Israël : le guitariste de Bruce Springsteen l’emporte sur Ken Livingstone
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Opinion

Israël : le guitariste de Bruce Springsteen l’emporte sur Ken Livingstone

Le conflit israélo-palestinien ? Le Travailliste et ex-maire de Londres voudrait vous faire croire que c’est uniquement de la faute d’Israël. Mais, comme insiste Steven Van Zandt sur Twitter, c’est compliqué.

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Montage photo du musicien Stevie Van Zandt et de l'ancien maire de Londres, Ken Livingstone (Crédit : Kevin Winter/Getty Images via JTA/Wikimedia Commons, goodadvice.com, CC BY-SA 4.0)
Montage photo du musicien Stevie Van Zandt et de l'ancien maire de Londres, Ken Livingstone (Crédit : Kevin Winter/Getty Images via JTA/Wikimedia Commons, goodadvice.com, CC BY-SA 4.0)

En tant qu’individu ayant aimé Bruce Springsteen durant la plus grande partie de ma vie, l’âme emportée par la passion et l’ambition de ses chansons, ayant joué ses deuxième, troisième et quatrième albums plus qu’aucuns autres et les ayant infligés à mes enfants dans la douleur… et en tant que sioniste également, je me suis toujours demandé ce que pensait d’Israël, si tant est qu’il ait une opinion à ce sujet, Bruce Springsteen. Et je me le demande toujours.

Mais je me suis levé ce matin avec l’intention d’écrire un papier énervé et amer à propos du succès continu de Ken livingstone dans sa tentative de faire du mal à Israël. Et maintenant, je peux écrire un papier énervé et amer à propos du succès continu de Ken livingstone sur sa tentative de faire du mal à Israël, avec une fin optimiste.

J’ai écrit la semaine dernière, dans “Ken Livingstone, utiliser Hitler pour diaboliser Israël », que ce que l’ex-maire de Londres essayait d’accomplir en assénant de façon obscène qu’Hitler était sioniste, était de pousser tous les gens intellectuellement honnêtes qui considèrent que les nazis sont l’incarnation du mal à penser la même chose des sionistes. En résumé, Livingstone souhaite convaincre le plus grand nombre de gens possible que sionisme équivaut à nazisme, et ce afin d’accroître la haine contre Israël, par là même l’affaiblissant et l’isolant.

Je n’ai pas été surpris le moins du monde de voir Livingstone refuser de retirer ses contre-vérités incendiaires ou de s’en excuser. Il sait extrêmement bien que l’idée qu’Hitler ait pu soutenir le projet d’un foyer souverain pour la Nation juive sur sa terre ancestrale va bien au-delà du ridicule. Il sait que défendre une telle position est bien pire que du mépris. Il sait également que continuer de le faire est destructeur pour la crédibilité du parti Travailliste britannique, dont il dit se soucier, et que c’est une insulte pour nombre des dirigeants du parti, honorables depuis des décennies. Mais pour Livingstone, rongé par une haine féroce contre Israël, la fin justifie tous et n’importe quels moyens.

Jeremy Corbyn, chef du Labour, le parti d'opposition britannique (au centre), donne un discours à Londres le 1er mai 2016 (Crédit : AFP / JUSTIN TALLIS)
Jeremy Corbyn, chef du Labour, le parti d’opposition britannique (au centre), donne un discours à Londres le 1er mai 2016 (Crédit : AFP / JUSTIN TALLIS)

Et Livingstone progresse. Oui, le parti Travailliste est en train d’être écartelé alors que ses antisémites sont exposés publiquement sur le tard, et que son leader, sympathisant des Hezbollah et Hamas est déchiré et déconfit.

