Etats-Unis: l’historienne Deborah Lipstadt nommée envoyée contre l’antisémitisme
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Etats-Unis: l’historienne Deborah Lipstadt nommée envoyée contre l’antisémitisme

Divers groupes juifs ont salué l'annonce, qui comprenait également la nomination du rabbin Sharon Kleinbaum à la Commission sur la liberté religieuse internationale

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

L'historienne et auteure américaine Deborah Lipstadt pose pour un photographe au festival du film de Rome, le 17 octobre 2016. (Crédit : Gregorio Borgia/AP)
L'historienne et auteure américaine Deborah Lipstadt pose pour un photographe au festival du film de Rome, le 17 octobre 2016. (Crédit : Gregorio Borgia/AP)

La Maison Blanche a annoncé vendredi la nomination de l’historienne de la Shoah Deborah Lipstadt au poste d’envoyée spéciale des Etats-Unis pour surveiller et combattre l’antisémitisme, recevant les éloges de groupes juifs de tout le spectre politique.

Lipstadt était favorite pour ce rôle, et la pression s’est accrue pour que l’administration Biden pourvoie le poste dans un contexte de recrudescence des incidents antisémites au cours des derniers mois. Un incident survenu lundi, au cours duquel une croix gammée a été découverte gravée sur un ascenseur dans le bâtiment du Département d’Etat américain, près du bureau vacant de l’envoyé contre l’antisémitisme, a conféré une urgence accrue à la question.

Mme Lipstadt, 74 ans, est titulaire de la chaire Dorot d’histoire juive moderne et d’études sur la Shoah à l’université Emory d’Atlanta, où elle a été la directrice fondatrice de l’Institut d’études juives.

Elle est l’auteure de Beyond Belief : The American Press and the Coming of the Holocaust 1933-1945 ; History on Trial : My Day in Court with a Holocaust Denier ; The Eichmann Trial, Holocaust : An American Understanding et Antisemitism : Here and Now.

Mme Lipstadt est surtout connue du grand public pour sa participation à un procès britannique historique dans lequel elle a combattu un procès en diffamation intenté par le négationniste David Irving. Cet épisode historique a été dépeint par l’actrice Rachel Weisz dans le film hollywoodien « Denial ».

Elle a également occupé plusieurs fonctions au United States Holocaust Memorial Museum, notamment deux mandats en tant que membre du conseil du musée nommé par le président, et l’ancien président George W. Bush lui a demandé de représenter les États-Unis lors du 60e anniversaire de la libération d’Auschwitz, a noté la Maison Blanche dans sa biographie de Lipstadt.

Deborah Lipstadt, auteur de « Antisemitism : Here and Now » (Crédit : courtoisie)

L’historienne a obtenu une licence du City College de New York ainsi qu’une maîtrise et un doctorat de l’université Brandeis. Elle parle également couramment l’hébreu.

L’année dernière, pendant les élections, elle a brisé un vieux tabou en comparant les politiciens américains actuels aux nazis et a soutenu une publicité du Jewish Democratic Council of America (JDCA) comparant l’administration Trump à l’Allemagne des années 1930. Lipstadt a déclaré que les analogies avec la Shoah étaient toujours hors limites, mais qu’elle ne pouvait s’empêcher de voir des parallèles avec la montée des nazis.

« Je dirais que dans les attaques que nous voyons sur la presse, les tribunaux, les institutions académiques, les élus et même, et de façon plus effrayante, le processus électoral, cela mérite une comparaison », avait-elle déclaré à l’époque, faisant référence à l’annonce de la JDCA. « Cela montre une fois de plus comment la haine du public peut être attisée contre les Juifs ».

Mme Lipstadt sera la première candidate qui devra être confirmée par le Sénat depuis la création du poste en 2004. L’année dernière, le Congrès a décidé d’élever le poste au rang d’ambassadeur, avec un financement plus important et un accès plus facile au secrétaire d’État et au président. Si elle est confirmée, Mme Lipstadt sera la cinquième personne à occuper ce poste.

Un large éventail d’organisations juives n’a pas tardé à saluer la nomination, des Américains pour la Paix maintenant aux Fédérations juives d’Amérique du Nord, en passant par la Democratic Majority for Israel, l’Orthodox Union, le Jewish Democratic Council of America and le National Council for Jewish Women

L’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Gilad Erdan, a également salué l’annonce, notant que « Mme Lipstadt a consacré sa vie à la lutte contre l’antisémitisme et à la préservation de la mémoire de la Shoah ».

Erdan l’a exhortée à utiliser sa nouvelle position pour combattre « un nouvel antisémitisme [qui] vise à délégitimer et à isoler Israël, en prétendant se soucier des droits de l’homme afin d’isoler le seul et unique État juif de la communauté internationale ».

Seule la Zionist Organization of America (droite) s’est opposée à cette nomination, pour sa comparaison de l’administration Trump à l’Allemagne des années 1930, affirmant qu’elle faisait preuve d’un « parti pris partisan de gauche. »

« Lipstadt a comparé de manière obscène et fausse le président Trump aux meurtriers et propagandistes nazis ; elle a aidé à promouvoir une vidéo qui a fait la même chose à tort », a déclaré le président de la ZOA, Mort Klein, ajoutant que ses remarques devraient la disqualifier.

Mme Lipstadt a été nommée avec trois autres personnalités publiques pour occuper des postes clés dans le domaine des affaires religieuses.

Le directeur du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche pour les partenariats et l’engagement mondial, Rashad Hussain, a été nommé ambassadeur itinérant pour la liberté religieuse internationale.

L’administration a également nommé Khizr Khan et Sharon Kleinbaum comme nouveaux membres de la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale.

Khizr Khan a acquis une certaine notoriété en 2016 lorsque – en tant que père d’un Navy Seal américain tué – il a reproché au candidat présidentiel de l’époque, Donald Trump, lors de la convention nationale démocrate, de n’avoir « rien sacrifié » pour son pays et a brandi un exemplaire de la constitution américaine, qu’il a exhorté le candidat républicain à lire. L’immigrant musulman pakistanais est également le fondateur du Constitution Literacy and National Unity Project.

Khizr Khan, à droite, accompagné de son épouse Ghazala Khan, parle de son fils, le capitaine de l’armée américaine Humayun Khan qui a été tué dans un attentat suicide en Irak il y a 12 ans, au dernier soir de la Convention nationale démocrate à Philadelphie, le 28 juillet 2016. (Crédit : AFP/Robyn Beck)

Mme Kleinbaum est la rabbin de la Congrégation Beit Simchat Torah à Manhattan, la plus grande synagogue LGBT du monde, qu’elle a guidée pendant la crise du sida dans les années 1990.

« Sous sa direction en tant que rabbin principal, la CBST est devenue une voix puissante dans le mouvement pour l’égalité et la justice pour les personnes de toutes orientations sexuelles, identités de genre et expressions », a déclaré la Maison Blanche.

Le rabbin Sharon Kleinbaum, grand-rabbin de la Congregation Beit Simchat Torah in New York, face aux centaines de participants du Jewish Rally for Refugees à Battery Park, New York, le 12 février 2017. (Crédit : HIAS)

Sharon Kleinbaum siège également à la Commission des droits de l’homme de la ville de New York, au Conseil consultatif confessionnel du maire de Blasio et aux conseils d’administration de l’organisation libérale New York Jewish Agenda et du New Israel Fund.

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