Jérusalem au ralenti, en ce premier vendredi sous la nouvelle ère du coronavirus
Rechercher
Un jour à JérusalemLa capitale israélienne face à la pandémie

Jérusalem au ralenti, en ce premier vendredi sous la nouvelle ère du coronavirus

Seuls quelques-uns sont allés prier au mur Occidental ; peu d’enfants à l'école ou à l’extérieur ; mais, comme d'habitude, des manifestants sur la place de Paris

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Mur occidental et le Mont du Temple, vus du quartier juif de la Vieille Ville, à Jérusalem, le 13 mars 2020. (Crédit : LH / Times of Israel)
Le Mur occidental et le Mont du Temple, vus du quartier juif de la Vieille Ville, à Jérusalem, le 13 mars 2020. (Crédit : LH / Times of Israel)

Le vendredi midi à Jérusalem est habituellement un moment d’effervescence. Les parents viennent chercher leurs enfants à l’école. Les magasins et les supermarchés sont remplis de gens qui se préparent pour Shabbat. Les tables des cafés sont remplies. Et les rues sont bloquées, dans une symphonie discordante de klaxons.

Ce vendredi à Jérusalem était différent. Pas différent de la même manière que durant Yom Kippour. Pas différent en raison de routes désertées, de magasins vides et de cafés délaissés. Mais plutôt étrangement muet ; peu fréquenté ; nettement moins bruyant, moins vibrant que d’habitude.

La circulation sur Emek Rephaïm, la rue principale de la colonie allemande, était fluide, sans heurts – du jamais vu un vendredi. Les gens étaient dehors, faisaient du shopping et s’arrêtaient pour discuter, mais dans une moindre mesure que d’habitude. Néanmoins, le café et la boulangerie Neeman étaient remplis – pas moins que les autres vendredis. « Les gens semblent arriver par vagues toutes les quelques minutes », explique un jeune employé. Les habitants de Jérusalem ont toujours besoin de leur challot.

La tenue des classes ayant été annulée la nuit dernière, la plupart des enfants se trouvaient clairement chez eux plutôt que dehors. Les écoles maternelles ont été autorisées à rester ouvertes, mais les parents n’affluaient pas à l’extérieur de plusieurs d’entre elles, dans les quartiers de Talpiot, Baka et de la colonie allemande au sud de Jérusalem. Selon la presse, plusieurs enseignants de la petite enfance avaient décidé de rester chez eux.

La route qui monte la colline escarpée vers la Vieille Ville le long de la Brechat HaSultan était presque vide. La place devant la porte de Jaffa ne comptait qu’une poignée de personnes entrant dans la Vieille Ville depuis la zone commerciale peu peuplée de Mamilla, où un café Aroma presque vide avait placé un désinfectant pour les mains à côté de la caisse. Et le marché arabe dans la Vieille Ville à proximité de la porte de Jaffa était inhabituellement calme ; nous avons croisé seulement deux petits groupes de touristes, dont un venu d’Italie, alors que nous marchions vers le mur Occidental et le mont du Temple.

La plupart des personnes présentes dans les ruelles étaient des Palestiniens, principalement des hommes, rentrant de leurs prières à Al-Aqsa, où les offices ont été plus courts que d’habitude. « Il y avait moins de monde que d’habitude, mais à part ça, rien de remarquable », a rapporté un Arabe de Jérusalem d’âge moyen.

La place menant de Mamilla à la porte de Jaffa, à Jérusalem, le 13 mars 2020. (Crédit : LH ​​/ ToI)

Au lendemain d’une déclaration des principaux rabbins d’Israël demandant aux Juifs – dans un mouvement inédit – d’éviter d’aller prier au mur Occidental, le Kotel était en effet quasi désert, avec à peine assez de fidèles masculins pour former un minyan [NdT : le quorum de dix personnes nécessaire à la récitation de certains passages de la prière et à la lecture de la Torah]– mais, à décharge, nous nous y sommes rendus en début d’après-midi, une heure où il n’y a jamais foule, même en période normale. Certains cafés du quartier juif comptaient un nombre de clients raisonnable, bien que les magasins du Cardo étaient vides. Un homme se tenait dans l’embrasure de sa bijouterie, ses mains jointes derrière le dos, se balançant lentement d’avant en arrière sur la plante des pieds, regardant tristement en l’air, son magasin étincelant et vide derrière lui.

Jeudi soir, juste avant que le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’annonce les fermetures d’écoles, avertissant que « des dizaines de milliers de vies israéliennes » étaient en danger et demandant aux citoyens de « garder leurs distances » les uns des autres, le marché Mahane Yehuda de la capitale était déjà nettement plus vide que d’habitude : les touristes ont été interdits dans le pays ou sont sur le départ ; de nombreux jeunes étrangers qui suivent des programmes éducatifs de courte et moyenne durée sont également rentrés chez eux ; et de nombreux habitants étaient évidemment plus craintifs à l’idée de sortir de chez eux. Les marchands criaient afin que leurs clients leur achètent leurs poissons, leur halva et leurs fraises, sans provoquer beaucoup de transactions.

Le magasin de bonbons de la rue Agripas, habituellement bondé jusque tard dans la soirée, fermait ses portes lorsque nous sommes arrivés à 19h30. Interrogée sur la raison de la fermeture, une jeune femme à l’une des caisses enregistreuses a haussé les épaules et répondu qu’ils ne faisaient « pas de ventes ». Sur un parking adjacent au shuk, le préposé a déclaré que la fréquentation avait diminué des deux tiers.

Les affaires semblaient meilleures lorsque nous sommes passés par le shuk ce vendredi, bien que l’atmosphère était toujours beaucoup moins frénétique qu’à l’accoutumée.

Cependant, plusieurs endroits restaient grouillants. Le café Yeshoshua, dans la rue Azza, comptait toujours ses rangées de tables pleines, à l’intérieur comme à l’extérieur. Le petit rond-point à face au centre commercial Hadar de Talpiot – là où le centre commercial, le supermarché de l’autre côté de la rue, plusieurs magasins et kiosques populaires et plusieurs passages pour piétons convergent – comptait toujours son perpétuel embouteillage de 10 voitures.

Des manifestations sur la place de Paris, à Jérusalem, le 13 mars 2020. (Crédit : LH / ToI)

Et sur la place de Paris, face à l’hôtel King’s, deux petits groupes de manifestants tentaient, comme toujours, de faire le plus de bruit possible de chaque côté de la rue Ramban. D’un côté, la gauche et la Cour suprême étaient la cause de tous nos maux. Et de l’autre, c’était l’Occupation.

De manière rassurante et même face à une pandémie mondiale, certaines choses dans la capitale israélienne ne changent jamais.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...