Israël finance des projets high-tech axés sur la communauté juive en ex-URSS
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Israël finance des projets high-tech axés sur la communauté juive en ex-URSS

Un nouveau programme co-parrainé par le gouvernement israélien et Limmud FSU stimule l'innovation qui contribuera à développer la vie juive locale et à jeter des ponts avec Israël

Le co-fondateur et PDG de WhatsApp, Jan Koum, s'exprime lors d'une conférence au Mobile World Congress à Barcelone, en Espagne, le 24 février 2014. (AP Photo/Manu Fernandez)
Le co-fondateur et PDG de WhatsApp, Jan Koum, s'exprime lors d'une conférence au Mobile World Congress à Barcelone, en Espagne, le 24 février 2014. (AP Photo/Manu Fernandez)

JTA – Dans l’industrie de la haute technologie, les Juifs russophones occupent une place très importante.

Des personnes comme Sergey Brin, Jan Koum et Max Levchin – respectivement co-fondateurs de Google, WhatsApp et PayPal – ne sont que quelques exemples bien connus des milliers de Juifs d’ex-URSS à l’avant-garde de la révolution de l’information aux États-Unis, en Israël et en Europe, où beaucoup d’entre eux ont immigré en raison de l’antisémitisme dans leurs pays.

Aujourd’hui, le gouvernement israélien co-parraine un projet de 2,5 millions de dollars appelé Limmud Labs, qui vise à exploiter ce potentiel pour trouver des moyens nouveaux et innovants de renforcer la vie de la communauté juive dans l’ancienne Union soviétique.

« Les Juifs russophones, tout au long de l’histoire et aujourd’hui en particulier, se sont révélés être des pionniers du progrès dans tous les domaines – les sciences, la culture et les initiatives commerciales », a déclaré Gabi Farberov, responsable du projet Limmud FSU Labs, à la Jewish Telegraphic Agency. Le projet vise à prendre ce capital humain et à l’utiliser « au nom de la communauté juive et pour développer des contacts avec l’État d’Israël », a-t-elle ajouté.

Certains pionniers de la population visée ont décrit différemment leur lien avec le judaïsme. Brin, par exemple, n’a pas fait de bar mitzvah parce que « ça n’a jamais été mon truc », a-t-il confié dans une interview accordée en 2008 au journal israélien TheMarker. Il a également expliqué que pour lui, le judaïsme consistait principalement à « surmonter l’adversité ». (Le fait que son ex-femme, Anne Wojcicki, soit également juive, était une coïncidence, a-t-il dit).

Limmud Labs, qui doit la moitié de son budget au ministère israélien des Affaires de la diaspora et l’autre moitié à l’organisation éducative juive Limmud FSU, est conçu pour trouver des jeunes comme Brin, et « leur donner les moyens d’être actifs dans leurs communautés juives locales et plus larges », a déclaré Omer Yankelevich, la ministre israélienne des Affaires de la Diaspora, à la JTA.

La membre du parti Kakhol lavan Omer Yankelevich à la Knesset à Jérusalem, le 14 mai 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Au cours de sa première année, Limmud Labs a attribué des dizaines de bourses de 8 000 à 14 000 dollars à des candidats juifs d’ex-URSS, avec des approches innovantes conçues pour renforcer l’identité juive dans leur communauté.

L’un d’eux, Vlodymyr Zeev Vaksman, 38 ans, président de la communauté Tiferet Masorti d’Odessa, utilise les fonds des Limmud Labs pour développer une école du soir en ligne qui enseigne aux Juifs russophones les compétences professionnelles demandées en Israël, en vue de leur alyah.

Un autre projet développé par une équipe de candidats d’Odessa est une application de type Uber qui met en relation les personnes intéressées par une visite des nombreux sites du patrimoine juif de la ville avec les guides disponibles spécialisés dans ce domaine.

En Biélorussie, Elena Koulevnich, une dirigeante de la communauté juive locale, a organisé un cours en ligne à petit budget sur le coronavirus pour les Juifs âgés et sur la manière de se protéger pendant la pandémie, y compris un tutoriel sur le moment, le lieu et la manière de porter un masque facial qu’elle et son équipe ont produit et envoyé par courrier aux personnes âgées de la communauté.

