Israël en guerre - Jour 193

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Après un débat animé, la Knesset finit par adopter le budget de guerre amendé

Alors que Lapid dénonce le budget le plus "sectoriel, détaché et dépensier" de tous les temps, le Likud affirme qu’il "garantit la poursuite de la guerre jusqu'à la victoire totale"

Vote sur le budget israélien dans la salle de réunion de la Knesset à Jérusalem, le 13 mars 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Vote sur le budget israélien dans la salle de réunion de la Knesset à Jérusalem, le 13 mars 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Après deux jours de débats houleux, la Knesset a adopté le budget révisé pour tenir compte de la guerre par 62 voix contre 55.

Le Likud, parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, s’est félicité de l’issue de ce vote et d’avoir réussi à faire adopter « un budget qui garantisse la poursuite de la guerre jusqu’à la victoire totale en même temps qu’il bénéficie aux citoyens d’Israël et à l’économie du pays ».

L’adoption de ce budget a été critiquée par le chef de l’opposition, Yair Lapid, qui l’a qualifié de « budget le plus partisan, le plus clivé et le plus dépensier de toute l’histoire d’Israël » et a promis qu’il s’agirait du « dernier budget adopté par ce gouvernement ».

« Le budget de guerre amendé approuvé aujourd’hui par la Knesset a des objectifs clairs : gagner la guerre, soutenir l’armée, renforcer le front intérieur et continuer à faire croître l’économie israélienne. Ensemble, avec l’aide de Dieu, jusqu’à la victoire totale », a écrit sur X le ministre des Finances, Bezalel Smotrich.

Selon ce projet de budget révisé, le plafond de dépenses gouvernementales pour 2024 s’élèvera à 584,1 milliards de shekels, soit près de 70 milliards de shekels de plus que le budget initial approuvé en mai 2023, avant le déclenchement de la guerre le 7 octobre.

Sur ces 70 milliards de dollars, 55 milliards de shekels iront aux besoins de l’armée et le reste aux besoins civils en temps de guerre.

Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, s’opposant au budget amendé de 2024 lors d’un débat à la Knesset, à Jérusalem, le 13 mars 2024. (Crédit : Noam Moskowitz/Bureau du porte-parole de la Knesset)

Ce budget révisé, combinaison de coupes généralisées et de nouvelles dépenses liées à la guerre, a suscité une très forte opposition – à l’intérieur comme à l’extérieur de la coalition de Netanyahu –, en raison de son incapacité à limiter les dépenses superflues et celles directement liées à la coalition tout en réduisant les services essentiels.

Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a critiqué le budget, affirmant qu’il s’agissait du budget le plus « sectoriel, détaché et prodigue de l’histoire de l’État d’Israël » et promettant qu’il s’agirait du « dernier budget que ce gouvernement adoptera ».

« Toute personne saine d’esprit se serait réveillée après les atrocités commises dans le pays le 7 octobre et aurait réalisé qu’il était temps de changer de priorités », a écrit sur X Avigdor Liberman, président du parti Yisrael Beytenu.

« Mais ce gouvernement refuse de se réveiller. Il ne suffit pas qu’il ait abandonné la sécurité d’Israël, maintenant il abandonne aussi l’économie du pays. »

La coalition est parvenue à surmonter une forte opposition interne à l’adoption budget, notamment faite des membres du parti Tikva Hadasha de Gideon Saar ainsi que du député Amit Halevi et du ministre de l’Agriculture Avi Dichter, tous deux membres du Likud. Ce dernier a déclaré qu’il n’avait voté en faveur de la mesure qu’après avoir reçu l’assurance de Netanyahu qu’il « résoudrait la crise du budget de l’agriculture avant Pessah », fin avril.

Les critiques ont critiqué le budget pour son impact sur l’agriculture israélienne, avertissant qu’une réduction budgétaire de 20 % prévue pour l’Institut Volcani, l’organisme de recherche agricole israélien de renommée mondiale, pourrait potentiellement mettre un terme à ses activités.

Après le vote, le député de l’opposition Gilad Kariv (Avoda) a demandé à voir les résumés des accords relatifs au budget que Netanyahu avait conclus avec Dichter et Halevi, mais il a été rabroué par le Premier ministre, qui a affirmé « qu’il n’y a pas de résumés ».

L’une des parties les plus controversées du budget est l’allocation de milliards de shekels pour financer les établissements d’enseignement ultra-orthodoxes, ou haredim, qui n’enseignent pas le programme de base imposé par l’État.

