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Jean Asselborn, diplomate européen et partisan de la solution à 2 Etats, quitte la scène

Les Européens ont commis une "faute énorme" au Moyen-Orient en renonçant à toute perspective politique dans le conflit israélo-palestinien, a estimé le diplomate

Le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn arrive pour une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE au bâtiment Europa à Bruxelles, le lundi 26 février 2018. (Crédit :  AP / Virginia Mayo)
Le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn arrive pour une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE au bâtiment Europa à Bruxelles, le lundi 26 février 2018. (Crédit : AP / Virginia Mayo)

« L’Europe est toujours là! ». Jean Asselborn, 74 ans, figure de la diplomatie européenne, tire sa révérence cette semaine. Malgré les crises, les secousses et les déceptions, le Luxembourgeois reste plus que jamais convaincu de la pertinence du projet européen.

Au terme d’environ 20 ans à la tête de la diplomatie du Luxembourg, et après plus de 200 réunions avec ses collègues européens, il a participé lundi, à Bruxelles, à son dernier « FAC » (réunion des ministres des Affaires étrangères des 27).

« Il faut dire que l’UE existe toujours et c’est déjà une chose. Après la crise financière on n’a perdu personne, après le Brexit on a dit : ça va être la catastrophe, l’Europe va s’effilocher… », raconte, dans un entretien à l’AFP, ce personnage des rendez-vous européens, socialiste connu pour son franc-parler.

Jean Asselborn a vu passer des dizaines de ministres et autant de chefs d’Etat et de gouvernement.

Et le Luxembourg, pays multilingue – « Un Luxembourgeois regarde la télé allemande l’après-midi et la française le soir » – a souvent servi de médiateur entre ses deux grands voisins. Aujourd’hui c’est moins vrai. « L’Europe fonctionne malheureusement en anglais », déplore-t-il.

Le diplomate relate, amusé, une formule prononcée par l’ex-président français Jacques Chirac lors d’un sommet européen pour résumer une certaine vision de l’Europe alors en vogue »: « Nous on décide ce qu’on veut et ce sont les Allemands qui paient ».

Les choses ont changé, reconnaît le Luxembourgeois, mais le couple franco-allemand reste essentiel. « Il ne faut pas oublier que sans la France et l’Allemagne, on n’avancerait pas ».

Le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn (D) lors d’une conférence de presse de la réunion du Conseil Affaires étrangères de l’UE à Luxembourg, le 5 septembre 2015. (John Thys / AFP)

« Ne pas céder un millimètre sur nos valeurs »

Ouvrier à 18 ans, Jean Asselborn reprend des études en cours du soir et devient administrateur … de l’hôpital de sa ville natale, Steinfort au Luxembourg. Elu une première fois député en 1984 sous l’étiquette socialiste, il deviendra ministre le 31 juillet 2004, sans interruption jusqu’à cette semaine.

L’Union européenne a beaucoup changé en vingt ans, elle s’est élargie à l’est, passant de 15 à 27 États membres dont la Hongrie, bête noire du Luxembourgeois qui considère encore aujourd’hui le pays comme « pas démocratique à 100% ».

En 2016, il avait réclamé son exclusion pour sa politique anti-immigration qu’il abhorre. Également en charge pour son pays des questions migratoire, Jean Asselborn souligne au passage que les réunions européennes les plus difficiles auxquelles il a assisté, portaient toutes sur l’immigration.

« C’est devenu horrible, parce que le seul consensus est de savoir comment faire pour que personne n’entre » en Europe, déplore l’ancien syndicaliste.

Deux dates ont marqué ce diplomate chevronné : le 24 février 2022, lorsque l’armée russe a envahi l’Ukraine et le 7 octobre 2023, jour où le Hamas a lancé son attaque meurtrière sur le sol israélien.

« Là, on se demande pourquoi on croit à la politique étrangère, au droit international… », lâche-t-il, amer.

Les Européens ont commis une « faute énorme » au Moyen-Orient en renonçant à toute perspective politique dans le conflit israélo-palestinien, estime-t-il.

Ardent soutien de la cause palestinienne, défenseur de la solution à deux Etats et l’un des plus fermes opposants dans l’Union européenne au projet d’Israël d’annexer certaines des parties de la Cisjordanie, Asselborn a régulièrement critiqué les accords de normalisation entre Israël et certains pays arabes, estimant que ces derniers avaient abandonné les Palestiniens.

Les députés de la Liste arabe unie et le ministre des Affaires étrangères du Luxembourg Jean Asselborn, septembre 2018 (Autorisation Liste arabe unie)

« Pendant dix ans, il était impossible de mettre même une solution à deux États à l’ordre du jour », déplore-t-il. « Je connais la situation, je suis allé trois fois à Gaza », explique celui que rien ne prédisposait à devenir le doyen de la diplomatie en Europe.

« Tant qu’il n’y a pas de solution à deux Etats – j’en suis convaincu – il n’y aura pas de stabilité, pas même parmi les Etats du Golfe », avait-il déclaré à l’annonce des Accords d’Abraham.

La semaine dernière, Asselborn a participé au sommet pour la paix organisé à Paris à l’initiative d’Emmanuel Macron, où il s’était joint aux appels pour des pauses humanitaires dans la guerre qui oppose actuellement l’Etat d’Israël et le groupe terroriste du Hamas.

Ses collègues ont posé lundi autour de lui pour immortaliser son dernier rendez-vous européen. « Son expérience, son franc-parler, sa passion nous manqueront », a jugé la chef de la diplomatie française Catherine Colonna.

Quel message le diplomate luxembourgeois souhaite-t-il laisser aux jeunes générations européennes ?

« Faites attention, il ne faut pas céder un millimètre sur nos valeurs avec les pays qui veulent les réduire ». Sinon, l’Europe « disparaîtra ».

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