Importations : L’Arabie saoudite veut marginaliser les produits liés à Israël
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Importations : L’Arabie saoudite veut marginaliser les produits liés à Israël

Un décret du royaume a amendé ses règles d'importation de manière à défier la domination commercial des EAU dans le Golfe

Le secrétaire-général du Conseil de coopération du Golfe (GCC) Nayef Falah Al-Hajraf, à gauche, et le ministre saoudien des Affaires étrangères, le Prince Faisal bin Farhan Al-Saud, pendant une conférence de presse organisée au cours de la 41e rencontre du Conseil, à Al Ula, en Arabie saoudite, le 5 janvier 2021. (Crédit : AP Photo/Amr Nabil)
Le secrétaire-général du Conseil de coopération du Golfe (GCC) Nayef Falah Al-Hajraf, à gauche, et le ministre saoudien des Affaires étrangères, le Prince Faisal bin Farhan Al-Saud, pendant une conférence de presse organisée au cours de la 41e rencontre du Conseil, à Al Ula, en Arabie saoudite, le 5 janvier 2021. (Crédit : AP Photo/Amr Nabil)

L’Arabie saoudite a revu les tarifs qui gouvernaient jusqu’à présent ses importations depuis les pays appartenant au Conseil de coopération du Golfe – dont elle est membre – avec pour objectif de frapper la domination des Émirats arabes unis, qui sont actuellement le premier pôle commercial et d’affaires du Golfe.

Selon Reuters, l’Arabie saoudite a amendé ses importations depuis les autres pays du Conseil de manière à ne plus avantager au niveau fiscal les produits fabriqués dans des zones franches. Ceux qui « ont compris une contribution israélienne » n’auront plus droit à des réductions fiscales préférentielles.

Le gouvernement a annoncé cette nouvelle politique dans un décret qui a été publié dans le journal officiel saoudien Umm al-Qura. Selon le décret, tous les produits fabriqués dans des zones franches – elles sont nombreuses aux Émirats – ou qui contiennent un composant fabriqué en Israël, ou qui sont fabriqués par une firme appartenant partiellement ou totalement à un Israélien, n’auront plus droit à des dérogations tarifaires avantageuses qui étaient accordées auparavant aux pays du Golfe. Ces importations seront dorénavant appréhendées comme si elles parvenaient de pays étrangers, avec lesquels il n’y a pas d’accord.

« L’Arabie saoudite va exclure de l’accord tarifaire conclu entre les pays du Conseil les produits faits par les entreprises employant une main-d’œuvre locale de moins de 25 % et les produits industriels présentant moins de 40 % de valeur ajoutée à l’issue du processus de transformation », indique également le décret, selon Bloomberg.

Ces changements dans les règles appliquées par l’Arabie saoudite sont largement considérés comme un défi lancé à la domination des EAU dans les liens commerciaux établis entre les pays du Golfe. Israël et les Émirats ont normalisé leurs relations l’année dernière et les deux pays ont signé, au mois de mai, un traité fiscal visant à encourager la coopération économique. Le ministère des Finances avait fait savoir, à ce moment-là, que le traité recommandait des taxes révisées à la baisse pour encourager les investissements.

« L’idée avait été, dans le passé, de créer un marché entre les pays membres du Conseil de coopération du Golfe mais maintenant, les pays réalisent que les priorités de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis sont très différentes », a commenté Amir Khan, un éminent économiste de la Banque nationale saoudienne, auprès de Reuters. « Ces nouvelles régulations donnent de la substance à ces divergences politiques. »

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, à gauche, lors d’une cérémonie aux côtés du prince héritier d’Abu Dhabi Mohammed bin Zayed Al Nahyan à Qasr Al Watan à Abou Dhabi, aux Émirats Arabes unis, le 27 novembre 2019. (Crédit : Mohamed Al Hammadi/Ministère des Affaires présidentielles via AP)

Il a été largement considéré que l’Arabie saoudite avait apporté son accord tacite au processus de normalisation des liens entrepris entre les Émirats arabes unis et Israël, et il y a eu d’importantes rumeurs qui ont laissé entendre que les Saoudiens suivraient l’exemple donné par les Émirats. Suite aux accords d’Abraham, l’Arabie saoudite avait donné à l’État juif l’autorisation d’utiliser son espace aérien pour la toute première fois. Au mois de novembre dernier, le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, s’était rendu dans le royaume pour y rencontrer le prince héritier Mohammad ben Salmane.

Mais l’Arabie saoudite cherche également à diversifier son économie et à réduire sa dépendance face au pétrole. Elle cherche aussi à stimuler l’emploi pour ses citoyens.

Ces derniers jours, l’Arabie saoudite et les EAU, qui sont considérés comme de proches alliés, se sont aussi disputés sur un plan mis au point par l’OPEC et les pays producteurs de pétrole voisins visant à prolonger le plan global de réduction de la production d’or noir au-delà de l’échéance du mois d’avril 2022. Les Émirats, qui sont l’un des plus importants producteurs du groupe, cherchent à augmenter leur production – se lançant ainsi dans une compétition avec l’Arabie saoudite, poids lourd de l’OPEC, qui exerce des pressions pour conserver la production à son niveau actuel.

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