Josep Borrell : Cesser de financer l’UNRWA est « dangereux »
Le haut diplomate de l'UE est convaincu que l'agence prendra des mesures contre ceux qui ont participé au 7 octobre, tout en restant une "bouée de sauvetage" pour les Palestiniens

Le chef de la diplomatie de l’Union européenne a déclaré dimanche que la réduction des fonds alloués à l’UNRWA mettrait en danger des centaines de milliers de vies, alors que certains employés de l’Office controversé de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient sont accusés d’avoir participé au massacre perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre en Israël.
Plusieurs pays, dont les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Italie, ont interrompu le financement de l’agence, qui a ouvert une enquête sur plusieurs de ses milliers d’employés et rompu les liens avec ces derniers, accusés d’avoir participé à l’attaque brutale au cours de laquelle des terroristes palestiniens ont tué près de 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et enlevé 253 personnes pour les emmener de force à Gaza.
De nombreux autres employés ont des liens avec des groupes terroristes, selon les services de renseignement israéliens, a rapporté le Wall Street Journal.
L’UNRWA a fait savoir jeudi que l’ensemble de ses opérations au Moyen-Orient, et pas seulement à Gaza, sera probablement contraint de cesser ses activités d’ici la fin du mois de février si son financement reste suspendu.
« La suspension du financement de l’UNRWA serait à la fois disproportionnée et dangereuse », a écrit Josep Borrell, responsable de la politique étrangère de l’UE, dans un billet de blog.
« La faute d’un individu ne devrait jamais conduire à la punition collective de toute une population », a-t-il déclaré.
Borrell a affirmé que ni la Commission européenne ni les deux plus grandes économies de l’UE, l’Allemagne et la France, n’avaient décidé de mettre fin à leurs contributions, bien que Berlin et Paris aient annoncé qu’ils n’approuveraient pas de nouveaux financements pour l’organisme en raison des allégations.
Les fonds mis en pause par d’autres donateurs s’élèvent à plus de 440 millions de dollars, soit près de la moitié des revenus attendus de l’agence cette année, a-t-il déclaré.
En 2022, l’UE a été le troisième plus grand donateur de l’UNRWA, après les États-Unis et l’Allemagne.
« La vie de centaines de milliers de Palestiniens, pas seulement à Gaza, est en jeu », a affirmé Borrell.
« Les accusations contre le personnel de l’UNRWA sont graves et ceux qui sont responsables devront être sanctionnés. Toutefois, l’UNRWA a immédiatement réagi et les contrats de travail conclus avec les accusés ont été rompus. Une enquête du Bureau des services internes de contrôle des Nations unies est en cours », a-t-il ajouté.
« Alors que les émotions qui ont entraîné la suspension des financements sont compréhensibles, la responsabilité politique se doit d’aller au-delà des émotions et d’examiner les conséquences d’une telle initiative », a-t-il estimé.
L’UNRWA a été créé en 1949 à la suite de la Guerre d’Indépendance de 1948, lorsque 700 000 Palestiniens ont fui.
L’UNRWA emploie 30 000 Palestiniens pour répondre aux besoins civiques et humanitaires des 5,9 millions de descendants de ces réfugiés, dans la bande de Gaza, en Cisjordanie et dans les vastes camps des pays arabes voisins.
« Je suis convaincu que les Nations unies prendront toutes les mesures nécessaires à la suite des allégations israéliennes et que l’UNRWA continuera d’être une bouée de sauvetage vitale pour des millions de Palestiniens », a ajouté Borrell.
Les allégations d’Israël contre l’UNRWA sont les dernières en date d’une querelle qui dure depuis des décennies entre l’État juif et l’agence d’aide.
Les responsables israéliens ont affirmé que l’UNRWA perpétue les griefs des Palestiniens et l’accusent d’encourager la haine de l’État juif dans les manuels scolaires. Mercredi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a appelé au démantèlement et au remplacement de l’organisation.
Toutefois, certains responsables israéliens ont exprimé leur inquiétude quant aux retombées économiques potentielles de la suppression de l’agence – l’un des plus gros employeurs de Cisjordanie et de la bande de Gaza – au milieu de la guerre.







