Orange cesse ses activités en Israël, ne veut pas entrer dans un « débat politique »
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Orange cesse ses activités en Israël, ne veut pas entrer dans un « débat politique »

Israël attend des excuses de la part d'Orange ; Intervention de Yossi Gal

Stéphane Richard (Crédit : Olivier Ezratty/CC BY SA 3.0)
Stéphane Richard (Crédit : Olivier Ezratty/CC BY SA 3.0)

L’opérateur de téléphonie français Orange a confirmé jeudi, dans un communiqué, sa volonté de mettre fin à son accord de licence de marque avec l’opérateur israélien Partner tout en niant toute volonté de « prendre part à un débat de nature politique ».

« Orange est un opérateur qui a pour premier objectif de défendre et de valoriser la force de sa marque dans l’ensemble des marchés où il est présent. Il n’a en aucun cas vocation à prendre part, sous une quelconque forme, à un débat politique », a précisé l’opérateur dans son communiqué, alors que les propos de son patron Stéphane Richard mercredi au Caire annonçant ce départ ont suscité de très vives réactions en Israël.

Israël attend des excuses de la part de l’opérateur français Orange après les propos de son PDG remettant en cause les relations avec son partenaire israélien, a dit jeudi à l’AFP le porte-parole des Affaires étrangères israéliennes.

« Notre ambassadeur (en France) s’est adressé aux autorités françaises pour obtenir des explications », a dit Emmanuel Nahshon, par ailleurs « nous attendons des excuses de la part d’Orange ».

« La face noire d’Orange », titrait en grand le quotidien populaire Israel Hayom, soutien indéfectible du Premier ministre Benjamin Netanyahu, à côté de la photo du PDG d’Orange Stéphane Richard. « Orange n’est déjà plus un partenaire », faisait écho son concurrent populaire Yedioth Ahronoth, en jouant sur le nom de l’opérateur israélien (Partner).

La ministre adjointe des Affaires étrangères Tzipi Hotovely a immédiatement écrit au PDG d’Orange pour réclamer sèchement une clarification et le presser de ne pas prendre part « à l’entreprise de mensonges qui vise injustement Israël ».

Isaac Benbenisti, appelé à prendre la présidence de Partner le 1er juillet et « très en colère », a accusé Stéphane Richard de céder aux « pressions très importantes des (groupes) pro-palestiniens » et de participer à une grande campagne d’isolement d’Israël dans le monde.

Les propos de Stéphane Richard ont fait la une des radios et des journaux. Ils ont été immédiatement interprétés comme exprimant la volonté d’Orange de se dissocier des activités de son partenaire israélien dans les implantations, les blocs construits et habités par des Israéliens dans les Territoires, à commencer par la Cisjordanie et Jérusalem-Est.

Politique de marque

M. Richard n’a pas évoqué les implantations au cours de la conférence de presse où il a tenu ces propos au Caire mercredi. Il s’est contenté d’invoquer des raisons économiques et financières pour dire : « Notre intention est de nous retirer d’Israël ».

Il romprait « demain matin » les relations avec Partner si Orange ne s’exposait pas à des « risques énormes » de demande de dédommagement, a-t-il dit.

Cinq ONG et deux syndicats avaient appelé Orange fin mai à annoncer son désengagement et à « dénoncer les atteintes aux droits humains commises par Partner ». Selon leur rapport, Partner, en fournissant ses services dans les colonies, contribue à leur maintien.

Orange insiste sur le fait qu’il ne détient aucune action ou droit de vote dans Partner et n’a aucune emprise sur lui, et qu’en dehors de ses relations avec Partner, il n’a pas la moindre activité ni le moindre chiffre d’affaires en Israël.

Orange et Partner sont liés par un contrat de licence permettant à Partner d’utiliser la marque et l’image d’Orange en échange d’une redevance. Le contrat a été signé en 1998, deux ans avant le rachat d’Orange par France Telecom. Orange a récemment fait amender le contrat, jusqu’alors illimité, pour qu’il expire en 2025.

Il s’agit du seul contrat de marque au monde entre Orange, présent dans 29 pays, et une entreprise qui n’est pas une filiale.

Le PDG d’Orange a expliqué l’intention de se désengager comme relevant de « la politique de la marque: notre politique c’est de ne pas ‘licencer’ la marque ».

Mais ses propos pouvaient difficilement tomber plus mal.

« Marche honteuse »

L’agitation est intense en Israël depuis plusieurs jours sur le thème de la place du pays dans le monde, et le gouvernement s’est saisi d’une succession de faits pour dénoncer ce qu’il considère comme une campagne de délégitimation.

Israël est en butte à une campagne mondiale non-gouvernementale de boycottage (BDS) destinée à augmenter la pression économique et politique pour mettre fin à la présence dans les Territoires palestiniens. La campagne a largement progressé ces dernières années.

Ces derniers jours, la décision d’un grand syndicat étudiant britannique de rejoindre BDS, la tentative palestinienne de faire suspendre la fédération israélienne de football, ou encore l’inquiétude d’universitaires israéliens d’être mis à l’index par leurs collègues étrangers ont replacé la question du boycott au coeur du débat politique.

Le Parlement a consacré ses débats à la question mercredi. « Etre antisémite, ce n’est pas politiquement correct. Mais être anti-israélien, c’est super ‘in’ « , a dit la ministre de la Justice Ayelet Shaked.

« Peut-être que quand l’islam aura submergé l’Europe, les gens y comprendront vraiment ce que veut dire le mot occupation », a lancé le ministre de droite sans portefeuille Ofir Akunis.

« Les déclarations du PDG d’Orange sont un nouveau pas en avant dans (cette) marche honteuse », éditorialisait le Yedioth.

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