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Huwara : Washington demande à Netanyahu de condamner les propos de Smotrich

Le Département d'État a estimé que l'appel "odieux" à l’anéantissement de la ville palestinienne incitera d'autres personnes à la violence

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le chef du parti HaTzionout HaDatit, le député Bezalel Smotrich, et des membres de son parti visitant le quartier de Netiv Haavot à Gush Etzion, en Cisjordanie, le 26 octobre 2022. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)
Le chef du parti HaTzionout HaDatit, le député Bezalel Smotrich, et des membres de son parti visitant le quartier de Netiv Haavot à Gush Etzion, en Cisjordanie, le 26 octobre 2022. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

Les États-Unis ont déclaré mercredi que l’appel du ministre des Finances Bezalel Smotrich à « anéantir » la ville palestinienne de Huwara « équivaut à une incitation à la violence » et ont exhorté le Premier ministre Benjamin Netanyahu à désavouer les commentaires de son principal partenaire de coalition, le dernier membre de son cabinet à être aux prises avec Washington.

« Ces commentaires étaient irresponsables. Ils étaient répugnants. Ils étaient dégoûtants », a déclaré le porte-parole du Département d’État américain, Ned Price, lorsqu’il a été interrogé sur les commentaires de Smotrich lors d’une conférence de presse. « Tout comme nous condamnons l’incitation palestinienne à la violence, nous condamnons ces remarques provocatrices qui constituent également une incitation à la violence. »

Plus tôt dans la journée, Smotrich avait déclaré lors d’un débat d’experts « qu’il pense que la ville de Huwara devait être anéantie. Je pense que l’État d’Israël doit le faire ».

Ces commentaires sont intervenus au milieu d’une vague de choc et d’horreur en Israël et à l’étranger après que des centaines de résidents d’implantations ont saccagé la ville palestinienne de Huwara et les villages environnants dimanche soir, mettant le feu à des dizaines de bâtiments et de véhicules, pour se venger d’une fusillade terroriste au cours de laquelle deux jeunes frères israéliens traversant la ville en voiture avaient été tués quelques heures plus tôt. Un Palestinien a été tué et des centaines d’autres ont été blessés lors de ce déchaînement, que le général en chef d’Israël en Cisjordanie a qualifié de « pogrom ».

La condamnation américaine témoigne d’une nouvelle escalade de la frustration de Washington à l’égard d’Israël, quelques jours après que l’administration Biden eut exprimé son indignation face à ces émeutes meurtrières, et appelé Israël à poursuivre les auteurs et à indemniser les dizaines de Palestiniens dont les biens ont été détruits.

« Nous appelons le Premier ministre Netanyahu et d’autres hauts responsables israéliens à rejeter et désavouer publiquement et clairement ces commentaires », a ajouté Price mercredi. À la fin de la journée, aucun membre du cabinet israélien ne l’avait encore fait.

Smotrich a fait ces commentaires moins de deux semaines avant de se rendre aux États-Unis pour prendre la parole à la conférence annuelle Israel Bonds, qui se tiendra du 12 au 14 mars à Washington. Le bureau de Smotrich n’a pas encore confirmé sa présence, mais une source au fait de la question avait confirmé au Times of Israel le mois dernier que la conférence était bien prévue.

Un fonctionnaire américain a déclaré lundi qu’aucune rencontre officielle entre Smotrich et Biden n’était prévue à ce jour. Le mois dernier, le département du Trésor n’avait pas répondu à une question visant à savoir si ses fonctionnaires allaient rencontrer Smotrich, qui a un long passif de remarques à l’encontre des Arabes, des Palestiniens, de la communauté LGBTQ et des Juifs dits « laïcs ».

Interrogé par CNN pour savoir s’il condamnerait les commentaires de Smotrich à la suite de l’appel lancé par Price aux « hauts responsables israéliens pour qu’ils rejettent et désavouent publiquement et clairement ces commentaires », l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Michael Herzog, a répondu que « nonobstant le fait qu’Israël a été soumis à une récente vague d’horribles attentats terroristes contre ses civils, ce n’est absolument pas révélateur de la politique israélienne et c’est contraire à nos valeurs de répondre en anéantissant des villages de civils ».

Des soldats israéliens se tenant à côté d’un bâtiment palestinien endommagé dans la ville de Huwara, près de la ville de Naplouse, en Cisjordanie, le 27 février 2023. (Crédit : AP/Ohad Zwigenberg)

Les remarques sur Huwara, faites lors d’une conférence organisée par le quotidien économique The Marker mercredi, sont intervenues après qu’on a demandé à Smotrich pourquoi il avait « liké » un virulent tweet du maire adjoint du Conseil régional de Samarie, Davidi Ben Zion, qui appelait « à anéantir le village de Huwara aujourd’hui » dimanche soir. Smotrich avait répondu « parce que je pense que la ville de Huwara doit être anéantie. Je pense que l’État d’Israël doit le faire ».

