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Élu US: «Pas de fonds fédéraux pour les universités qui encouragent l’antisémitisme»

La pression monte suite au discours antisioniste lors de la remise des diplômes à CUNY, législateurs, groupes juifs et organisations attaquent le système universitaire

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Fatima Mohammed prononce un discours à la CUNY School of Law (Crédit : Capture d'écran Youtube ; utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur les droits d'auteur)
Fatima Mohammed prononce un discours à la CUNY School of Law (Crédit : Capture d'écran Youtube ; utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur les droits d'auteur)

NEW YORK – Les pressions se sont intensifiées sur le réseau universitaire public de la ville de New York jeudi, à la suite d’un discours de remise des diplômes très critique envers l’état d’Israël. Alors qu’une campagne de soutien à l’oratrice prend de l’ampleur, un projet de loi visant à défrayer les universités qui organisent des événements « antisémites » a été présenté par des membres du Congrès américain et un nombre grandissant de responsables et de groupes juifs ont condamné le discours de remise des diplômes.

Depuis la diffusion, la semaine dernière, d’une vidéo du discours par la faculté de droit de l’université de la ville de New York, la polémique n’a cessé de s’intensifier. Le système universitaire, mieux connu sous le nom de CUNY, est un vaste réseau d’enseignement public réparti dans les cinq arrondissements de la ville.

L’oratrice vedette de l’événement organisé par la faculté de droit de CUNY le 12 mai, l’activiste Fatima Mohammed, avait accusé Israël de commettre des meurtres « sans distinction », d’encourager les « lynchages spontanés » et avait invité à résister au « sionisme partout dans le monde ».

Elle avait ajouté que les « donateurs » et « investisseurs » contrôlaient le système scolaire.

Les principales organisations juives ont déclaré que ce discours était émaillé de tropes antisémites.

Le discours s’en prend également à la police de New York et à l’armée, et il y est affirmé que les lois sont au service de la « suprématie de la race blanche ».

C’est la deuxième année d’affilée que le conférencier de la faculté de droit consacre une grande partie de son discours à des propos anti-israéliens, ce qui rouvre le débat déjà ancien sur l’antisémitisme au sein du système universitaire new yorkais.

Le Times of Israel a été le premier à signaler la diffusion de la vidéo et les premiers éléments du discours.

Le député américain Mike Lawler, un républicain de New York, a déposé un projet de loi visant à « priver de fonds fédéraux les universités qui encouragent l’antisémitisme sur leurs campus » en réponse à ce discours.

La loi « Stop Anti-Semitism on College Campuses Act » a huit coparrains, tous républicains. Lawler représente une partie de la Vallée de l’Hudson, à New York, qui compte une importante population juive.

« De nombreux membres de la communauté juive de New York et de tout le pays ont été indignés par les propos antisémites scandaleux tenus par une étudiante lors de la cérémonie de remise des diplômes de la faculté de droit de la CUNY en mai dernier », a déclaré M. Lawler dans un communiqué. « Aucun collège ou université ne devrait se voir accorder un seul dollar de fond fédéral pour l’éducation s’il encourage l’antisémitisme lors d’un événement organisé sur son campus ».

Au moins quatre représentants de la Chambre des représentants des États-Unis et un sénateur ont condamné le discours. Le représentant du New Jersey, Josh Gottheimer, s’est joint aux critiques jeudi, déclarant que « ce type de langage vitriolé est tout à fait inacceptable et constitue clairement un discours de haine ».

Sans nommer la CUNY, le président de l’arrondissement de Manhattan, Mark Levine, a déclaré jeudi qu’il était légitime de critiquer le gouvernement israélien, mais que désigner Israël par des « attaques venimeuses », des conspirations antijuives et en ostracisant les sionistes « est bel et bien antisémite ».

Le maire de New York, Eric Adams, et plus d’une vingtaine de représentants de la ville et de l’État ont également dénoncé le discours. Ari Kagan, membre du conseil municipal de New York, a demandé une enquête sur la cérémonie de remise des diplômes dans une lettre adressée à la direction de la CUNY.

La conférence républicaine du Sénat de l’État de New York a envoyé une lettre à la gouverneure Kathy Hochul pour lui demander de suspendre le financement de la CUNY Law par les contribuables et de condamner le discours. La lettre citait des cas antérieurs d’activités anti-israéliennes et anti-policières sur des campus publics.

