Fustigeant Edelstein, Rivlin juge « impensable » qu’un élu ignore la Justice
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Fustigeant Edelstein, Rivlin juge « impensable » qu’un élu ignore la Justice

S'exprimant lors d'une allocution à la nation, le président n'a pas nommé le président de la Knesset, qui a démissionné et refusé d'appliquer une décision judiciaire

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le Président Reuven Rivlin (à droite) et le Président de la Knesset Yuli Edelstein à la résidence du Président à Jérusalem, le 21 novembre 2019. (Hadas Parush/Flash90)
Le Président Reuven Rivlin (à droite) et le Président de la Knesset Yuli Edelstein à la résidence du Président à Jérusalem, le 21 novembre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Mercredi soir, le président Reuven Rivlin a déclaré qu’il était « impensable » qu’un élu ignore des décisions de justice. Il critiquait le président de la Knesset Yuli Edelstein qui a refusé de faire appliquer l’injonction de la Cour suprême de tenir un vote plus tôt dans la journée pour désigner son successeur.

Mercredi matin, ce dernier, membre du Likud de Benjamin Netanyahu, a démissionné de son poste et a fermé l’assemblée plénière dans une décision surprise. Il cherchait à empêcher les députés du camp rival de le remplacer et de mettre à l’ordre du jour certains textes.

Si Rivlin a soigneusement évité de citer directement Edelstein et a formulé un autre appel à l’unité dans sa rare allocution télévisée à la nation, il a déclaré qu’il était inconcevable qu’un élu désobéisse à une décision de justice.

« Je sais que la grande majorité des responsables politiques d’Israël, de gauche et de droite, sont conscients qu’il est du devoir de tout le monde d’obéir aux décisions de justice, et il est impensable que quiconque puisse ne pas le faire », a-t-il souligné.

« Et même si quelqu’un pense que la justice a tort dans sa conduite, quel que soit le désaccord qui nous sépare, nous devons nous assurer que les règles de la démocratie, sans lesquelles nous serions détruits, sont respectées », a-t-il ajouté.

Le chef de l’État s’est dit confiant qu’avec le départ d’Edelstein, l’ordre de la Cour suprême serait respecté.

« La démocratie israélienne ressortira renforcée et plus résiliente de ces moments difficiles », a-t-il dit.

Yuli Edelstein, qui occupe le perchoir de la Knesset depuis 2013, a déclaré que sa démission prendrait effet sous 48 heures, indiquant que l’élection de son successeur devrait attendre.

Alors que Rivlin s’exprimait, la Cour suprême tenait une audience avec des hauts responsables juridiques pour chercher une sortie à cette crise constitutionnelle.

Le président Reuven Rivlin fait une allocution télévisée depuis sa résidence à Jérusalem, le 25 mars 2020. (Capture d’écran/YouTube)

Plus tôt, le conseiller juridique de la Knesset Eyal Yinon a fait savoir à Edelstein que sa démission ne le libérait pas de son obligation de convoquer l’assemblée plénière mercredi, ajoutant que s’il ne le faisait pas, il s’agissait d’un outrage à la justice.

Eyal Yinon a ensuite été appuyé par le procureur général Avichai Mandelblit, qui a informé la Cour suprême et toutes les parties, que l’intéressé devait obéir à la décision de justice.

Mais Edelstein a de nouveau refusé, clamant auprès de la Cour suprême que sa conscience ne lui permettait pas de faire appliquer cet ordre. Il a accusé la justice d’interférer avec le système législatif.

Notant le flou des procédures de la Knesset pour savoir quand un président devait être nommé – il n’existe qu’une date butoir – Edelstein a fait valoir dans sa réponse à l’ordre de la Cour suprême imposant un vote pour désigner son successeur que sa décision visait à permettre aux négociations de coalition de se poursuivre, avec l’élection d’un président après que les parties sont parvenues à un accord. En ordonnant qu’un nouveau président soit choisi maintenant, a attaqué Edelstein, la cour perturbe les négociations de coalition.

« L’ordre du tribunal participe peut-être de la paralysie politique continue dans le pays, paralysie dont la résolution passe par des négociations politiques pour former un gouvernement d’unité [du Likud et de Kakhol lavan] et non pas un ordre de justice », a-t-il soutenu, en référence aux négociations actuelles entre les deux plus grands partis pour résoudre une impasse politique d’un an qui a vu s’enchaîner trois élections consécutives sans permettre la formation d’un gouvernement.