« Je pense que c’est l’État d’Israël qui devrait l’anéantir, et non, Dieu nous en préserve, des civils », avait-il tenu à préciser. « Nous ne devrions pas être entraînés dans une anarchie où des civils se font justice eux-mêmes ».

Smotrich, qui dirige le parti d’extrême-droite HaTzionout HaDatit, est ministre délégué au sein du ministère de la Défense, en charge de l’organe qui autorise la construction d’implantations et la démolition de maisons palestiniennes dans une grande partie de la Cisjordanie, y compris de grandes parties de Huwara.

Alors que les condamnations affluaient, Smotrich a publié une déclaration indiquant que les médias tentaient de « déformer ses propos ».

« S’ils avaient repris l’intégralité de mes propos, vous auriez entendu que j’ai parlé de la façon dont Huwara est une ville hostile qui est devenue un avant-poste terroriste d’où sont lancés chaque jour des attaques terroristes de jets de pierres et de tirs contre des Juifs. Mais qu’il est interdit, de quelque manière que ce soit, de tenter de faire justice soi-même. »

« J’ai dit que je soutenais une réponse excessive de Tsahal et des forces de sécurité à chaque acte de terrorisme. Pour chaque pierre, la fermeture des magasins du quartier ; pour chaque bombe, les arrestations et l’expulsion des familles des terroristes ; pour chaque cellule terroriste, la fermeture et l’imposition d’un prix douloureux jusqu’à ce que les terroristes et leurs partisans réalisent que… le terrorisme ne paie pas. »

Des Palestiniens passant devant une voiture incendiée dans la ville de Huwara, en Cisjordanie, le 27 février 2023. (Crédit : Ronaldo Schemidt/AFP)

Il semble avoir supprimé le tweet de clarification, mais plus tard dans la journée, il a tenu à apporter une précision. « Pour qu’il n’y ait pas de doute, je ne veux pas raser la ville de Huwara, mais plutôt agir de manière ciblée contre les terroristes et les partisans du terrorisme qui y vivent et leur faire payer un lourd tribut afin de rétablir la sécurité des résidents [juifs] de la région. »

Les résidents d’implantations et les Palestiniens empruntent la route principale de Huwara, qui se trouve juste au sud de Naplouse, ce qui en fait un point de tension fréquent.

Smotrich est maintenant le troisième membre du cabinet relativement récent de Netanyahu à s’opposer à l’administration du président américain Joe Biden, emboîtant le pas au ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir et au ministre des Affaires de la Diaspora Amichaï Chikli.

En novembre, Price avait qualifié « d’odieux » un événement commémoratif en l’honneur du rabbin extrémiste Meïr Kahane, auquel Ben Gvir avait assisté peu avant de prêter serment en tant que ministre.

Quelques jours après l’entrée en fonction du nouveau gouvernement, Ben Gvir s’était rendu sur le mont du Temple pour y effectuer une visite qui, selon l’ambassadeur américain Tom Nides, visait à « semer le trouble », étant donné le soutien de longue date du ministre en faveur d’un bouleversement du statu quo sur ce lieu saint ultra-sensible afin de permettre la prière juive.

Le porte-parole du département d’État américain, Ned Price, s’exprimant lors d’une conférence de presse au département d’État, à Washington, le 10 mars 2022. (Crédit : Manuel Balce Ceneta/Pool/AFP)

La semaine dernière, Chikli s’est exprimé sur la chaîne publique israélienne Kan et a demandé à Nides de « s’occuper de ses affaires » après que l’envoyé a exhorté Israël à « mettre un frein » à ses projets de réforme du système judiciaire. L’ambassadeur a répondu mardi que les États-Unis allaient continuer à se mêler des affaires d’Israël, faisant ostensiblement référence au soutien sécuritaire, politique et diplomatique que Washington apporte à Jérusalem depuis des dizaines d’années.

Ces dissensions ont ajouté de la pression aux tensions déjà existantes entre Jérusalem et Washington sur les différences de politique à l’égard des Palestiniens, l’approbation par Israël d’une expansion sans précédent des implantations en Cisjordanie suscitant des condamnations répétées de l’administration Biden.

Dans ce contexte de tensions croissantes entre les États-Unis et Israël, le site d’information Axios a rapporté que le ministre des Affaires stratégiques Ron Dermer et le président du Conseil de sécurité nationale Tzahi Hanegbi doivent se rendre à Washington la semaine prochaine pour rencontrer le conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan, le secrétaire d’État Antony Blinken et d’autres hauts responsables américains afin de discuter de la coordination contre l’Iran. Les responsables israéliens voudront sans doute axer les discussions sur la quête nucléaire de Téhéran, mais les États-Unis ont souvent profité de ces rencontres pour aborder la question palestinienne.

Un responsable américain a déclaré mardi au Times of Israel que le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, se rendra en Israël la semaine prochaine.

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