Ilan Yeshua : J’ai dû retirer un article sur Sara Netanyahu pour un accord
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Ilan Yeshua : J’ai dû retirer un article sur Sara Netanyahu pour un accord

Le patron de Walla, Shaul Elovitch, avait averti le directeur du site qu'une mauvaise presse à l'égard de Sara ferait échouer son offre d'achat d'un télédiffuseur

L'ancien PDG de Walla, Ilan Yeshua, au tribunal de district de Jérusalem pour le procès pour corruption du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 7 avril 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)
L'ancien PDG de Walla, Ilan Yeshua, au tribunal de district de Jérusalem pour le procès pour corruption du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 7 avril 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

La première semaine de témoignages dans le procès de Benjamin Netanyahu s’est achevée mercredi. L’ancien directeur de Walla, Ilan Yeshua, a déclaré à la cour qu’il avait été contraint de retirer un article du site concernant l’épouse du Premier ministre, Sara, car il aurait pu nuire aux chances de son employeur de recevoir une faveur réglementaire du Premier ministre.

Yeshua est un témoin clé dans l’affaire 4000, dans laquelle le Premier ministre est accusé d’avoir établi un accord de contrepartie illégal avec les propriétaires du site d’information Walla, dans lequel ils lui accordaient une couverture favorable et il leur accordait des faveurs réglementaires.

L’accusation a montré des SMS envoyés à Yeshua par Shaul Elovitch, qui contrôlait Walla par l’intermédiaire de son entreprise de télécommunications Bezeq, dans lesquels on lui disait : « Enlevez [l’article] immédiatement. Cela va m’empêcher d’obtenir l’autorisation pour Yes. Je vais vous virer ».

Yeshua a expliqué qu’Elovitch faisait référence à une décision réglementaire qu’il attendait de Netanyahu et qui permettrait à sa société d’acheter des parts dans le fournisseur de services de télévision Yes. « Du moins, c’est ce que j’ai compris », a-t-il ajouté.

L’accord Bezeq-Yes, qui a été conclu en 2015, valait des centaines de millions de dollars pour Elovitch, selon le ministère public, et l’intervention présumée de Netanyahu pour l’approuver en tant que ministre de la Communication faisait partie de son accord illicite de contrepartie avec Elovitch, selon les accusations, dans le cadre duquel le contenu de Walla était biaisé en fonction des exigences du Premier ministre et ce dernier faisait avancer les intérêts commerciaux d’Elovitch.

L’article que l’on a ordonné à Yeshua de retirer portait sur un scandale qui impliquait à l’époque Sara Netanyahu et son attitude envers un gardien de la résidence du Premier ministre.

La procureure Yehudit Tirosh a demandé comment Yeshua avait compris le message d’Elovitch, « Je vais vous virer ».

« [Cela montrait] la pression qu’il subissait de la part du Premier ministre à cause de l’article sur Sara », a déclaré Yeshua.

Sara Netanyahu, épouse du Premier ministre Benjamin Netanyahu, vient pour se faire vacciner contre le COVID-19, à Jérusalem, le 24 décembre 2020. (Aharon Krohn/Flash90)

L’accusation a présenté d’autres messages entre Yeshua et ses supérieurs, montrant que l’article avait été retiré de la page d’accueil et de la page Facebook du site, mais qu’il avait été réprimandé pour ne pas avoir retiré l’article de la liste des notifications push récentes du site.

« J’ai été réprimandé parce que je n’avais pas tout nettoyé », a précisé Yeshua.

Dans un texto du 31 janvier 2015, que les procureurs ont présenté au tribunal de district de Jérusalem, Elovitch a demandé à Yeshua : « Vous ne pensez pas que nous avons exagéré avec Tzipi [Livni] ? », alors numéro 2 du parti de l’Union sioniste, qui affrontait le Likud de Netanyahu lors des élections de mars 2015.

Tzipi Livni s’exprime lors d’une conférence à Jérusalem, le 11 mars 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

M. Elovitch faisait apparemment référence à un article publié sur Walla (hébreu) qui titrait sur une citation de Mme Livni affirmant que M. Netanyahu dépensait plus en alcool en un mois que le salaire minimum mensuel.

En réponse, M. Yeshua a dit à M. Elovitch que Walla devait également citer d’autres chefs de parti que M. Netanyahu, tout en notant que l’article ne figurait pas en tête du site.

« Je n’ai pas besoin de la présence de Tzipi cette semaine », a répondu Elovitch.

Il a également dit à Yeshua : « Il vaut la peine de faire la distinction entre la chose la plus importante et ce qui est secondaire. Les choses vraiment importantes peuvent être mises à mal par l’ego, la suffisance et la stupidité. »

Dans un autre texto, Elovitch a demandé à Yeshua d’“agir avec prudence avec Raviv Drucker, on joue gros avec lui”. Invité à expliquer la signification du message, Yeshua a déclaré que Drucker, un journaliste d’investigation, avait réalisé à l’époque un reportage sur Netanyahu ou sa famille.

« J’ai répondu que, bien sûr, nous serons prudents dans le suivi », a déclaré Yeshua.

Il a déclaré que les mots d’Elovitch « avec lui » faisaient référence à Netanyahu et que par « jouer gros », il voulait dire « vraiment jouer gros ».

L’homme d’affaires israélien Shaul Elovitch et sa femme Iris au tribunal de district de Jérusalem, le 6 avril 2021. (Yonatan Sindel / Flash90)

Ilan Yeshua a expliqué à la cour que le test décisif pour déterminer si un sujet lié au Premier ministre Netanyahu pouvait être publié sur son site Web était de savoir s’il apparaissait ou non dans le tabloïd Israel Hayom, qui est considéré comme un soutien majeur au Premier ministre.

« Si c’était publié dans Israel Hayom, c’était ‘casher’ », a dit Yeshua. « Le fait qu’il soit publié par nous ne signifie pas qu’il soit mauvais. Faut-il être plus saint que le pape ? »

Plus tôt dans la journée de mercredi, Yeshua a déclaré que c’était la « norme » pour les candidats aux postes de direction de Walla, y compris le rédacteur en chef, d’être examinés et approuvés par Elovitch et les collaborateurs du Premier ministre, Ran Baratz et Nir Hefetz. Il a également déclaré qu’on lui avait dit que Walla perdrait des milliards de shekels si sa couverture était hostile à Netanyahu.

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