Le président du parti Travailliste Amir Peretz lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 12 mars 2020. (Tomer Neuberg/Flash90)

Edelstein sera remplacé temporairement par Amir Peretz du Parti travailliste, qui servira par intérim jusqu’à ce qu’un nouveau président soit désigné, probablement Meir Cohen de Kakhol lavan. Mais on ignore si l’élu du Likud compte céder sa place à Peretz avant la fin du délai de 48 heures.

Mercredi, plusieurs organisations, soutenues par les partis Kakhol lavan, l’alliance Parti travailliste-Meretz et Yisrael Beytenu, ont déposé des recours pour outrage à la justice à l’encontre d’Edelstein.

Lundi soir, la Cour suprême a statué à l’unanimité qu’Edelstein devait organiser un vote d’ici mercredi pour élire un successeur. Dans une décision cinglante, la cour l’a accusé de saper la démocratie en refusant de tenir ce vote.

« Le refus continu de permettre à la Knesset d’élire un président permanent sape les fondations du processus démocratique, a écrit la présidente de la Cour suprême, la juge Esther Hayut, dans une dénonciation virulente du comportement d’Edelstein lundi soir, en lui ordonnant d’organiser un vote d’ici mercredi.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le président de la Knesset Yuli Edelstein lors d’une réunion du Likud à la Knesset, le 30 avril 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Lundi dernier, Gantz a été chargé par le président Reuven Rivlin de former le prochain gouvernement d’Israël, après que 61 des 120 députés lui ont apporté leur soutien. Mais les 61 – dont 15 sont issus de la Liste arabe unie – n’accepteront pas forcément de siéger ensemble dans une coalition. De fait, ni Gantz ni Netanyahu n’est assuré d’avoir un chemin clairement tracé vers une majorité.

Avant que la Cour ne rende sa décision lundi, Edelstein avait informé le panel des cinq juges qu’il programmerait un vote seulement « quand la situation politique deviendrait claire ».

« Je n’accepterai pas les ultimatums, a rétorqué Edelstein à la Cour suprême. Je ne peux pas être d’accord parce que cela signifie que l’ordre du jour de la Knesset sera déterminé par la Cour suprême et non pas par le président de la Knesset, qui est désigné pour cela ».

Appel à l’unité

Mercredi, Rivlin a également profité de son intervention pour formuler un nouvel appel à l’unité entre les responsables politiques, déclarant qu’Israël traverse un « moment difficile ».

« Gardez bien à l’esprit la terrible maladie qui nous attaque et qui ôte la vie à nos proches, qui nuit gravement à l’économie d’Israël alors que de nombreux foyers luttent pour survivre financièrement », a-t-il dit, semblant s’adresser directement à Benjamin Netanyahu et au président de Kakhol lavan, Benny Gantz.

« Je sais combien la distance qui vous sépare est courte. Chaque partie doit comprendre les lignes rouges de l’autre et faire preuve de souplesse à leur égard, étant entendu que nous avons – nous n’avons tout simplement pas – une alternative ».

« Joignez vos forces pour le bien du peuple israélien. Si ce n’est pas maintenant, quand », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite), le dirigeant de Kakhol lavan Benny Gantz (à gauche) et la présidente de la Cour suprême Esther Hayut lors de la cérémonie commémorative pour le défunt président Shimon Peres, au cimetière du Mont Herzl à Jérusalem, le 19 septembre 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Les négociations d’unité ont semblé marquer un coup d’arrêt ces derniers jours après la décision d’Edelstein de fermer la Knesset. Le Likud a prévenu que si celui-ci était remplacé, son offre d’un gouvernement d’unité ne serait plus sur la table.

Netanyahu et Gantz ont tous les deux appelé publiquement à un gouvernement d’unité, mais chacun considère que l’autre devra lui succéder en tant que Premier ministre dans un accord de rotation.

Netanyahu a tweeté mardi que l’épidémie de coronavirus était un moment crucial pendant lequel il fallait faire preuve de leadership et de responsabilité nationale, affirmant que les désaccords entre les rivaux concernant les modalités d’un gouvernement d’unité étaient mineurs et pouvaient être surmontés.

« Les citoyens d’Israël ont besoin d’un gouvernement d’unité qui agisse pour sauver leur vie et leur gagne-pain », a-t-il dit, en s’adressant à Gantz. « Ce n’est pas le moment d’un quatrième scrutin. Rencontrons-nous et formons un gouvernement aujourd’hui. Je vous attends ».

Gantz a fait savoir qu’il exigeait d’occuper la tête du gouvernement en premier en cas d’accord de rotation.

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