Mais la perversion de l’histoire de Livingstone aide à graver précisément la nouvelle sagesse britannique qu’il recherche – un mantra simpliste et standard qui est maintenant répété sans cesse par les commentateurs anglais et qui dit, grosso modo, la chose suivante : « Bien sûr, la plupart d’entre nous sont complètement opposés à la politique israélienne en Palestine, et sont horrifiés par le meurtre et la maltraitance des Palestiniens, mais ce que Livingstone et d’autres comme lui sont coupables de faire, c’est de franchir la ligne entre la critique légitime d’Israël et l’antisémitisme ».

Permettez-moi de souligner : la critique d’Israël est en effet légitime. Elle est nécessaire. Notre nation n’est pas au-delà de tout reproche. Les politiques de notre gouvernement peuvent avoir de nombreux défauts, très certainement en ce qui concerne les Palestiniens. Personnellement, je suis très gêné par certains choix que nos dirigeants font. Je suis inquiet pour le futur. Je vois aussi des niveaux de corruption en Israël que je n’avais jamais rencontrés auparavant.

La perversion de l’histoire de Livingstone aide à graver précisément la nouvelle sagesse britannique qu’il recherche, un mantra simpliste et standard qui accuse Israël et seulement Israël, du conflit israélo-palestinien

Mais ce n’est pas la question. Là où Livingstone et ses semblables gagnent du terrain c’est dans la création d’une grille de lecture parlant d’elle-même qui, tout en exprimant de façon louable une opposition outragée à l’antisémitisme, considère Israël comme étant dans l’erreur, de façon évidente, véritable et sans nuance, coupable et seule à blâmer dans ce conflit perpétuel avec les Palestiniens. Quand la vérité est que, et il faut le répéter, le conflit est beaucoup plus compliqué.

Le fait est qu’Israël, qui veut garder ses caractères démocratique et juif, a tout intérêt à se séparer des Palestiniens. Une grille de lecture honnête devrait refléter que, si le retrait israélien de Gaza avait vu le commencement d’une ère de tranquillité sur place, l’Etat hébreu se serait très probablement retiré de la plus grande partie de la Cisjordanie.

Une grille de lecture honnête prendrait en considération que le Hamas et le Hezbollah ont pour but la destruction d’Israël, et non la venue au monde d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël, et que des décennies de terrorisme – souvent toléré et/ou soutenu par les instances dirigeantes palestiniennes – ont eu raison de la volonté des Israéliens de faire des compromis, particulièrement dans une région et à une époque instables où l’extrémisme islamiste monte.

Encore une fois, tout n’est pas parfait du côté israélien. On peut avec raison pointer du doigt que l’expansion des implantations dans des territoires qu’Israël n’envisage pas de garder dans le cadre d’accords permanents est contre-productif, et discrédite les Palestiniens modérés.

On peut reprocher à Israël de devenir plus dur et sans compromission. A un moment où on assiste à l’augmentation de la terreur palestinienne, il y a certainement eu des incidents où la réponse des services de sécurité aurait nécessité une enquête. Israël se bat avec des cas de plus en plus nombreux de terrorisme juif.

Comme je l’ai dit. C’est compliqué. Mais pas dans la version de Ken Livingstone. Et cette fausse simplicité, qui dit, “bien sûr qu’Israël porte le blâme pour le problème palestinien », gagne du terrain.

Contre l’Apartheid ; contre le BDS

Alors pourquoi ai-je commencé cet article avec la Terre Promise de Bruce Springsteen ? Parce que je me suis assis pour écrire, et que promenant d’abord mes yeux sur notre site web, je suis tombé sur cet article : “Le guitariste de Springsteen fustige les “idiots odieux” qui soutiennent le BDS« .

Steven Van Zandt et Bruce Springsteen sur scène à Londres en 2013 (Crédit : Capture d'écran YouTube)
Steven Van Zandt et Bruce Springsteen sur scène à Londres en 2013 (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Le guitariste de longue date chéri par Bruce, semble-t-il, défend Israël dans la twittosphère. Little Steven. Miami Steve. Silvio des “Sopranos”. Giovanni “Johnny” Henriksen de “Lilyhammer”, si vous préférez que vos séries soient scandinaves.