Un groupe de sept anciens étudiants de la première promotion de 1986 de CUNY Law a envoyé une lettre ouverte à la faculté et à l’administration du système CUNY, déclarant que le discours était « une trahison impardonnable des valeurs sur lesquelles cette institution a été fondée ».

« Notre héritage a été déshonoré et nous sommes totalement dégoûtés par une faculté et une administration qui ont entretenu cet environnement toxique, intolérant et antisémite », indique la lettre. Le groupe a indiqué qu’il était en train de solliciter le soutien anciens élèves supplémentaires pour appuyer la lettre ; le conseil d’administration de CUNY a indiqué qu’il était lui, occupé  à examiner ses options en réponse à cette lettre.

D’autres groupes juifs se sont joints au chœur des condamnations jeudi, notamment le New York Jewish Agenda, l’orthodox Union et Ronald Lauder, le président du Congrès juif mondial.

Students and Faculty for Equality at CUNY (SAFE CUNY), un groupe représentant des étudiants et des professeurs sionistes et israéliens qui a été au premier plan du conflit, a déclaré jeudi que « CUNY est infecté par la terrible maladie de la haine des juifs. Cette maladie est très contagieuse et est propagée par les administrateurs, les professeurs et les étudiants de la CUNY ».

Militants anti-israéliens et pro-palestiniens à New York, le 15 mai 2021. Illustration (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Le conseil d’administration de CUNY a réitéré son opposition au discours dans un communiqué publié jeudi, qualifiant l’allocution de « discours de haine » en réponse à la couverture critique du New York Post. Le tabloïd a publié l’article en tête de son quotidien à deux reprises la semaine dernière. Le conseil d’administration avait déjà condamné le discours en le qualifiant d’incitation à la haine, mais certains groupes juifs avaient critiqué le texte parce qu’il ne mentionnait pas les Juifs ni l’antisémitisme.

Mais, parallèlement à cela, la défense du discours a gagné du terrain auprès des groupes pro-palestiniens, des organisations de défense des droits civiques, des membres du personnel de la CUNY et de certains représentants publics.

Des groupes pro-palestiniens ont fait circuler une pétition et lancé une campagne en ligne pour soutenir Mohammed, accusant la CUNY de chercher à « faire la guerre à l’organisation de la Palestine ».

Le Council on American-Islamic Relations [Conseil des relations américano-islamiques] et un groupe d’étudiants en droit de CUNY ont affirmé que le discours avait été approuvé à l’avance par l’administration de l’école et ont fustigé l’université pour les critiques qu’elle a formulées après l’événement.

Les groupes de défense des droits civils, la Fondation pour les droits individuels et l’expression, le Centre pour les droits constitutionnels et la Guilde nationale des avocats ont également pris la défense de Mohammed.

La Fondation pour les droits individuels et l’expression a déclaré que le discours était protégé par la liberté d’expression, a réprimandé la CUNY pour avoir dénoncé le discours, prévenant du danger de punir des étudiants qui exerçaient leur droit à la liberté d’expression.

L’association des avocats a qualifié le discours de « discours de principe » et a déclaré que la critique du discours s’inscrivait dans une tendance plus large de répression, de censure et de racisme au sein de la CUNY.

La représentante de la Chambre des représentants des États-Unis, Rashida Tlaib, une démocrate du Michigan, et la conseillère municipale de New York, Tiffany Caban, ont également défendu Mohammed.

« S’élever contre le gouvernement d’apartheid d’Israël n’est pas un discours de haine », a déclaré Tlaib sur Twitter, s’attirant les reproches du chef de la Ligue anti-diffamation Jonathan Greenblatt, de l’AIPAC et de l’ambassadeur d’Israël aux Nations unies Gilad Erdan.

Les groupes juifs progressistes Jewish Voice for Peace, Jews for Racial and Economic Justice et IfNotNow ont également diffusé des déclarations de soutien à Mohammed.

Plusieurs dizaines de membres de la faculté de droit de CUNY ont publié une lettre ouverte adressée au système universitaire, lui demandant d’annuler sa condamnation du discours et de présenter des excuses. La lettre affirme que le discours n’était pas un discours de haine visant une catégorie protégée de personnes, et qu’il était uniquement politique. La faculté a déclaré que la controverse avait été créée « de mauvaise foi par des médias de droite et d’autres activistes conservateurs ».

