Israël en guerre - Jour 260

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Interview

Karnit Flug : Les mesures économiques du gouvernement ne répondent pas aux besoins de la guerre

Selon l’ex-gouverneure de la Banque d'Israël, malgré une "résilience de base", l'État doit prendre des dispositions "difficiles", telles que des hausses d'impôts, pour assurer une reprise vigoureuse

Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

L'ancienne gouverneure de la Banque d'Israël, le professeur Karnit Flug, s'exprime lors de la conférence Eli Horowitz pour l'économie et la société, organisée par l'Institut israélien de la démocratie à Jérusalem, le 2024 mai. (Crédit : Oded Karni)
L'ancienne gouverneure de la Banque d'Israël, le professeur Karnit Flug, s'exprime lors de la conférence Eli Horowitz pour l'économie et la société, organisée par l'Institut israélien de la démocratie à Jérusalem, le 2024 mai. (Crédit : Oded Karni)

Israël doit prioriser les dépenses liées à la guerre en cours contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza et prendre des mesures pour soutenir l’économie afin de s’engager sur la voie d’une reprise solide et d’une croissance durable, a exhorté Dr Karnit Flug, ancienne gouverneure de la Banque d’Israël et actuellement vice-présidente de la recherche à l’Institut israélien de la démocratie.

Flug s’est entretenue avec le Times of Israël, peu après l’avertissement de l’agence de notation S&P Global indiquant que la reprise économique serait plus lente que prévu après plus de sept mois de guerre qui ont fait augmenter les dépenses de près de 60 milliards de shekels, entraînant un déficit budgétaire de 7 % du produit intérieur brut (PIB) en avril et dépassant le plafond de 6,6 % que le gouvernement s’est fixé comme objectif pour 2024.

Gouverneure de la Banque centrale de 2013 à 2018, Flug a reproché au gouvernement de ne pas avoir ajusté ses priorités pour répondre aux exigences de la guerre et soutenir la reprise économique. Elle a expliqué qu’une augmentation de la fiscalité est inévitable et qu’elle est maintenant devenue une nécessité économique pour financer la hausse prévue du budget de la Défense, aider à réduire le déficit structurel et diminuer le ratio dette-PIB du pays.

« L’économie israélienne présente les caractéristiques fondamentales de la résilience… la reprise s’amorce, mais elle n’est pas très forte », a expliqué Flug. « La durée de cette guerre, l’incertitude liée à la possibilité d’une véritable guerre dans le nord, ainsi que la réponse du gouvernement en matière de politique économique suscitent des interrogations ou des doutes sur la solidité de la reprise et sur la possibilité de revenir à une croissance durable à l’avenir ».

Dans une perspective pessimiste, S&P a déclaré lundi qu’elle prévoyait une reprise de l’économie israélienne à un rythme plus lent que lors des précédentes campagnes militaires ou de la pandémie du COVID. Ce pronostic a été formulé en dépit des chiffres publiés la semaine dernière, qui indiquaient une reprise de l’économie au cours des trois premiers mois de l’année, avec une croissance annualisée de 14,1 % après une contraction de 21,7 % au cours du trimestre précédent, la guerre contre le Hamas à Gaza ayant fait payer un lourd tribut aux dépenses de consommation, au commerce et à l’investissement.

S&P, qui a abaissé la note de crédit souveraine d’Israël au début de l’année, considère que les secteurs touchés par la guerre, tels que le tourisme, la construction et l’agriculture, ainsi que les tensions sécuritaires régionales et l’incertitude politique intérieure, sont les facteurs qui empêchent une reprise rapide. S&P a rejoint Moody’s Investors Service en abaissant d’un cran le profil de crédit d’Israël, la guerre de Gaza risquant de se prolonger plus longtemps que ce qui avait été estimé précédemment.

Les soldats de l’armée israélienne inspectant un bâtiment touché par une roquette du Hezbollah, à Kiryat Shmona, dans le nord d’Israël, près de la frontière libanaise, le 27 mars 2024. (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

L’agence de notation prévoit un déficit budgétaire de 8 % du PIB en 2024 et s’attend à ce que l’économie connaisse une croissance inférieure au consensus de 0,5 % cette année, contre les 2 % prévus par la Banque d’Israël.

La Knesset a adopté en mars un budget de guerre amendé qui comprend des dépenses publiques supplémentaires de plus de 70 milliards de shekels par rapport au budget initial de 2024 approuvé en mai 2023. Environ 55 milliards de shekels de cette somme ont été alloués au financement de l’armée, tandis que le reste ira aux besoins civils en temps de guerre.

Pour compenser partiellement cette augmentation des dépenses, le gouvernement a présenté un ensemble de réductions budgétaires et de mesures fiscales pour un montant total d’environ 17 milliards de shekels. Toutefois, la moitié de ce montant ne sera pas disponible avant 2025, selon un rapport publié par l’IDI et codirigé par Flug. L’une des mesures comprend une augmentation de 1 % de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), qui passera de 17 % à 18 %, prévue pour 2025.

Le gouvernement a relevé l’objectif de déficit budgétaire pour 2024 à 6,6 % du PIB, contre un plafond de 2,25 % avant le déclenchement de la guerre.

