GB/Antisémitisme : nous « repousserons durement » Corbyn si nécessaire – Pompeo
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GB/Antisémitisme : nous « repousserons durement » Corbyn si nécessaire – Pompeo

Le Parti travailliste a dénoncé une "interférence parfaitement inacceptable" dans la démocratie britannique après la fuite d'un enregistrement du secrétaire d'Etat américain

Le secrétaire d'Etat Mike Pompeo lors de sa prestation de serment au département d'Etat de  Washington, le 2 mai 2018 (Crédit :  AFP PHOTO / SAUL LOEB)
Le secrétaire d'Etat Mike Pompeo lors de sa prestation de serment au département d'Etat de Washington, le 2 mai 2018 (Crédit : AFP PHOTO / SAUL LOEB)

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a dit à un groupe de responsables juifs britanniques que Washington « repousserait durement » le dirigeant du Labour, Jeremy Corbyn, et ferait « tout ce qui est en son pouvoir » pour l’empêcher d’entreprendre des initiatives qui rendraient la vie plus difficile aux Juifs du Royaume-Uni, selon des informations parues samedi.

Ces propos ont suscité l’indignation en Grande-Bretagne, certains accusant les Etats-Unis d’ingérence dans les affaires intérieures pour la deuxième fois ce mois-ci, après que le président américain Donald Trump a apporté son soutien à la candidature de Boris Johnson à la tête du parti conservateur et au poste de Premier ministre.

Les groupes juifs et d’autres ont accusé Corbyn, un responsable politique issu de l’extrême gauche, d’avoir permis une recrudescence massive des cas d’antisémitisme dans les rangs de cette formation autrefois considérée comme le foyer naturel de la communauté juive britannique. Des milliers de cas de discours de haine anti-juive présumés ont été recensés au sein du Labour depuis 2015, année où Corbyn s’est hissé à la tête du parti.

Citant un enregistrement réalisé lors d’une conversation privée ayant fuité, le Washington Post a rapporté que Pompeo avait dû répondre à la question suivante : « Seriez-vous prêt à travailler avec nous pour passer à l’action si la vie devait devenir très difficile pour les Juifs au
Royaume-Uni ? »

« Il pourrait arriver que M. Corbyn ait une ouverture et qu’il soit élu. C’est possible. Mais vous devez le savoir, nous n’attendrons pas que de telles choses arrivent pour commencer à le repousser. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir. C’est trop périlleux, trop important et trop dur une fois que la situation est déjà en place ».

Ses propos ont entraîné « les applaudissements fervents des personnes présentes », relate l’article.

Le leader du parti d’opposition britannique du Labour Jeremy Corbyn prononce un discours durant un rassemblement lors d’une manifestation à Londres, à Whitehall, pour protester contre la visite d’Etat réalisée par le président américain Donald Trump, le 4 juin 2019 (Crédit : AP Photo/Matt Dunham)

Pompeo a également affirmé que l’échec du Parti conservateur aux élections européennes révélait « un échec absolu du leadership », selon le quotidien américain.

Le Labour a réagi en disant que « le président Trump et ses tentatives officielles de décider de celui qui sera le prochain Premier ministre britannique représentent une interférence parfaitement inacceptable dans la démocratie du pays ».

La formation est « pleinement engagée à soutenir, à défendre et à célébrer la communauté juive et elle est implacablement opposée à l’antisémitisme sous toutes ses formes », a-t-elle ajouté.

La semaine dernière, au cours de sa visite d’Etat en Grande-Bretagne, Trump a déclaré au Sun : « Je pense que Boris ferait un très bon travail. Il serait excellent. Je l’apprécie. Je l’ai toujours apprécié. Je ne sais pas qui sera élu, mais je pense qu’il est vraiment très bon, très talentueux ».

Le président Donald Trump serre la main du ministre des Affaires étrangères Boris Johnson au cours d’une rencontre à l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 18 septembre 2017 (Crédit : AP Photo/Evan Vucci)

Corbyn a alors réagi, qualifiant ces propos « d’inacceptables » et ajoutant que « le futur Premier ministre ne doit pas être choisi par le président américain ni par 100 000 membres non-représentatifs du Parti conservateur, mais bien par les Britanniques de tout le pays lors d’élections générales ».

