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Jordan Bardella: favori de l’extrême droite française à seulement 27 ans

S'il est choisi, le député européen et chef le RN par intérim depuis plus d'un an, sera le premier chef en dehors de la dynastie familiale à la tête du parti créé il y a 50 ans

Jordan Bardella, président du Rassemblement national par intérim, sur le plateau du Grand jury RTL-LCI-Le Figaro, le 27 mars 2022. (Crédit : capture d’écran RTL.fr / Dailymotion)
Jordan Bardella, président du Rassemblement national par intérim, sur le plateau du Grand jury RTL-LCI-Le Figaro, le 27 mars 2022. (Crédit : capture d’écran RTL.fr / Dailymotion)

A seulement 27 ans, le médiatique Jordan Bardella a toutes les chances d’être désigné samedi comme président du Rassemblement national (RN), confirmant ainsi son statut d’étoile montante de l’extrême droite française.

Le sacre annoncé de Jordan Bardella lors d’un congrès à Paris intervient après un vote interne du parti et parachèvera une fulgurante ascension entamée en 2019. Il devrait ainsi succéder officiellement à Marine Le Pen, qui se met en retrait après 11 ans à la tête du parti fondé par son père Jean-Marie, figure tutélaire de l’extrême droite française pendant des décennies.

S’il est choisi, Jordan Bardella, qui est aussi député européen et dirige le RN par intérim depuis plus d’un an, sera le premier chef en dehors de la dynastie familiale à la tête du parti créé il y a un demi-siècle.

« Le fait que le président du parti ne portera pas le nom de Le Pen est le signe de l’ouverture et de la confiance que Marine a dans la nouvelle génération », a déclaré à l’AFP M. Bardella lors d’un récent voyage dans l’est de la France.

« Je suis un candidat de la continuité, avec l’objectif de construire sur l’héritage incroyable que Marine transmet », a-t-il ajouté, disant souhaiter que Mme Le Pen se présente une quatrième fois à l’élection présidentielle en 2027.

La chef de file de l’extrême droite a réalisé un score record de 41,5 % au second tour face à Emmanuel Macron en avril dernier.

La dirigeante du parti d’extrême droite français Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, prononce un discours après les premiers résultats des élections législatives à Henin-Beaumont, dans le nord de la France, le 19 juin 2022. (Crédit : DENIS CHARLET / AFP)

Elle a ensuite dirigé la campagne électorale du parti pour les élections législatives de juin, qui ont conduit à un nombre sans précédent de députés d’extrême droite à l’Assemblée nationale: 89 députés, soit dix fois plus que lors des précédentes élections. Le RN est ainsi devenu le premier parti d’opposition.

Mi-septembre, Mme Le Pen avait annoncé se mettre en retrait de la présidence du parti sans pour autant quitter le combat politique ni exclure une quatrième candidature à la présidentielle.

« Trafiquants de drogue »

Le seul concurrent de M. Bardella pour la présidence est Louis Aliot, maire de Perpignan (sud-ouest), membre du parti depuis plus de 30 ans et ancien compagnon de Marine Le Pen.

Louis Aliot, vice-président du Front national, à Nîmes, en décembre 2015. (Crédit : Pascal Guyot/AFP)

Marion Maréchal, 32 ans, nièce de la dirigeante d’extrême droite et longtemps considérée comme l’héritière de la famille, n’est pas dans la course. Elle a quitté le parti avant la présidentielle de 2022 pour soutenir le candidat d’extrême droite rival de sa tante, l’ancien polémiste Eric Zemmour.

Depuis septembre, M. Bardella a parcouru le pays pour obtenir le soutien de la base.

« Il a tout bon et est respecté par tout le monde », « il sait comment faire travailler ensemble des gens différents », se félicitait le député d’extrême droite Laurent Jacobelli lors d’une étape de campagne à Hayange (est) à la mi-octobre.

M. Bardella aime à raconter les détails de son enfance dans une tour d’un quartier de la Seine-Saint-Denis, une banlieue populaire parisienne, où il vivait avec sa mère, immigrée italienne et mère célibataire.

« Tous les jours, de ma fenêtre et lorsque j’entrais dans l’immeuble, je voyais qu’il y avait des trafiquants de drogue », narrait-il ainsi lors de ce meeting à Hayange.

« J’avais l’habitude de voir des groupes de filles de cinq, six ou sept ans partir avec un voile sur la tête », poursuivait-il, expliquant que sa propre expérience et les émeutes de 2005 dans les banlieues françaises l’ont poussé à rejoindre le parti de Le Pen à seulement 16 ans.

Liens avec les identitaires

Très soigné, toujours vêtu de chemises immaculées, les cheveux coupés court, Jordan Bardella tient à souligner qu’il appartient à une nouvelle génération de nationalistes, en accord avec la stratégie de Marine Le Pen qui s’est employée depuis dix ans à dédiaboliser le parti de son père. « Elle a transformé une culture d’opposition, une culture contestataire en une culture de gouvernement », dit-il.

Mais les liens de l’eurodéputé avec les « identitaires » et son indulgence envers ceux qui ont quitté le parti pour rejoindre Eric Zemmour ont souvent été l’objet de critiques.

Mi-octobre, il a envisagé de participer à une manifestation controversée organisée par le parti de Zemmour après le meurtre d’une enfant de 12 ans par une Algérienne menacée d’expulsion en France, avant d’y renoncer in extremis.

Son concurrent Louis Alliot a fustigé dans une tribune le mois dernier les « identitaristes » et, surtout, « les adeptes du grand remplacement », une théorie raciste et complotiste que Jordan Bardella a reprise à son compte, en août 2021, quand Marine Le Pen est beaucoup plus circonspecte.

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