Des militants anti-Israël et pro-palestiniens à New York, le 15 mai 2021. Illustration (Crédit: Luke Tress/Times of Israel)

Le système CUNY compte 25 facultés dans les cinq arrondissements de New York et quelque 260 000 étudiants, auxquels s’ajoutent près de 20 000 professeurs. Il fait partie intégrante de la ville, et ce depuis fort longtemps.

La Faculté de Droit est l’une des institutions les plus connues de ce système.

Mohammed est membre de l’organisation étudiante de la Faculté de droit de CUNY Students for Justice in Palestine, fer de lance du BDS et d’autres initiatives anti-israéliennes sur le campus.

Elle a été choisie par les étudiants pour prononcer le discours d’ouverture, qu’elle a utilisé à plusieurs reprises pour critiquer Israël et l’assimiler au suprémacisme blanc, à l’oppression, au colonialisme et à la violence.

« C’est la faculté de droit qui a adopté et approuvé BDS au niveau des étudiants et professeurs, reconnaissant que l’absence de vision critique du colonialisme de peuplement de l’impérialisme vide de substance notre travail et la philosophie même de la Faculté, alors même qu’Israël continue de faire pleuvoir à l’aveugle balles et bombes sur les fidèles, assassinant les vieux, les jeunes, attaquant les cortèges funéraires et les cimetières tout en encourageant les lynchages. », a-t-elle déclaré.

Mohammad a également déclaré que CUNY « continuait de former des soldats de Tsahal » à se livrer à « des violences partout dans le monde », accusant le système scolaire d’être « redevable à ses donateurs, pas à ses étudiants ».

« Réjouissons-nous dans les recoins de nos appartements new-yorkais, soyons le carburant de la lutte contre le capitalisme, le racisme, l’impérialisme et le sionisme dans le monde entier », a-t-elle déclaré, ajoutant, « par tous les moyens nécessaires ».

Elle a été très applaudie par les étudiants et les professeurs lors de la cérémonie.

Des manifestants pro-palestiniens à New York, le 30 mars 2022. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

L’an dernier, dans les mêmes circonstances, l’activiste Nerdeen Kiswani avait consacré une grande partie de son discours à des propos anti-israéliens. Kiswani est une des dirigeantes de l’organisation pro-palestinienne Within Our Lifetime et a été présidente de l’organisation étudiante de la Faculté de droit de CUNY Students for Justice in Palestine.

Within Our Lifetime et Students for Justice in Palestine mènent ensemble des initiatives sur les campus et organisent régulièrement des manifestations de rue qui appellent à la fin de l’État juif, à une « Intifada mondiale » et à l’ostracisme des sionistes.

Kiswani et Mohammed prennent souvent la parole lors de ces événements.

Un membre de Within Our Lifetime, Saadah Masoud, a été emprisonné cette année pour crimes de haine fédéraux pour avoir battu un homme juif lors d’un des événements de l’organisation.

L’antisémitisme est un sujet d’inquiétude sur les campus de CUNY, depuis quelques années : les activités anti-israéliennes se sont en effet renforcées et la criminalité anti-juive a augmenté à New York. Organisations juives et responsables municipaux reprochent à l’administration de l’Université de tolérer des activités anti-juives sur les campus, alors que les étudiants font état de cas de très fort harcèlement.

Le système universitaire a pris des mesures pour améliorer la vie sur le campus pour les Juifs.

Au début du mois, CUNY s’est associé au Conseil des relations communautaires juives de New York et à la Fondation contre l’antisémitisme pour mener une campagne contre le racisme anti-juif. L’administration a également annoncé la création d’un nouveau conseil consultatif concernant la vie juive.

SAFE CUNY a dénoncé ces mesures comme étant superficielles et a demandé des mesures plus concrètes, notamment l’adoption par CUNY de la définition de l’antisémitisme donnée par l’IHRA, qui couvre certaines formes de critique d’Israël.Fin 2022, CUNY s’était engagée à prendre des mesures pour lutter contre l’antisémitisme sur ses campus, dont un partenariat avec Hillel, un portail en ligne pour signaler les discriminations et 750 000 dollars de fonds pour des programmes de lutte contre la haine.

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