« La réponse du gouvernement dans le budget corrigé de 2024 était insuffisante, car les réductions de dépenses n’étaient pas suffisantes, les mesures fiscales ne seront pas mises en œuvre avant 2025 et elles n’ont pas toutes été adoptées par la Knesset », a expliqué Flug. « Cette combinaison signifie que le déficit sera supérieur à l’objectif fixé par le gouvernement, qui était à mon avis trop ambitieux. »

« Si l’on examine la composition des mesures, elles ne sont pas optimales, car il n’y a eu qu’une réduction très partielle de ce que nous appelons les ressources des accords de coalition, qui ne font l’objet d’aucun examen professionnel et ne sont pas cohérentes avec les objectifs à long terme, tandis que les ministères superflus n’ont pas été supprimés », a-t-elle déploré.

Les services israéliens de sécurité et de secours sur les lieux où une roquette tirée depuis les terroristes de Gaza s’est abattue à Ashkelon, dans le sud d’Israël, le 5 décembre 2023. (Crédit : Edi Israel/Flash90)

La coalition de droite a été sévèrement critiquée pour avoir laissé en place des milliards de shekels de fonds discrétionnaires mis à la disposition des alliés politiques dans le cadre des accords conclus lors des pourparlers de coalition il y a plus d’un an. Les partis ultra-orthodoxes, en particulier, ont été critiqués pour leur insistance à financer des établissements scolaires qui ne suivent pas les programmes éducatifs de base.

« D’un point de vue strictement économique, tout cela n’est pas optimal, mais, qui plus est, cela n’améliore pas non plus la confiance de la population dans les décisions du gouvernement », a expliqué Flug. « En conséquence, il sera beaucoup plus difficile d’annoncer à la population, qui supporte le fardeau de la guerre à tous égards, tant sur le plan économique que militaire, qu’il faut en plus augmenter les impôts.  »

Dans le rapport de l’IDI, Flug et ses co-auteurs appellent à un nouvel ordre de priorités pour relever les défis urgents auxquels est confrontée l’économie israélienne : financer le coût des combats, augmenter les dépenses de défense à plus long terme, reconstruire la région frontalière de Gaza, soutenir les entreprises touchées par la guerre et améliorer les services sociaux de base tels que l’éducation, la santé et les infrastructures.

Plan budgétaire 2025

Alors que le ministère des Finances travaille actuellement sur le budget 2025, « il devra introduire des mesures strictes pour augmenter les recettes et sabrer davantage les dépenses budgétaires qui ne sont pas nécessaires s’il souhaite signaler l’amorce d’une position budgétaire durable », a indiqué Flug. Le déficit structurel ou de base pour 2025 ne devrait pas dépasser 4 % du PIB, a-t-elle recommandé.

Flug a également souligné que deux agences de notation de crédit ont attribué des perspectives négatives à l’économie locale, ce qui suppose que ces agences pourraient prendre d’autres mesures.

« C’est là que la question de prendre les bonnes mesures en termes de politique fiscale sera cruciale », a-t-elle déclaré. « J’espère que cette fois-ci, les considérations politiques ne prévaudront pas lorsque le gouvernement décidera du paquet économique global, et qu’il comprendra la nécessité de s’engager sur une voie qui garantira que les risques [tels que de nouvelles dégradations de la notation] ne se matérialisent pas.

Des réservistes gardant un tunnel du Hamas qui a été découvert à Salatin, près de Jabaliya, dans le nord de Gaza, le 7 décembre 2023. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)

Pour augmenter les recettes, le gouvernement doit accroître les recettes fiscales en avançant la hausse de la TVA à 2024, en élargissant l’assiette fiscale et en réduisant certains avantages fiscaux, a suggéré Flug.

« Nous devons élargir les populations qui paient des impôts, car en Israël, le seuil de paiement de l’impôt sur le revenu est relativement élevé en raison de toutes sortes d’exemptions », a expliqué Flug. « Il en résulte que 80 % de l’impôt sur le revenu n’est payé que par 20 % de la population ».

Flug a néanmoins souligné la nécessité pour le gouvernement de veiller à ce que les modifications fiscales ne nuisent pas à la compétitivité de l’économie et ne compromettent pas les mesures visant à encourager le travail et l’investissement.

« Augmenter l’impôt marginal sur le travail et le capital [pour les entreprises], qui sont déjà élevés, pourrait éroder notre compétitivité et encourager ceux qui sont lourdement taxés et qui supportent également le fardeau des taxes et du service de réserve, à choisir de transférer leurs activités ailleurs », indiqué Flug.

Pour ce qui est des perspectives de croissance économique en 2025, toutes les projections indiquent une forte reprise, a noté Flug. S&P prévoit une accélération de la croissance économique à 5 %, conformément aux prévisions de la Banque d’Israël, et l’OCDE prévoit un taux de 4,6 % pour l’année prochaine.

« Tous ceux qui étudient l’économie se rendent compte de la capacité de résistance et de redressement fondamentale du pays, et ils fondent leurs prévisions sur l’espoir que le gouvernement finira par agir dans la bonne direction », a ajouté Flug.

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