En mangeant local, Israël évitera la pénurie alimentaire redoutée – autorités
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En mangeant local, Israël évitera la pénurie alimentaire redoutée – autorités

Malgré les répercussions du virus sur les importations, le pays sera bien approvisionné pendant Pessah et au-delà grâce aux produits cultivés sur place, selon les experts agricoles

Des rayons vides dans un supermarché de Tel Aviv. Les Israéliens stockent de la nourriture alors que le gouvernement prend des précautions plus strictes contre le virus Corona, 10 mars 2020. (Yossi Zamir/FLASH90)
Des rayons vides dans un supermarché de Tel Aviv. Les Israéliens stockent de la nourriture alors que le gouvernement prend des précautions plus strictes contre le virus Corona, 10 mars 2020. (Yossi Zamir/FLASH90)

Israël semble relativement bien placé pour être en mesure de nourrir sa population au cours des prochains mois suite à la crise du coronavirus, ont déclaré les responsables.

Aucune pénurie de produits frais ou secs n’est envisagée dans les prochaines semaines, ont-ils déclaré. Par ailleurs, Israël est en mesure de surmonter les diverses restrictions et obstacles, y compris ceux qui ont déjà été imposés et d’autres qui pourraient encore être adoptés – dans le cadre de la lutte pour contrecarrer la propagation du virus, bien que les responsables estiment que la pénurie de main-d’œuvre pourrait entraîner des pénuries d’agrumes. Après Pessah, le poisson frais importé pourrait également être en rupture de stock.

Israël dispose de certaines réserves alimentaires de première nécessité, qui ne devraient pas manquer dans un avenir proche.

Malgré les mesures prises par le ministère de l’Agriculture, considérées comme néfastes par les agriculteurs locaux, concernant l’importation de certains produits pouvant être cultivés localement, le pays est plus ou moins autosuffisant en fruits, légumes, lait, œufs et viande de volailles, et dispose de suffisamment de viande bovine pour tenir jusqu’aux prochaines fêtes de Pessah et jusqu’au mois de mai, ont souligné les autorités.

Mercredi, le ministre de l’Agriculture, Tzachi Hanegbi, a participé à une réunion d’urgence avec les responsables des conseils régionaux, des organisations agricoles, des conseils des produits agricoles et des regroupements d’implantations agricoles afin d’examiner l’approvisionnement alimentaire à la lumière du coronavirus.

« Je crois que l’agriculture israélienne va réellement profiter de cette crise », a déclaré M. Hanegbi, qui a repris le ministère de l’Agriculture en janvier.

Il a déclaré que les agriculteurs pouvaient fournir tout ce dont on a besoin en fruits, légumes, œufs, lait et volailles. « Mais pour d’autres produits, comme le saumon importé, une pénurie est prévue dans un avenir proche. Nous devrons nous organiser avec tous les producteurs et importateurs pour maintenir la continuité de l’approvisionnement et la sécurité alimentaire pour toute la population, même si la maladie se répand.

« Je crois que de cette crise, l’agriculture israélienne va sortir grandie », a-t-il ajouté, « car plus nous atteindrons les objectifs que nous nous sommes fixés, plus sa vitalité et ses capacités ne seront plus remises en question ».

Avec sa météo clémente, la variété de ses altitudes et de ses climats, et son important savoir-faire technologique, l’agriculture israélienne bénéficie de conditions largement considérées comme propices à une production alimentaire fiable.

« Réduire la dépendance à l’égard des importations pour assurer la sécurité alimentaire »

Shay Hajaj, président du Centre des conseils régionaux et chef du conseil régional de Merhavim dans le sud du Néguev israélien, a déclaré : « Nous pouvons dire aux citoyens d’Israël aujourd’hui qu’ils peuvent être rassurés. »

« Nous ne prévoyons pas de pénurie de produits frais à l’approche de la fête de Pessah (du 8 au 15 avril), ou de Yom HaAtsmaout (28-29 avril) », a-t-il ajouté.

