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Khamenei: avoir des liens avec Israël, « c’est un acte contre l’unité islamique »

"Si l'unité des musulmans est réalisée, la question palestinienne sera définitivement résolue de la meilleure façon", a affirmé l'ayatollah

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, s'adresse à la nation dans un discours télévisé marquant l'anniversaire du prophète de l'islam Muhammad, à Téhéran, Iran, le 3 novembre 2020. (Bureau du guide suprême iranien via AP)
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, s'adresse à la nation dans un discours télévisé marquant l'anniversaire du prophète de l'islam Muhammad, à Téhéran, Iran, le 3 novembre 2020. (Bureau du guide suprême iranien via AP)

Les Etats arabes qui ont normalisé leurs relations avec Israël en 2020 doivent revenir sur leurs décisions, a déclaré dimanche le guide suprême iranien, Ali Khamenei, dans un discours à l’occasion d’une fête musulmane à Téhéran.

« Certains gouvernements ont malheureusement fait des erreurs, de grosses erreurs et péché en normalisant (leurs relations) avec le régime sioniste usurpateur et oppresseur (Israël, NDLR). C’est un acte contre l’unité islamique, ils doivent revenir en arrière et rattraper cette grosse erreur », a indiqué M. Khamenei, selon un extrait de son discours diffusé à la télévision d’Etat.

Les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc ont normalisé en 2020 leurs relations avec Israël, sous l’impulsion du président américain de l’époque, Donald Trump, et de son gendre, Jared Kushner, architecte de cette stratégie.

« Si l’unité des musulmans est réalisée, la question palestinienne sera définitivement résolue de la meilleure façon », a affirmé l’ayatollah Khamenei.

Le guide suprême a tenu ces propos en recevant des participants à la Conférence d’unité islamique, organisée chaque année à Téhéran à l’occasion de la naissance du prophète Mahomet, célébrée dimanche cette année en Iran.

Le soutien affiché de la République islamique aux terroristes palestiniens du Hamas et du Jihad islamique est une constante de la politique étrangère iranienne.

« Sachez que la bataille de Palestine n’est pas seulement celle des Palestiniens contre les Israéliens » mais qu’elle « symbolise la bataille des musulmans contre l’arrogance mondiale [nom pour parler de l’Occident] », avait déclaré Hossein Salami, chef de l’armée idéologique de la République islamique, devant une foule réunie sur la place Imam-Hossein dans le centre de Téhéran après la guerre de mai entre le Hamas et Israël.

A LIRE – Iran : la bataille contre Israël, « la bataille des musulmans » contre l’Occident

La République islamique instaurée en Iran en 1979 ne reconnaît pas l’Etat d’Israël proclamé en mai 1948 après sa reconnaissance par une résolution des Nations unies.

Début mai, M. Khamenei avait qualifié Israël de « base terroriste » à « combattre », en prédisant une nouvelle fois la « chute », selon lui inéluctable, du « régime sioniste ennemi ».

Quelques heures après le discours de l’ayatollah Khamenei, le secrétaire général iranien du Conseil suprême de la sécurité nationale, Ali Chamkhani, a réagi à des informations publiées dans des médias israéliens selon lesquelles l’Etat hébreu aurait approuvé un budget de 1,5 milliard de dollars (1,3 milliard d’euros) pour une « possible attaque » contre le programme nucléaire iranien.

« Au lieu d’allouer un budget de 1,5 milliard de dollars pour commettre des atrocités contre l’Iran, le régime sioniste devrait se concentrer sur des dizaines de milliers de milliards de dollars de financement pour réparer les dommages qui vont être causés par la riposte choquante de l’Iran », a écrit sur Twitter M. Chamkhani.

L’Iran a accusé à maintes reprises Israël d’être à l’origine des actes de sabotage qui ont visé ses sites nucléaires.

A LIRE : Le Hamas palestinien jouit d’un arsenal abondant grâce – entre autres – à l’Iran

Le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a déclaré samedi que son programme de surveillance en Iran n’était plus « intact » après que Téhéran a refusé de réparer du matériel de surveillance endommagé lors d’une attaque commise en juin contre un site nucléaire iranien et imputée à Israël.

L’attaque de drones en juin aurait touché l’Iran Centrifuge Technology Company, ou TESA, dans la ville de Karaj, au nord-ouest de Téhéran. Selon un rapport de l’AIEA, l’explosion a détruit l’une de ses caméras sur le site et en a gravement endommagé une autre. On ne sait pas combien de caméras il y a en tout.

Le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, a déclaré samedi dans une interview à NBC News que l’Iran avait cité son enquête en cours sur l’attaque en lui refusant l’accès au site et en lui niant la possibilité de remplacer les caméras endommagées.

Grossi a précisé que sans cet accès, le programme de surveillance et de vérification de l’AIEA en Iran n’était « plus intact ».

« Cela n’a pas paralysé ce que nous faisons là-bas, mais [les] dégâts qui ont été causés, [cela pourrait faire en sorte] que nous ne puissions pas reconstituer l’image », de ce que les Iraniens ont fait sur le site, » a-t-il dit.

« Si et quand le JCPOA reprendra, je sais que pour que les partenaires du JCPOA reviennent à un accord, ils devront savoir où ils mettent les pieds », a ajouté Grossi, faisant référence à l’accord nucléaire de 2015.

L’Iran a produit 120 kg d’uranium enrichi à 20 %

Téhéran a franchi un nouveau seuil en augmentant à plus de 120 kg son stock d’uranium enrichi à 20 %, avait annoncé le 10 octobre le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique.

« Nous avons dépassé les 120 kg. Nous avons plus que ce chiffre. Notre peuple sait bien qu’ils (les Occidentaux, NDLR) étaient censés nous donner le combustible enrichi à 20 % pour utiliser dans le réacteur de Téhéran, mais ils ne l’ont pas fait », avait déclaré Mohammad Eslami à la télévision d’Etat.

« Si nos collègues ne le produisaient pas, nous aurions naturellement des problèmes avec le manque de combustible pour le réacteur de Téhéran », avait-il ajouté.

Selon les estimations de fin août, Téhéran avait porté à 84,3 kg son stock d’uranium enrichi à 20 %, un niveau qui lui permet en théorie de produire des isotopes médicaux, utilisés notamment dans le diagnostic de certains cancers.

Puis en avril, la République islamique a franchi le seuil inédit de 60 % et en a produit depuis 10 kg, se rapprochant des 90 % nécessaires à la confection d’une bombe.

Conclu en 2015 entre l’Iran d’une part, et les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Chine, la Russie, la France et l’Allemagne d’autre part, l’accord offrait à Téhéran la levée d’une partie des sanctions internationales en échange d’une réduction drastique de son programme nucléaire, placé sous le strict contrôle de l’ONU.

Mais après le retrait unilatéral des Américains de l’accord en 2018 sous la présidence de Donald Trump, Téhéran a progressivement abandonné ses engagements. Les États-Unis ont en retour imposé des sanctions.

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