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La cheffe de l’UE et le Premier ministre italien en Israël

La crise énergétique causée par la Russie sera en tête des discussions ; Ursula Von der Leyen s'est entretenue avec Karine Elharrar

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, à droite, salue le Premier ministre italien  Mario Draghi avant une rencontre au siège de l'UE à Bruxelles, le 7 mars 2022. (Crédit : Kenzo Tribouillard, Pool Photo via AP)
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, à droite, salue le Premier ministre italien Mario Draghi avant une rencontre au siège de l'UE à Bruxelles, le 7 mars 2022. (Crédit : Kenzo Tribouillard, Pool Photo via AP)

La responsable de l’Union européenne Ursula von der Leyen et le Premier ministre italien Mario Draghi ont atterri lundi en Israël, alors que l’UE cherche à se sevrer des importations de combustibles fossiles russes.

Les deux leaders devraient discuter d’énergie au sein de l’État juif – un pays qui s’est transformé, ces dernières années, de pays importateur de gaz naturel en pays exportateur après la découverte, au début des années 2010, de plusieurs réservoirs gaziers au large de ses côtes en Méditerranée, avec des réserves chiffrées à environ 1.000 milliards BCM (milliard de mètres cubes).

Von der Leyen devait rencontrer le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid dans la journée de lundi et le ministre Naftali Bennett mardi, avec des discussions qui devraient se concentrer « sur la coopération énergétique en particulier », a fait savoir un communiqué de la commission.

Israël travaille d’arrache-pied pour pouvoir exporter une partie de ses ressources gazières en mer vers l’Europe, qui veut remplacer les achats de combustibles fossiles russes depuis l’invasion de l’Ukraine et les sanctions contre le régime du président russe Vladimir Poutine.

Elle s’est entretenue lundi avec la ministre de l’Énergie israélienne, Karine Elharrar.

Selon un porte-parole d’Elharrar, Mme Von der Leyen a répété que « l’UE a besoin du gaz israélien ».

Lapid, de son côté, a lui qualifié dans un communiqué les liens avec l’UE « d’atout stratégique ».

Draghi, lors de son tout premier voyage au Moyen-Orient depuis sa prise de fonction, l’année dernière, devrait parler de sécurité énergétique et alimentaire au cours de son déplacement de deux jours, ont fait savoir les médias italiens. Il rencontrera mardi avec Bennett et il s’est entretenu, lundi, avec Lapid.

Les deux hauts-responsables européens rencontreront mardi le Premier ministre de l’Autorité palestinienne Mohammed Shtayyeh mardi, en Cisjordanie.

Les liens de l’État juif avec l’Union européenne s’étaient détériorés pendant le mandat de l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu, en raison de l’immobilisme de ce dernier sur la question palestinienne. Les relations se sont lentement améliorées, tout le long de l’année dernière, depuis que le nouveau gouvernement israélien est arrivé au pouvoir et sous l’impulsion de Lapid.

Dimanche, le cabinet a approuvé à l’unanimité l’intégration d’Israël au sein du programme Europe créative de l’UE, qui court jusqu’en 2027. Ce programme offre presque 2,5 milliards de dollars à des films, des œuvres d’art visuel, des ouvrages de littérature et autres démarches artistiques.

Les projets initiés au-delà des lignes du mois de juin 1967 – à Jérusalem-Est, en Cisjordanie ou sur le plateau du Golan – ne pourront pas prétendre à un financement. Comme dans l’accord qui avait été conclu entre l’État juif et l’Union européenne dans le cadre du programme de financement de Recherche & Développement Horizon Europe, une clause a été ajoutée qui précise qu’Israël n’accepte pas la définition faite par l’UE de son territoire au-delà des lignes de 1967, considérant les implantations comme illégales.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d’une conférence de presse conjointe avec la cheffe de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini, à Jérusalem, le 7 novembre 2014. (Crédit : Amit Shabi/POOL/FLASH90)

En 2017, la ministre de la Culture de l’époque, Miri Regev, avait retiré la candidature d’Israël au programme Creative Europe à la dernière minute en raison de l’exclusion des implantations, à l’issue de trois années de négociations. Au mois de juillet 2021, le ministre de la Culture Chili Tropper a rencontré son homologue française Roselyne Bachelot à Cannes pour évoquer une nouvelle fois la possible intégration au programme d’Israël.

