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Israël va accorder le statut de résident temporaire à 2 440 soudanais

Ces demandeurs d'asile auront presque tous les mêmes droits que les citoyens; ce statut sera renouvelable au bout de six mois

Des réfugiés soudanais manifestent devant la Knesset contre le nouveau camp de détention de "Holot" pour les migrants en situation illégale, le 17 décembre 2013. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des réfugiés soudanais manifestent devant la Knesset contre le nouveau camp de détention de "Holot" pour les migrants en situation illégale, le 17 décembre 2013. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dès la semaine prochaine, Israël commencera à accorder un statut de résident temporaire à 2440 demandeurs d’asile soudanais qui attendent depuis plusieurs années une décision sur leurs demandes de séjour dans le pays, selon le quotidien Haaretz.

Ce statut, autorisé conformément à un arrêt de la Haute Cour de justice rendu au début de l’année, sera accordé jusqu’à ce qu’une décision finale soit prise sur leur sort.

Le statut temporaire sera accordé aux demandeurs d’asile originaires des régions du Darfour, des monts Nouba et du fleuve Nil Bleu au Soudan qui ont déposé leur demande avant 2017, selon les notifications envoyées aux différents tribunaux qui traitaient les requêtes déposées par les demandeurs d’asile.

Elle accorde aux bénéficiaires la quasi-totalité des droits des citoyens israéliens, à l’exception du droit de vote aux élections ou de la possibilité de se présenter aux élections, précise le journal.

Les demandeurs d’asile soudanais se rassemblent le 25 octobre 2020 dans une zone du sud de Tel-Aviv où vivent des milliers d’entre eux. (MENAHEM KAHANA / AFP)

Six mois après, les bénéficiaires pourront demander une prolongation à l’Autorité de la population et de l’immigration à condition de prouver que leur vie est basée en Israël, et moyennant le paiement d’une taxe.

Le processus débutera dans les prochains jours avec la publication sur le site de l’Autorité de la population et de l’immigration d’une liste de toutes les personnes ayant droit à un statut temporaire. Les personnes seront convoquées par l’autorité où elles recevront un certificat d’ici la fin du mois de janvier, rapporte Haaretz.

En avril, la Haute Cour avait exigé qu’une décision sur les demandes d’asile soit prise d’ici la fin de l’année, faute de quoi les demandes devaient se voir accorder automatiquement un statut temporaire.

Cet arrêt a poussé l’Autorité de l’immigration et de la population à effectuer un contrôle de sécurité réduit des candidats. Plutôt que d’organiser un entretien personnel avec chaque demandeur, leurs coordonnées ont été transmises à la police et à l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, qui ont effectué des enquêtes sur leurs antécédents. Les personnes ayant un passé criminel important ou d’autres problèmes de sécurité n’obtiendront pas le statut temporaire, selon le journal.

Monim Haron (Crédit : capture d’écran I24 news)

La semaine dernière, l’immigrant soudanais Monim Haron, une figure clé de la communauté, a déclaré à Haaretz que cette évolution était « une étape importante pour nous, car certains attendent depuis plus de huit ans une décision concernant nos demandes ».

Il a déclaré que les demandeurs d’asile avaient espéré qu’Israël reconnaîtrait les génocides auxquels ils ont échappé et leur accorderait le statut sans avoir besoin d’une décision de la Haute Cour.

Tomer Warsha, avocat spécialisé dans l’immigration, a déclaré à Haaretz qu’il se réjouissait de cette « victoire pour les droits de l’Homme. »

« Nous avons empêché une discrimination illégale, et les personnes qui ont vécu pendant des années en tant que réfugiés légaux en Israël vont recevoir, après une longue campagne, les droits minimum qu’ils méritent », a déclaré Warsha.

La ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked prend la parole lors d’une réunion de la faction Yamina à la Knesset le 5 juillet 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

L’État a également informé les tribunaux que la ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked, en est aux dernières étapes de l’élaboration d’une liste de critères actualisés permettant de statuer sur les demandes d’asile des demandeurs soudanais en fonction de l’évolution de la situation dans leur pays d’origine.

Dans une déclaration à Haaretz, l’avocat Nimrod Avigail, de la branche israélienne de l’association à but non lucratif HIAS, basée aux États-Unis et fournissant une aide humanitaire aux réfugiés, a déclaré qu’en dehors des personnes qui vont recevoir un statut temporaire, il y en a beaucoup d’autres « laissées sans droits simplement parce qu’elles ont déposé leurs demandes un jour, une semaine ou un mois après » la date limite de 2017.

« Nous espérons qu’une politique décente et équitable sera formulée et que les demandes d’asile seront examinées et décidées comme cela se fait dans les pays qui respectent la Convention sur les réfugiés », a-t-il déclaré.

L’État n’a toujours pas formulé de politique officielle pour statuer sur les demandes d’asile, malgré les multiples promesses faites à la Cour selon lesquelles il comptait le faire, – la plus récente datant d’octobre 2018.

Le Premier ministre soudanais Abdalla Hamdok tient une conférence de presse au Conseil des ministres dans la capitale Khartoum, le 15 août 2021. (Crédit : ASHRAF SHAZLY / AFP)

La plupart des réfugiés soudanais en Israël ont fui à cause du génocide de 2003 au Darfour et résident depuis en Israël sans statut officiel et n’ont donc pas eu accès à de nombreux services sociaux de base.

Les conditions se sont aggravées pour les demandeurs d’asile depuis le début de la pandémie, nombre d’entre eux ayant perdu leur travail en raison des confinements. Mais contrairement aux citoyens israéliens, les migrants n’ont pas d’allocations de chômage ou d’assurance nationale sur lesquelles s’appuyer, ce qui laisse beaucoup d’entre eux dans une situation économique désespérée.

La situation au Soudan reste précaire après qu’un coup d’État militaire a chassé puis rétabli le Premier ministre Abdalla Hamdok sous contrôle militaire, dans le cadre d’un accord auquel s’opposent de nombreux membres du mouvement pro-démocratique.

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