Évasion : Les détenus auraient creusé un tunnel à partir de leur douche
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Évasion : Les détenus auraient creusé un tunnel à partir de leur douche

Les services des prisons avaient renforcé les toilettes après une tentative de fuite en 2014 sans le faire dans les douches ; certains fugitifs se trouveraient en Cisjordanie

Sur cette photo fournie par les services carcéraux israéliens, le trou dans le sol utilisé par six prisonniers palestiniens pour s'échapper de la prison de Gilboa, dans le nord d'Israël, le 6 septembre 2021. (Crédit : Service israélien des prisons  via AP)
Sur cette photo fournie par les services carcéraux israéliens, le trou dans le sol utilisé par six prisonniers palestiniens pour s'échapper de la prison de Gilboa, dans le nord d'Israël, le 6 septembre 2021. (Crédit : Service israélien des prisons via AP)

Les six prisonniers palestiniens qui se sont évadés de la prison Gilboa cette semaine auraient creusé un tunnel dans le bac de douche de leur cellule, selon des conclusions initiales des services israéliens des prisons – une information rendue publique, jeudi soir, par la chaîne de télévision Kan.

Ce centre de détention avait déjà été le théâtre d’une tentative d’évasion en 2014. A cette occasion, les détenus avaient creusé un tunnel sous les toilettes. Après l’incident, les services des prisons avaient renforcé cette partie des cellules à l’aide de béton et de métal, et ils avaient remplacé les cuvettes des toilettes.

Toutefois, rien n’a été fait dans les douches, a précisé Kan.

Les six individus se sont échappés de cette prison de haute-sécurité du nord d’Israël aux premières heures de la matinée, lundi. Ils se sont évadés par le biais d’un tunnel, dans le système d’écoulement de leur cellule. C’est l’une des évasions les plus graves de toute l’Histoire du pays. Depuis, des recherches massives ont lieu dans le nord d’Israël et en Cisjordanie.

Quatre des six fugitifs purgeaient une peine de prison à vie en lien avec des attentats terroristes meurtriers commis contre des Israéliens ; le sixième – un célèbre commandant de l’aile militaire du Fatah, Zakaria Zubeidi — se trouvait derrière les barreaux dans le cadre de son procès qui a lieu actuellement. Dans le cadre de ce procès, il est accusé d’une vingtaine de crimes, notamment de tentative de meurtre.

Un autre se trouvait en cellule dans le cadre d’une procédure de détention administrative.

Tous les six sont très dangereux.

Les six prisonniers de sécurité palestiniens qui se sont échappés de la prison de Gilboa le lundi 6 septembre 2021. (Crédit : capture d’écran : Bureau des prisonniers)

Les responsables de la sécurité ont fait savoir, lundi, qu’ils pensaient que les prisonniers avaient pu prendre la fuite en raison d’une faille dans la construction de la structure qui crée des vides dans le bâtiment.

Le ministre de la Sécurité intérieure, Omar Barlev, qui s’était rendu le jour même de l’évasion à la prison Gilboa, avait déclaré que cela avait été lors de la tentative d’évasion de 2014 que les responsables de la sécurité avaient pris conscience des faiblesses du bâtiment. Pour autant, il n’y avait pas eu de travaux réalisés dans la structure depuis, avait-il précisé.

« Je suis allé dans la cellule d’où les détenus se sont échappés », a dit Barlev. « D’un côté, on peut voir le béton qui a été ajouté après 2014 mais de l’autre côté, après le dégagement de la douche, il n’y a rien », a-t-il dit.

En 2014, huit détenus avaient été soupçonnés d’avoir aidé à creuser ce tunnel étaient des membres du Jihad islamique palestiniens. Tous partageaient à la fois la même cellule et les mêmes toilettes. Le tunnel n’avait été découvert qu’après des fouilles extensives, avant que les prisonniers ne réussissent à prendre la fuite.

Un tunnel creusé dans les toilettes d’une cellule occupée par huit membres du Jihad islamique dans la prison Gilboa, dans le nord d’Israël, le 3 août 2014. (Crédit : Israel Prisons Service)

De plus, une tour de garde surplombant la sortie du tunnel qui a été utilisé était inoccupée au moment de l’évasion, selon des informations parues jeudi dans les médias.

La sortie du tunnel ne se trouvait qu’à quelques mètres de la tour. Le site Ynet a déclaré qu’il était pour le moment difficile de dire pourquoi il n’y avait pas de gardien dans la tour et que si une caméra montrait effectivement la sortie du tunnel, personne ne regardait les images à ce moment-là.

Les personnels de sécurité israéliens aux abords de la prison de Gilboa, dans le nord d’Israël, le 6 septembre 2021. (Crédit : Jalaa MAREY / AFP)

Le journal Haaretz a annoncé qu’il n’y avait plus de gardien dans la tour depuis plus d’un mois sur ordre du commandant de la prison Freddy Ben Shitrit, en raison d’une pénurie de personnel. De son côté, la Treizième chaîne a invoqué des considérations budgétaires.

Il y avait une gardienne dans une tour avoisinante, mais elle était endormie. La Treizième chaîne a indiqué qu’elle avait dit à ses supérieurs qu’elle avait entendu du bruit, qu’elle s’était levée et qu’elle n’avait rien pu voir et été donc retournée se coucher.

Barlev a expliqué jeudi qu’il avait pris la décision de mettre en place une commission d’enquête gouvernementale sur les circonstances de l’évasion des prisonniers.

Tandis que la police pense que certains des suspects ont pu fuir en Jordanie, Kan a fait savoir, jeudi, que les autorités privilégient l’hypothèse qu’une majorité d’entre eux sont encore en Cisjordanie et qu’ils sont aidés par les Palestiniens locaux.

Avec des renforts militaires importants, les forces de sécurité israéliennes ont continué leur chasse à l’homme massive dans la journée de jeudi, alors que les recherches entraient dans leur quatrième jour.

Les agents israéliens à un barrage routier dressé au carrefour de Jezreel, sur la Route 60, qui mène à Jénine, à la recherche de six prisonniers palestiniens qui ont fui la prison Gilboa au début de la semaine, le 9 septembre 2021. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

Selon Kan, cette chasse à l’homme – avec des barrages routiers qui ont été dressés autour de plusieurs villes palestiniennes majeures et dans le nord d’Israël – devrait durer « encore de nombreux jours ».

De leur côté, les Palestiniens ont organisé à des manifestations importantes dans toute la Cisjordanie et à Jérusalem – des mouvements de protestation qui ont été parfois violents – en signe de solidarité avec les fuyards.

Il y a eu des affrontements, jeudi soir, à Hébron, où des dizaines de Palestiniens ont jeté des pierres en direction de l’armée israélienne. Il n’y aurait pas eu de blessé. Au moins un Palestinien aurait été appréhendé pour jets de pierre.

De plus, il y a eu des émeutes, dans un certain nombre de prisons, en réponse aux restrictions qui ont été imposées dans les centres de détention suite à l’évasion. La police devrait aider à sécuriser les prisons dans un contexte de violences continues.

Les responsables de la sécurité se préparent à de nouvelles échauffourées, vendredi. Le groupe terroriste du Hamas a en effet décrété « une journée de colère ».

En outre, un porte-parole du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a expliqué jeudi que le sujet des prisonniers palestiniens en Israël était « une ligne rouge ».

« Sans libération de tous nos prisonniers et détenus, il n’y aura ni paix, ni stabilité. La question des prisonniers est une ligne rouge », a dit Nabil Abu Rudeinah.

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