Trump a refusé, la semaine dernière, de rencontrer Corbyn – qui avait prononcé un discours féroce contre les politiques mises en oeuvre par Trump malgré sa demande de s’entretenir avec le président américain en face à face – le présentant comme « une force quelque peu négative ».

La semaine dernière, l’ancien Premier ministre britannique et ex-dirigeant de longue date du Labour, Tony Blair, a déclaré que Corbyn était un antisémite qui s’ignorait. Tony Blair, qui effectuait une visite en Israël, a ajouté ne plus reconnaître la formation qu’il avait dirigée entre 1994 et 2007.

Special Envoy to the Quartet of Middle East Peacemakers Tony Blair, attends a press conference in the West Bank city of Ramallah, March 8, 2010. (photo credit: by Issam Rimawi/Flash90.)
Tony Blair, ancien Premier ministre britannique et envoyé du Quartet pour la paix au Moyen Orient, en mars 2010. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

« Pour être franc, ce problème d’antisémitisme est honteux », a déploré Tony Blair, qui était interrogé lors d’un débat organisé à l’Université Bar Ilan, en proche banlieue de Tel Aviv. « Si vous m’aviez dit, non seulement en mai 1997, mais à n’importe quel moment des 10 années suivantes, que le parti que j’ai dirigé pendant 13 ans aurait un problème avec l’antisémitisme, je n’y aurais pas cru, et pourtant, c’est bien le cas aujourd’hui », a constaté Blair.

Le mois dernier, la Commission pour l’égalité et les droits humains (EHRC) du Royaume-Uni a ouvert une enquête sur des allégations d’antisémitisme contre le Parti travailliste.

Le Board of Deputies of British Jews a accusé Corbyn d’encourager la rhétorique antisémite et parfois de l’avoir lui-même pratiquée, même s’il conteste ces affirmations.

Le leader travailliste a promis de sanctionner tout membre du parti qui tiendrait des propos racistes, mais il a défendu un certain nombre de travaillistes ayant fait des déclarations antisémites, et n’a expulsé quasiment aucun membre malgré plus de 850 plaintes officielles.

Le mois dernier, il a avoué dans un enregistrement secret que des preuves de l’antisémitisme au sein de son parti ont peut-être « égarées, ignorées ou inutilisées ».

Corbyn lui-même a été la cible de critiques pour ses actions. L’année dernière, il a exprimé des regrets pour avoir défendu une peinture murale antisémite de 2012 dans le quartier East End de Londres. La fresque, intitulée Liberté de l’humanité, a été peinte sur une propriété privée à proximité de Brick Lane par l’artiste spécialisé dans les graffiti Kalen Ockerman, qui est basé à Los Angeles.

Elle dépeignait un groupe d’hommes – apparemment des caricatures de banquiers et d’hommes d’affaires juifs – comptant leur argent sur un tableau de Monopoly tenant en équilibre sur le dos d’ouvriers nus.

La fresque de Kalen Ockerman intitulée « L’ennemi de l’humanité, » qui recourt à une imagerie antisémite (Crédit : capture écran/YouTube)

En avril, on a découvert que Corbyn avait élogieusement préfacé un livre qui affirme que les Juifs contrôlent les systèmes financiers mondiaux et les décrit comme des « hommes d’une race singulière et particulière ».

Jeremy Corbyn (deuxième à partir de la gauche) tenant une couronne lors d’une visite aux martyrs de Palestine, en Tunisie, en octobre 2014. (Crédit : page Facebook de l’ambassade palestinienne en Tunisie)

En outre, le groupe terroriste du Hamas a remercié Corbyn pour sa solidarité dans la reconnaissance du deuil palestinien lors de l’anniversaire de la formation de l’Etat d’Israël.

Dans le passé, le chef du Parti travailliste a été critiqué pour avoir qualifié les groupes terroristes du Hamas et du Hezbollah « d’amis » alors qu’il en avait invité des membres pour une réunion parlementaire en 2009. Il a ensuite minimisé ses propos et a dit regretter l’usage du mot.

L’année dernière, il est apparu qu’en 2014 Corbyn avait assisté à une cérémonie qui rendait hommage aux terroristes responsables du massacre des JO de Munich en 1972. Il a ensuite déclaré : « J’étais présent quand [une gerbe] a été déposée, mais je ne pense pas avoir réellement participé à la cérémonie ».

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