciant des employés pour réduire les coûts, en modifiant le ratio travailleurs/résidents et en diminuant la qualité des soins aux patients.

Centers Health Care n’a fait aucun commentaire immédiat sur ces articles.

Dans leur correspondance avec les régulateurs israéliens, les représentants d’Eli Rozenberg ont entre-temps souligné que lui, et lui seul, sera le nouveau propriétaire d’El Al et que ce sera lui, et non son père, qui dirigera l’entreprise.

L’offre d’actions et le plan de sauvetage interviennent alors que l’entreprise a été clouée au sol par la pandémie de coronavirus, l’amenant à envoyer 80 % de ses 6 303 travailleurs en congé sans solde, à réduire de 20 % les salaires de ses cadres et directeurs, à stopper les investissements et à signer des accords de vente et de cession-bail de trois Boeing 737-800. L’entreprise doit quelque 350 millions de dollars aux passagers dont les vols ont été annulés en raison de la pandémie.

Des employés d’El Al manifestent contre l’intention de la compagnie aérienne de licencier certains employés en raison de la crise économique due au coronavirus, le 10 mai 2020, devant le ministère des Finances, à Jérusalem. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Les recettes de la compagnie aérienne au deuxième trimestre de l’année ont chuté de 74 %, à 152 millions de dollars, la compagnie enregistrant une perte nette de quelque 105 millions de dollars pour le trimestre, contre un bénéfice net de 100 000 dollars pour le même trimestre en 2019. Au cours du premier semestre de l’année, le chiffre d’affaires a chuté de 53 %, passant de 1,01 milliard de dollars au premier semestre 2019 à 472 millions de dollars, a déclaré la société. La perte nette au premier semestre 2020 s’est accrue de 344 %, passant de 55 millions de dollars au premier semestre 2019 à 244 millions de dollars.

Avant l’offre, Knafaim Holdings Ltd. détenait 38 % des parts de l’entreprise, le groupe Ginsburg 8 % et le gouvernement 54 %, selon une présentation de l’entreprise déposée à la Bourse de Tel Aviv. En septembre, la compagnie aérienne disposait d’une flotte de 45 avions, dont 27 lui appartiennent et 18 sont loués. L’âge moyen de ses avions est de 9,4 ans, contre 13,7 ans en 2017.

La compagnie aérienne phare du pays a transporté 5,8 millions de passagers et 74 500 tonnes de fret en 2019, selon la présentation.

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