De manière plus pertinente : Steven Van Zandt, le fondateur des Artistes Unis Contre l’Apartheid, la force derrière la chanson anti-apartheid Sun City.

Couverture du single Sun City, 1985
Couverture du single Sun City, 1985

Ce qui a commencé comme une bagarre sur Twitter à propos de l’annulation récente d’un spectacle en Caroline du Nord s’est transformé en une dispute à propos d’Israël, durant laquelle Van Zandt a attaqué “toute discrimation de toute sorte”, a mis l’accent sur son patriotisme, et ensuite, lorsqu’il a été lancé sur la question épineuse de l’évident Etat “voyou” israélien, a asséné en retour un “vous et les autres boycotteurs d’Israël êtes des idiots politiquement ignorants et insupportables. Israël est l’un de nos deux amis au Moyen-Orient ». Il a répondu aux critiques d’Israël qu’il leur fallait “s’éduquer.”

Et ensuite, lorsqu’il lui a été rétorqué qu’ “Israël correspond à la définition d’un apartheid d’après le droit international” (sic), qu’il soit béni, il a répondu “crois-moi je suis au moins autant au courant que toi des injustices dans le monde. Une solution ne marche pas pour tous », et “les problèmes là-bas existent depuis un millier d’années et tu veux une solution en 140 caractères ?” et, le meilleur de tous, “je comprends que cela puisse apparaître de cette façon, mais ton analyse est incorrecte. C’est beaucoup plus compliqué que l’Afrique du Sud ».

Steven Van Zandt (Crédit : Frantogian / Wikipedia)
Steven Van Zandt (Crédit : Frantogian / Wikipedia)

“Compliqué ». Little Steven, je pourrais t’embrasser. Oui, c’est compliqué. Compliqué. Compliqué. Compliqué. Si c’était simple, nous aurions résolu le problème. Si nous avions pu le faire nous-mêmes, nous l’aurions fait. La plupart d’entre nous ne veulent pas gouverner les Palestiniens. Nous ne voulons pas envoyer nos enfants à l’armée, qu’ils y risquent leurs vies contre des islamistes chérissant le culte de mort. Mais notre pays est large de 14 kilomètres à son endroit le plus étroit. Cette région, avec le Hamas et le Hezbollah et l’Etat islamique et ce régime terrifiant de l’Iran, est hostile et brutale. Nous sommes forts dans notre imparfaite démocratie qui ose, nous sommes méfiants, nous nous accrochons. Mais répondre aux défis auxquels nous faisons face est compliqué.

S’il vous plait souvenez-vous de cela, ceux d’entre vous qui sont tentés de tomber dans le piège de Livingstone, ceux d’entre vous qui sont tentés d’acquiescer et d’ajouter cet avertissement, alors que vous condamnez de façon appropriée l’antisémitisme, “bien sûr, Israël est totalement en faute dans son traitement des Palestiniens…”

A la fin de tout cela, je ne sais toujours pas ce que Bruce Springsteen pense d’Israël. Je ne sais pas s’il viendra y jouer cet été – comme certaines rumeurs le propagent, comme les rumeurs le font la plupart des étés.

Couverture du dépliant de l'album Born to Run
Couverture du dépliant de l’album Born to Run

Je sais que sa couverture de l’album “Born to run” – cette image icône de Springsteen et de Clarence Clemons – est la plus glorieuse des ripostes au racisme, et que la composition de son groupe – Catholique, Juif, Italien-Suédois, Afro-américain, etc. – est une embrassade non calculée et une célébration de l’excellence musicale et de la diversité.

Et je sais que son guitariste fier, patriotique, sans balivernes, anti-raciste, anti-apartheid, parfois producteur, pote et âme-sœur, reconnaît que notre conflit est compliqué. Alors merci, Steven Van Zandt, de faire votre petite part, comme la chanson le dit, pour “souffler vers le lointain les mensonges qui ne vous laissent rien que le sentiment d’être perdu et le cœur brisé.”

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