Le ministre de l’Agriculture Tzachi Hanegbi (à gauche) et Shai Hajaj, président du Centre des conseils régionaux et chef du conseil régional de Merhavim dans le sud d’Israël, lors d’une conférence d’urgence sur la production alimentaire à la lumière du coronavirus, le 11 mars 2020. (Autorisation)

Mais il a ajouté : « Afin de garantir la fraîcheur des aliments en Israël, il faut compter sur les produits locaux plutôt que sur les importations et les quotas devraient être augmentés pour l’agriculture [israélienne]. Les agriculteurs peuvent augmenter la production nationale et réduire la dépendance vis-à-vis des importations. Ensemble, nous construirons une politique agricole qui assurera désormais la sécurité alimentaire des produits frais en Israël ».

Pénurie d’agrumes, éventuellement de poisson frais

En enquêtant sur les différentes branches de l’agriculture, Hajaj a déclaré que des problèmes étaient attendus avec la récolte des agrumes, en raison d’une pénurie de main-d’œuvre. Le poisson frais importé pourrait se faire rare après les fêtes de Pessah, a-t-il ajouté. Les réserves de viande de bœuf sont suffisantes pour les six prochains mois, mais des problèmes pourraient survenir après cela si les importations sont perturbées.

Les producteurs de lait demandaient une augmentation des quotas pour produire plus afin d’avoir un surplus au cas où les travailleurs tomberaient malades ou devraient être confinés à cause de la maladie, et aussi pour pouvoir aider les voisins d’Israël si nécessaire.

Des oranges sont lavées, préparées et emballées à l’usine Mehadrin, dans le sud d’Israël, le 28 novembre 2013. (Yaakov Naumi/FLASH90)

Les réserves d’urgence essentielles de l’État ne sont pas requises pour le moment

Israël dispose de produits alimentaires d’urgence de première nécessité, a confirmé le ministère de l’Economie au Times of Israel. Il s’agit notamment de sucre, de riz, de farine, d’aliments pour bébés et d’huile.

« Ces produits servent de sécurité alimentaire pour les résidents israéliens en cas d’urgence », selon un communiqué. « Dans l’état actuel de la crise du coronavirus, il n’y a pas de pénurie de produits alimentaires, et certainement pas des produits mentionnés ».

La déclaration ajoute : « La plupart des aliments consommés sont produits en Israël et il n’y a pas de problèmes dans le secteur des importations, il n’y a donc pas de pénurie d’autres aliments ou de produits de consommation tels que les articles de toilette ».

Des travailleurs étrangers dans un champ de choux dans le sud d’Israël, le 6 octobre 2016. (Yaniv Nadav/Flash90)

Zvi Alon, directeur général du Conseil des cultures, [Plant Council], qui représente et défend les intérêts des producteurs de fruits et légumes, a déclaré au Times of Israel que les producteurs israéliens fournissent plus de 90 % de la demande, les agriculteurs cultivant plus ou moins les mêmes quantités par habitant aujourd’hui qu’il y a un demi-siècle, bien qu’avec moins d’agriculteurs et moins d’eau, grâce à l’expertise technologique.

Mais il a vivement critiqué la politique du ministère de l’Agriculture de ces dernières années, qui consiste à importer certains fruits et légumes d’outre-mer pendant les périodes où les prix locaux augmentent, disant que cela « tue » l’agriculture israélienne. L’année dernière, par exemple, environ 35 000 tonnes de tomates sur les 170 000 tonnes au total fournies aux marchés provenaient de l’étranger, frappant particulièrement les communes de l’enveloppe de Gaza, qui produisent habituellement 70 % des tomates israéliennes.

Selon M. Alon, les agriculteurs qui ont subi des pertes pendant certains mois ont besoin de prix plus élevés pendant d’autres pour s’assurer un revenu raisonnable. Les rapports annuels successifs de l’OCDE ont montré que les prix moyens des fruits et légumes israéliens étaient inférieurs à ceux des autres pays développés, a-t-il ajouté.

