Fabius : Washington pourrait ne pas utiliser son droit de veto
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Fabius : Washington pourrait ne pas utiliser son droit de veto

A Jérusalem, le ministre des Affaires étrangères français préconise un comité international de surveillance composé notamment d'États arabes pour faciliter le processus de paix

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, le 21 juin 2015, à Jérusalem. (Haim Zach / GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, le 21 juin 2015, à Jérusalem. (Haim Zach / GPO)

La France ne proposera pas une résolution au Conseil de sécurité des Nations unies sur l’État palestinien si elle est certaine que les Etats-Unis y apposeront leur veto, a déclaré le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius.

Le diplomate a également laissé entendre que Washington pourrait ne pas utiliser son droit de veto.

Lors d’une conférence de presse qui a immédiatement suivi sa rencontre avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, Fabius a déclaré que Paris n’avait pas l’intention d’imposer une solution.

Il a déclaré qu’il avait perçu une volonté de la part des deux côtés de reprendre les négociations, et a appelé à la création d’un mécanisme international de surveillance – qui inclurait pour la première fois des États arabes – pour faciliter le processus.

« Cela n’a pas de sens de proposer une résolution si elle sera confrontée au veto », a déclaré Fabius, à propos de son plan de demander au Conseil de sécurité d’appeler à la création d’un État palestinien basé sur les lignes de 1967.

« Cela ne sert à rien de faire voter une résolution qui ne sera pas appliquée. La résolution doit mener à un objectif, et ne doit pas être une fin en soi. »

Plus tard, Fabius a affirmé : « Nos amis américains ont fait des déclarations [suggérant] qu’ils sont peut-être plus ouverts [à une résolution au Conseil de Sécurité sur la Palestine] qu’avant. »

Depuis que Netanyahu a laissé planer le doute sur son intention d’accepter la création d’un État palestinien avant les élections de mars à la Knesset, des commentaires sur lesquels il est revenu après sa réélection, l’administration américaine a indiqué qu’elle pourrait ne pas recourir à son droit de veto sur une telle résolution, mais n’a pas soutenu la proposition française.

L’absence de tout progrès dans le conflit israélo-palestinien appelle à une action urgente, a déclaré Fabius.

« Puisque cela n’a pas été résolu, cela pourrait bien conduire à des tensions et, à n’importe quel moment dans cette région, cela pourrait entraîner une explosion », a-t-il ajouté.

« La France veut donc aider, même si c’est difficile, à trouver une solution. La France n’abandonnera pas. »

Une résolution ne peut pas remplacer des négociations bilatérales, a-t-il souligné, s’inscrivant en faux sur le rejet de Netanyahu de ce qu’il avait appelé un « diktat » de la communauté internationale.

« La paix, a déclaré Netanyahu lors de la rencontre, ne viendra que par des négociations directes entre les parties, sans préconditions. Elle ne viendra pas de résolutions des Nations unies que l’on cherche à imposer de l’extérieur. »

Lors de sa conférence de presse, Fabius, a également suggéré la création d’un « comité de surveillance international » pour aider les Israéliens et les Palestiniens à retourner à la table des négociations et faire avancer les négociations.

« Qui sera impliqué ? Les Arabes, certainement, puisque les Arabes jusqu’à présent n’ont pas fait partie du Quartet pour le Moyen Orient, même s’ils pourraient faire des contributions importantes », a-t-il déclaré.

En outre, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Chine et la Russie, comme les autres partenaires européens et les autres pays ont « quelque chose à apporter », a-t-il expliqué.

« Nous avons besoin de tout le soutien international qui permette aux deux parties de parcourir les derniers mètres vers un accord. Parce que l’Histoire a montré que les gouvernements eux-mêmes ont des difficultés à les faire, parce que les derniers moments sont souvent les plus difficiles. »

Fabius a contesté que la France voulait seule régler le problème ou que les Européens et les Nations unies devaient prendre la tête du processus de paix.

« Nous considérons, en tant que Français, en tant qu’Européens, que les Etats-Unis ont joué, jouent, et joueront un rôle très important dans la solution de la question iraélo-palestinienne », a-t-il continué.

Le ministre français des Affaires étrangères a ensuite déclaré qu’il avait compris, de Netanyahu, qu’Israël menait des négociations secrètes avec le Hamas, mais qu’ils veulent en priorité améliorer la situation humanitaire à Gaza.

Interrogé par le Times of Israel à propos de la position de la France – exiger de Netanyahu que les Palestiniens reconnaissent Israël comme un État juif -, Fabius a déclaré que, selon la loi internationale, les États sont reconnus mais pas définis ou classés de cette manière.

Il a pourtant évité de prendre une position très claire sur le sujet. Il n’a pas non plus précisé si la potentielle résolution française au Conseil de sécurité mentionnerait Israël comme un État juif, expliquant simplement que cette question avait besoin d’être discutée. « Il y a des formules qui peuvent être trouvées », a-t-il déclaré.

Tandis que Netanyahu a déclaré être prêt à participer aux négociations sans préconditions, il insiste sur le fait que tout accord de paix final devra inclure la reconnaissance par les Palestiniens d’Israël comme un État juif.

« Je trouve cela franchement inconcevable que les Palestiniens attendent de nous une reconnaissance d’un État nation palestinien mais refusent de nous accorder le même privilège en nous reconnaissant comme un État nation juif », a déclaré Netanyahu à Fabius dimanche.

La formation d’un nouveau gouvernement pose la question de la place qui y serait faite au Hamas. Considéré comme une organisation terroriste par l’Union européenne, les Etats-Unis et Israël, le Hamas ne peut être un interlocuteur pour eux.

« Le président Abbas m’a dit qu’il essayait de construire un gouvernement d’union nationale, donc la question (des relations avec ce gouvernement) peut se poser », a dit le chef de la diplomatie française lors d’une conférence de presse à Jérusalem après avoir rencontré M. Abbas plus tôt à Ramallah.

« Il m’a précisé que dans ce gouvernement d’union nationale ne pourraient siéger que des femmes et des hommes qui reconnaissent Israël, qui renoncent à la violence et qui sont en accord avec les principes du quartette » pour le Proche-Orient (Nations unies, Union européenne, Etats-Unis et Russie) ; ce qui exclut le Hamas, a déclaré M. Fabius.

« Et ça nous convient parfaitement », a ajouté M. Fabius, rappelant que la France n’avait pas de contact avec le Hamas.

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