L’Union européenne, ce mois-ci, a officiellement approuvé l’interdiction de la plus grande partie des importations de combustibles fossiles russes, sa sanction la plus dure jamais prise dans le contexte de la guerre en Ukraine. Von der Leyen a suggéré que le bloc pourrait mettre un terme à sa dépendance aux hydrocarbures russes, notamment au gaz, à l’horizon 2027.

Draghi et d’autres responsables de l’UE ont averti que les consommateurs européens pourraient avoir besoin d’être protégés face à la hausse du coût de l’énergie.

La ministre israélienne de l’Énergie, Karine Elharrar, et d’autres responsables ont expliqué que le pays pourrait aider l’UE à répondre à ses besoins énergétiques s’il était en mesure de livrer le gaz pompé par ses plateformes dans ses réserves offshore.

Avant la visite de Von der Leyen, la porte-parole de la Commission européenne, Dana Spinant, avait conseillé aux journalistes « de ne pas manquer les annonces que nous allons faire sur la coopération énergétique avec Israël et avec d’autres pays partenaires de la région ».

Le Premier ministre Naftali Bennett entre dans la conférence COP26 à Glasgow, en Écosse, avec la ministre de l’Énergie Karine Elharrar, un jour après qu’elle ait été empêchée d’entrer en raison du manque d’accès pour les handicapés (Autorisation).

Options d’exportation

Pour le moment, il est difficile d’amener le gaz israélien en Europe et il faudrait, pour ce faire, des investissements d’infrastructures majeurs et long-terme.

Tandis qu’aucun pipeline ne relie à l’Europe les réserves offshore d’Israël, une possibilité, pour le moment, est d’envoyer le gaz naturel en Égypte où il sera liquéfié avant d’être exporté par cargo vers l’Europe.

Un autre scénario possible est la construction d’un pipeline jusqu’en Turquie.

Les liens d’Israël avec Ankara se sont réchauffés dernièrement après plus d’une décennie de rupture diplomatique et les experts ont expliqué que c’était le désir de la Turquie d’entreprendre des projets énergétiques conjoints qui était, en partie, à l’origine de cette proximité nouvelle avec l’État juif.

Ce projet coûtera 1,5 milliard de dollars et il faudrait deux ou trois ans pour le mener à bien, selon l’ancien ministre de l’Énergie Yuval Steinitz qui siège dorénavant dans l’opposition.

La troisième possibilité est le projet EastMed, soit la construction d’un pipeline sous-marin reliant Israël à Chypre et à la Grèce.

Les spécialistes s’inquiètent toutefois du coût et de la viabilité du projet tandis que l’État juif a indiqué souhaiter voir l’Italie se joindre à l’aventure.

Le barrage pétrolier de l’Europe Asia Pipeline Company à Eilat, conçu pour attraper toute éventuelle marée noire avant qu’elle ne se répande plus largement dans la mer. (Crédit : avec l’aimable autorisation de l’EAPC)

Selon un porte-parole d’Elharrar, Israël et l’UE œuvrent depuis plusieurs mois à un accord qui permettrait d’exporter du gaz israélien vers l’Europe via l’Egypte.

La crise en Ukraine fait « de l’Europe un nouveau marché, en particulier pour Israël » qui n’avait jamais considéré le Vieux continent « comme un marché majeur » pour ses exportations gazières, a récemment déclaré Karine Elharrar.

Autre complication venant s’ajouter à la production de gaz offshore israélienne, le conflit de longue date sur les frontières maritimes qui oppose l’État juif au Liban.

Les deux voisins, qui restent théoriquement en guerre, ont accepté de prendre part à des pourparlers se déroulant par l’intermédiaire des États-Unis pour permettre aux deux pays de renforcer leur travail d’exploration gazière.

Les discussions se sont arrêtées l’année dernière, mais Israël a vivement recommandé au Liban de les reprendre.

Les tensions se sont durcies, ce mois-ci, suite à des propos des responsables libanais qui ont affirmé que l’État juif avait installé une plateforme de forage dans un secteur maritime contesté.

Israël, pour sa part, a répondu que le secteur concerné se trouve nettement au sud de la zone disputée.

L’envoyé américain qui négocie les discussions, Amos Hochstein, est arrivé également à Beyrouth lundi, alors que Washington tente encore de négocier cette question difficile des frontières maritimes respectives d’Israël et du Liban.

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