Illustration : L’ambassadeur d’Israël en Ukraine, Eliav Belotzerkovsky, s’exprime lors d’une manifestation de la Limmud FSU à Odessa, en Ukraine, le 20 octobre 2017. (Avec l’aimable autorisation de Limmud FSU)

Le programme espère compter au moins 2 000 participants d’ici 2022, a indiqué Limmud Labs, et à utiliser leur « ingéniosité, leur créativité et leur flexibilité » au profit de la communauté juive.

Ce sont exactement les qualités qui ont permis aux russophones d’ex-URSS – pour la plupart des Juifs – d’avoir un « impact [qui] a été disproportionné car ils représentent les ‘meilleurs et les plus brillants’ mathématiciens, physiciens, chimistes, biologistes et ingénieurs » de leur pays d’origine, selon « Hammer and Silicon », un livre publié l’année dernière sur l’effet des immigrants russophones sur l’innovation.

Sur près de 600 000 immigrants des anciens pays soviétiques qui se sont installés aux États-Unis entre 1975 et 2003, environ 54 % étaient juifs, selon « Hammer and Silicon » et « The New Jewish Diaspora », un livre publié en 2016.

Dans le sens des aiguilles d’une montre à partir d’en haut à gauche : les auteurs de ‘Hammer and Silicon’, Daniel Satinsky, Sheila Puffer, et Daniel McCarthy (Crédit : autorisation de Sheila Puffer) ; le scientifique Slava Epstein (Adam Glanzman/ université Northeastern) ; Vladimir Torchilin, directeur du centre de biotechnologie pharmaceutique et de nanomédecine à l’université Northeastern ; chercheur en oxydoréduction à Harvard, Vadim Gladyshev (Crédit : capture écran/YouTube).

Pour cette réussite, de nombreux Juifs russophones attribuent le mérite à des parents très pragmatiques qui les ont poussés à se dépasser afin de surmonter l’antisémitisme institutionnel qui était censé les retenir. Paradoxalement, ce préjugé antisémite a contribué à leur capacité d’exceller.

« Ma mère me faisait suivre toutes sortes de cours : mathématiques, chimie, échecs, ballet. Cela remplissait toute ma journée, et à un certain moment, j’ai commencé à détester cela », se souvient Elena Koulevnich, l’entrepreneuse sociale et dirigeante de la communauté juive de Biélorussie, âgée de 38 ans.

« Mais je l’ai compris : c’était la façon de nos parents de s’assurer que nous surmontions les politiques mises en place pour nous empêcher d’obtenir une éducation supérieure. En tant que Juifs, nous devions être meilleurs et plus intelligents que n’importe qui pour pouvoir être admis », a déclaré cette mère d’un enfant originaire de Minsk.

De nombreux Juifs n’ont pas été admis, du moins pas dans les meilleures écoles et universités d’URSS, ce qui les a incités à partir.

La famille de Sergey Brin a quitté sa Russie natale en 1979 « principalement à cause de l’antisémitisme », a-t-il confié dans l’interview de 2008. Son père, Michael, n’a été accepté dans aucun département de physique, une matière qui était alors interdite aux Juifs. Il a étudié les mathématiques, mais n’a pas pu obtenir un master à cause de l’antisémitisme. Une université polonaise l’a finalement accepté en tant que doctorant.

Le fondateur de Google, Sergey Brin, en 2010. (Crédit photo : CC-BY-Steve Jurvetson, Wikimedia Commons)

« Mon père ne pouvait pas poursuivre sa véritable passion dans la vie », a déclaré Brin. « Nous avons dû quitter tout ce que nous avions en Union soviétique et reconstruire nos vies à partir de zéro. Cela m’a donné une nouvelle perspective sur la vie ».

L’Université d’État de Moscou, l’Institut d’ingénierie et de physique de Moscou et l’Université technique d’État Bauman de Moscou figuraient parmi les principales institutions pratiquement exemptes de juifs jusqu’en 1983, selon Dmitri Petrov, professeur principal de biologie à l’Université de Stanford, qui a immigré de Moscou aux États-Unis en 1992.

Petrov a été accepté exceptionnellement à l’Institut de physique et de technologie de Moscou après que son père a utilisé ses contacts là-bas pour faire réévaluer le test d’admission raté de Petrov. Ses réponses correctes ont été marquées comme des erreurs dans le cadre d’une politique non officielle visant à maintenir les Juifs hors du corps étudiant, a-t-il expliqué aux auteurs de « Hammer and Silicon ».

Si le système éducatif soviétique a préparé des professionnels juifs hautement qualifiés, « il a également incité certains à partir lorsque l’occasion s’est présentée », pointe le livre.

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