Joutes verbales et obstructions lors d’une nuit d’âpres débats à la Knesset
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Joutes verbales et obstructions lors d’une nuit d’âpres débats à la Knesset

Deux motions de censure ont été repoussées ; des législations sur la Loi norvégienne et sur l'extension du budget ont été adoptées en première lecture

De gauche à droite : Le ministre de la Défense Benny Gantz, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, le Premier ministre Naftali Bennett, la députée Idit Silman et le ministre de la Justice Gideon Saar lors d'une séance plénière à la Knesset de Jérusalem, le 29 juin 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
De gauche à droite : Le ministre de la Défense Benny Gantz, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, le Premier ministre Naftali Bennett, la députée Idit Silman et le ministre de la Justice Gideon Saar lors d'une séance plénière à la Knesset de Jérusalem, le 29 juin 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Une journée déjà désagréable et difficile à la Knesset, lundi, a été suivie par une nuit pleine de hargne alors que les députés de l’opposition ont choisi de pratiquer une obstruction systématique aux projets du gouvernement pendant une séance plénière qui a duré environ 15 heures. La séance s’est achevée finalement aux toutes premières heures de la matinée.

Les députés de l’opposition ont fait clairement part de leur désir de paralyser le nouveau gouvernement du Premier ministre Naftali Bennett et du ministre des Affaires étrangères Yair Lapid lors des débats qui se sont prolongés tard dans la nuit au Parlement.

Deux motions de censure ont été rejetées. La première, émanant du parti du Likud et dénonçant l’absence de confiance présumée des Israéliens dans le système judiciaire, a été repoussée, avec 61 députés qui s’y sont opposées et 52 qui l’ont soutenue.

Cette proposition a entraîné de vifs échanges entre Gideon Saar, ministre de la Justice, et son prédécesseur du Likud, Amir Ohana, à l’origine de la motion de censure.

« Cessez d’agir comme vous le faites. Vous avez été ministre de la Justice au sein du gouvernement transitoire, d’accord ? Alors calmez-vous, détendez-vous, buvez un verre d’eau », a dit Saar.

Ohana, de son côté, a affirmé que lorsqu’il était lui-même à la tête du ministère, « les Israéliens avaient au moins le sentiment qu’il y avait quelqu’un, au ministère, qui était leur porte-voix. Une voix qui n’était pas là pour détruire les choses, mais pour les corriger ».

Le ministre de la Justice Gideon Saar, à gauche, et le président de la Knesset Mickey Levy, à droite, lors d’une séance plénière de la Knesset à Jérusalem, le 28 juin 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Une motion de censure conjointe des partis ultra-orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah, qui affirmait que le nouveau gouvernement était « un gouvernement de haine », a aussi été rejetée à 61 votes contre 52 – avec deux abstentions.

Par ailleurs, un certain nombre de projets de loi ont été adoptés en première lecture et notamment une prolongation de l’échéance fixée concernant l’approbation d’un budget.

Une législation a aussi été approuvée en première lecture, qui garantit que l’accord de rotation au poste de Premier ministre qui a été conclu entre Bennett et Lapid à l’issue des pourparlers de coalition ne pourra pas être défait.

Dans le gouvernement précédent, l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu – qui est devenu aujourd’hui le chef de l’opposition – avait refusé d’approuver un budget de l’État pendant toute l’année 2020, ce qui était le seul moyen dont il disposait pour précipiter l’organisation d’élections anticipées sans que le ministre de la Défense, Benny Gantz, ne devienne immédiatement chef du gouvernement de transition. Il était ainsi parvenu à noyer l’accord de rotation au pouvoir que les deux hommes avaient conclu.

Une extension de la dite Loi norvégienne a aussi été approuvée en première lecture. Elle permet à tout député nommé à un poste du cabinet de démissionner de manière temporaire du Parlement israélien, laissant alors sa place à la Knesset au candidat suivant figurant sur la liste du parti.

Dans un discours prononcé depuis la tribune, Yoav Kisch, député du Likud, a attaqué Lapid, qui est Premier ministre d’alternance et ministre des Affaires étrangères, en rappelant ses dénonciations antérieures des gouvernements réunissant un trop grand nombre de membres.