Si les importations se tarissaient à cause du coronavirus, l’agriculture israélienne pourrait augmenter sa production, mais avec une aide financière suffisante, a déclaré M. Alon. A ce jour, le gouvernement israélien est classé parmi les plus faibles de tous les pays de l’OCDE en ce qui concerne l’aide financière aux agriculteurs, a-t-il accusé.

Photo d’illustration : Côtes de bœuf et légumes grillés lors d’un barbecue de cow-boys israéliens au Ranch de Bat Yaar, dans la forêt de Biriya, dans le nord d’Israël. (Haim Azulay/Flash 90)

Eviatar Dotan, directeur général de l’Association des éleveurs de bétail, ne prévoit pas de crise dans les secteurs du lait ou de la viande bovine. Les agriculteurs israéliens produisent 95 % du lait du pays, a-t-il déclaré au Times of Israel, et les problèmes ne pourraient survenir que si le gouvernement intervenait dans l’importation d’aliments pour bétail en retardant les navires dans les ports israéliens.

Il y a assez de viande de bœuf congelée et fraîche pour que le pays puisse tenir jusqu’en mai, y compris pendant les vacances de Pessah, a-t-il ajouté.

Les statistiques du ministère de l’Agriculture concernant la viande bovine produite en 2018 – la dernière année pour laquelle de tels chiffres sont disponibles – ont montré que 46 % de tous les produits à base de viande bovine provenaient d’importations de produits congelés, 27 % de veaux vivants expédiés dans le pays pour engraissement et abattage [principalement du Portugal et d’Australie], 17 % d’élevages locaux et 10 % d’importations de viande réfrigérée.

In this Honey Chicken recipe, the olive oil, soy sauce, garlic and pepper temper the honey perfectly. (photo credit: Stuart Schnee/JTA)
Poulet au miel. (Stuart Schnee/JTA)

Motti Elkabetz, qui dirige l’Association des éleveurs de volaille, n’a pas non plus envisagé de problèmes. Les producteurs d’œufs locaux – dont les deux tiers sont situés à la frontière israélo-libanaise – produisent la totalité des approvisionnements du pays, a-t-il déclaré, la seule exception étant pendant les périodes de pointe de Pessah et de Souccot pour lesquelles des produits supplémentaires sont importés.

Le pays est également autosuffisant en ce qui concerne les poulets et les dindes. La seule crainte, si le virus s’aggrave, est la perturbation de l’approvisionnement en aliments importés et en poules d’élevage, a-t-il déclaré. Il y a suffisamment de poules reproductrices dans le pays pour encore une année.

Les produits secs sont dévalisés dans les rayons des détaillants

Du côté du commerce de détail, Osem – l’un des principaux fournisseurs des supermarchés – a déclaré dans un communiqué que les clients achetaient beaucoup plus que d’habitude des produits secs tels que des pâtes, des céréales pour le petit déjeuner, des biscuits, des en-cas, du couscous israélien (« petitim »), du ketchup et des aliments prêts à l’emploi à base de plantes de la société Tivol.

Une employée d’Osem remplit les rayons d’un supermarché Rami Levy à Jérusalem, le 20 février 2020. (Sue Surkes/Times of Israel)

« Nos usines travaillent au maximum de leur capacité et se concentrent sur la fourniture des produits de première nécessité, compte tenu de la demande supplémentaire », indique le communiqué. « Nous avons renforcé les systèmes de logistique et de distribution d’Osem et nous travaillons 24 heures sur 24, y compris le vendredi et le samedi soir, après la sortie du Shabbat ».

Les livraisons à domicile ont augmenté et les camions de distribution ont été renforcés, ajoute le communiqué. Les périodes de livraison aux points de vente au détail ont été prolongées jusqu’au soir et durant la nuit, alors qu’en temps normal, elles n’ont lieu que le matin.

Shufersal, la plus grande chaîne de supermarchés du pays, a déclaré qu’elle comptait employer immédiatement 400 personnes supplémentaires pour faire face à l’augmentation des livraisons des commandes en ligne.

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