Illustration : Une école ultra-orthodoxe, dans l’implantation de Beitar Illit, le 27 août 2014. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Malgré cela, les législateurs haredim ont également critiqué certaines parties du budget, le président de la commission du Travail, des Affaires sociales et de la Santé de la Knesset, Yisrael Eichler, s’opposant à l’absence d’extension du financement du programme gouvernemental « Ofek Hadash » (Nouvel Horizon) aux systèmes scolaires de leur secteur.

Il y a « des enseignants dans l’éducation haredi qui font le même travail que n’importe quel autre enseignant » mais qui ne reçoivent pas de financement dans le cadre du plan Ofek Hadash du gouvernement « simplement parce qu’ils sont haredim », s’est plaint Eichler lors d’un débat qui s’est tenu mardi.

Quoi qu’il en soit, les partis haredim, qui font partie de la coalition, ont soutenu le budget, le président de la commission des Finances, Moshe Gafni, appelant les députés à adopter le budget.

S’adressant à la plénière de la Knesset avant les deuxième et troisième lectures du projet de loi, le législateur ultra-orthodoxe a déclaré que « malgré toutes nos réserves sur le budget, je pense qu’il devrait être approuvé ».

Un sondage réalisé par l’Institut Smith auprès de 600 personnes et diffusé par la Douzième chaîne mardi a révélé qu’une grande majorité de citoyens juifs étaient opposés à l’allocation de milliards de shekels au système scolaire haredi, y compris 67 % des électeurs du Likud. Selon le sondage, aucun des ultra-orthodoxes interrogés n’a exprimé son opposition au budget.

Le budget a également été critiqué par les législateurs arabes parce qu’il réduit d’environ 15 % le financement d’un plan quinquennal destiné à favoriser l’intégration sociale et économique des Arabes israéliens.

« Il s’agit d’un budget qui ne fait même pas semblant de s’attaquer au crime contre la société arabe et à la discrimination, à l’aide aux personnes déplacées et aux évacués du nord et du sud », a déclaré l’alliance arabe radicale Hadash-Taal dans un communiqué après l’adoption du budget.

Le budget est « déconnecté des besoins du peuple, il réduit les fonds destinés aux Arabes, aux personnes défavorisées et à la classe moyenne, et sert les implantations et l’occupation. Nous paierons le prix de ces coupes pendant de nombreuses années, y compris pour les générations futures ».

Les législateurs débattant du budget amendé d’Israël pour 2024, au plénum de la Knesset, à Jérusalem, le 13 mars 2024. (Crédit : Noam Moskowitz/Bureau du porte-parole de la Knesset)

L’agence de sécurité intérieure du Shin Bet et le Conseil de sécurité nationale (NSC) auraient averti au début de l’année que de telles réductions pourraient « intensifier les risques d’une flambée de violence ».

2023 a été l’année la plus sanglante jamais enregistrée dans la communauté arabe, avec 244 Arabes israéliens tués.

Exhortant les députés à voter contre le budget lors du débat de mercredi, Lapid a affirmé que la mesure proposée « fait tomber le masque de tous les discours d’unité du gouvernement ».

« Vous ne voulez pas d’unité, vous voulez être payés. Vous ne voulez pas vivre ensemble, vous voulez vivre aux dépens du peuple », a-t-il déclaré. « C’est tout ce qui reste de votre discours sur l’unité […] Vous dites au peuple qui travaille et qui est productif que l’unité signifie que vous allez payer : payer avec votre argent, payer avec vos entreprises, payer avec vos factures, payer avec vos vies. »

En décembre, le ministère des Finances aurait recommandé la fermeture de dix ministères superflus afin de combler le déficit budgétaire de 70 milliards de shekels dû à la guerre, mais cette recommandation n’a pas été suivie d’effet.

Au lieu de cela, le cabinet a voté dimanche l’allocation de 25 millions de shekels à la création d’une Autorité de l’identité nationale juive, dirigée par le député d’extrême-droite Avi Maoz, vice-ministre au cabinet du Premier ministre et représentant à la Knesset du parti anti-LGBTQ Noam.

Le budget a été adopté avec un certain nombre de mesures supplémentaires, notamment une augmentation du taux des primes d’assurance maladie de 5 % à 5,165 % et une autre augmentation de la taxe sur les cigarettes et les produits du tabac.

Toutes les réserves de l’opposition à la législation ont été rejetées.

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