« Vous êtes un hypocrite, vous êtes un corrompu, vous êtes un menteur », a-t-il déclaré, sous les fortes huées des membres du gouvernement. « Avec tout ce que vous avez dit en défaveur de la Loi norvégienne, voilà que vous doublez la mise aujourd’hui. Vous avez dénoncé le concept de ‘Premier ministre d’alternance’, vous aviez alors évoqué un ‘pacte entre voleurs’. Et vous avez le culot de siéger dans ce fauteuil ? »

Le député du Likud Yoav Kisch attaque le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid à la Knesset, le 28 juin 2021. (Capture d’écran : Chaine de la Knesset)

Un projet de loi, qui a aussi été approuvé en première lecture, autorise quatre députés à faire scission d’une faction – une proposition qui semble avoir été envisagée pour de potentiels défecteurs du bloc de Netanyahu et du Likud qui pourraient être désireux de rejoindre la coalition. La loi existante prévoit qu’au-moins un tiers des membres d’une faction doivent vouloir faire scission pour qu’une telle initiative soit autorisée.

Le Parlement a aussi adopté des législations en lien avec la pandémie, avec un projet de loi sur les allocations chômage qui a été approuvé en première lecture, ainsi que le prolongement d’un texte qui autorise les prisonniers à assister à une audience judiciaire en distanciel en raison des inquiétudes portant sur des reprises épidémiques de la COVID-19 en milieu carcéral.

La séance plénière a aussi approuvé la formation de la Commission de la Constitution, du droit et de la Justice, avec à sa tête le député travailliste Gilad Kariv, par 60 députés « pour » et 52 parlementaires « contre ».

Le député Gilad Kariv pendant une réunion de la commission des Finances à la Knesset, le 22 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Kariv est le premier rabbin réformé à être élu à la Knesset, ce qui lui a attiré les vives critiques des parlementaires ultra-orthodoxes qui siègent dans l’opposition. Les leaders haredim ont annoncé qu’ils boycotteraient la nouvelle commission – un panel puissant qui est chargé de remodeler et d’avancer les législations les plus importantes – et qu’aucun de leurs représentants n’y siègerait.

« Nous ne pouvons pas participer à une telle injustice », a commenté Uri Maklev, de Yahadout HaTorah. « Le président de commission attendu représente le mouvement réformé qui tente de détruire la population juive avec des intentions malignes. »

Les partis ultra-orthodoxes ont promis de manière répétée de rejeter Kariv, qui a été élu au Parlement en mars dernier.

Lundi dans la matinée, la commission des Arrangements à la Knesset a aussi été le théâtre de disputes, les députés de l’opposition ayant lancé des insultes à la chef de la coalition pendant une rencontre consacrée à la prolongation de la loi sur le « regroupement familial » qui bloque l’accessibilité à la citoyenneté israélienne aux Palestiniens.

Lorsque la parlementaire Idit Silman du parti Yamina, qui est également à la tête de la coalition, a tenté de convoquer la réunion, celle-ci a été vivement critiquée par le responsable du Likud, le parlementaire Miki Zohar, arrivé en retard et qui a exigé d’être informé de ce qu’il avait manqué.

Les députés Idit Silman de Yamina (à droite) et Miki Zohar du Likud assistent à une réunion du comité des Dispositions à la Knesset à Jérusalem, le 28 juin 2021. (Crédits : image composite : Yonatan Sindel/Flash90).

Silman lui a dit de demander à ses collègues assis à côté de lui, plutôt que d’interrompre tout le débat. Zohar a alors répondu : « Mais qui êtes-vous de toute façon ? Répondez comme une bonne fille. »

« Je ne vais pas vous répondre ‘comme une bonne fille' », a riposté Silman. « Vous êtes arrivé en retard… Vous arrivez en retard et vous perturbez le déroulement de la commission. Vous devriez avoir honte, Miki Zohar. »

Zohar a présenté ses excuses à Silman plus tard au cours de la réunion suite à son commentaire, affirmant qu’il était arrivé « dans le feu de l’action ».

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