La tentative très « raisonnable » d’assassinat politique de Netanyahu de Saar
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Analyse

La tentative très « raisonnable » d’assassinat politique de Netanyahu de Saar

Gideon Saar est parvenu à présenter ses objections au plan du Premier ministre d'échapper aux poursuites dans les termes les plus loyaux et serviables

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le ministre de l'Éducation Gideon Saar et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, en décembre 2012. (Miriam Alster/ Flash90)
Le ministre de l'Éducation Gideon Saar et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, en décembre 2012. (Miriam Alster/ Flash90)

Il y a un peu plus de trois mois, lorsque le Likud avait choisi ses candidats avant les élections du mois d’avril, Benjamin Netanyahu avait fait de son mieux pour s’assurer d’écarter l’ancien ministre Gideon Saar, qui voulait faire son retour en politique après une rupture de cinq ans passée avec sa famille.

Netanyahu avait échoué, même s’il avait clamé que Saar programmait un coup d’Etat pour le déchoir de son poste de Premier ministre. Saar avait prouvé sa popularité auprès de la base électorale du Likud et il est finalement revenu à la Knesset, le 9 avril, en tant que numéro cinq de la liste du parti.

Jeudi soir, Saar a mis en lumière les raisons qui justifient les craintes nourries par Netanyahu à son encontre.

Au cours d’une interview sincère et passionnée accordée à la télévision israélienne, Saar a dit ce qu’aucune autre personnalité éminente du Likud n’avait été prête à dire ces derniers jours : que les tentatives de Netanyahu, en coulisses, de pousser à l’adoption d’une législation sur l’immunité, taillée pour le protéger des poursuites judiciaires dans les trois dossiers criminels qui le visent, sont une initiative indigne du Premier ministre qui portent préjudice au Likud – et nuisent à Israël.

Politicien chevronné et avisé, Saar – qui n’a pas caché son désir de devenir Premier ministre quand prendra fin l’ère Netanyahu – a pris soin de souligner qu’il reste loyal à son supérieur.

« Je soutiens le Premier ministre. Je pense qu’il est un bon Premier ministre. Je pense qu’il devrait continuer à servir comme Premier ministre », a dit Saar à la Douzième chaîne. « Mais je ne pense pas qu’il faille manipuler des lois importantes comme de la pâte à modeler. »

Saar a soigneusement pesé ses mots au cours de son interview. Il n’a fait aucune mention des rumeurs qui se sont largement propagées qui laissaient entendre que Netanyahu irait au-delà d’un amendement de la loi sur l’immunité actuelle, en proposant un programme plus important qui prévoirait de supprimer le pouvoir de la cour suprême à rejeter des législations et des décisions prises à la Knesset.

Il ne s’est focalisé que sur l’intention présumée du Premier ministre d’amender le processus grâce auquel les députés jouissent d’une immunité – une initiative que plusieurs parlementaires du Likud et de ses potentiels partenaires de coalition défendent avec vigueur – et il a clamé de manière convaincante que Netanyahu n’avait pas besoin de le faire.

Ceux qui disent le contraire au Premier ministre ne sont pas « de bon conseil », a expliqué Saar.

Je ne pense pas qu’il faille appréhender des lois importantes comme une simple pâte à modeler

Au point où en sont les choses, a noté Saar – qui est avocat de formation – Netanyahu peut d’ores et déjà obtenir une immunité face aux poursuites judiciaires par le biais d’un vote majoritaire à la commission intérieure de la Knesset, suivi d’un vote en plénière.

De plus, a-t-il ajouté, les termes contenus dans la loi existante offrent une raison légitime, pour Netanyahu, d’y rechercher l’immunité – par le biais d’une disposition, a-t-il poursuivi, liée au respect des intérêts de l’électorat.

Et donc, a-t-il estimé, il n’y a tout simplement aucune raison justifiant un amendement de la loi par Netanyahu pour accorder une immunité automatique à tous les députés – comme le Premier ministre se préparerait à le faire – ou pour prôner une législation alternative qui empêcherait le procureur général de le traduire en justice.

La clause à laquelle s’est référé Saar et qui figure dans la loi sur l’immunité de 2005 (ici en hébreu) stipule en effet que tout membre de la Knesset peut demander l’immunité si un « réel dommage » devait découler, le cas échéant, au « représentant de l’électorat ».

Dans la mesure où Netanyahu vient tout juste d’être réélu, il aurait une raison hautement crédible d’affirmer que prendre place sur le banc des accusés, pour lui, entraînerait « de réels dommages… au représentant de l’électorat ».

Se présentant comme un collègue bien plus déterminé à aider Netanyahu qu’à lui nuire, Saar a souligné qu’il espérait que le Premier ministre n’ait pas besoin d’une immunité quoi qu’il en soit – parce qu’il aura réussi, au cours du processus d’audience auquel il a droit, à persuader le procureur-général Avichai Mandelblit d’abandonner son idée de l’inculper.

Il a ajouté que même si Netanyahu ne parvenait pas à prouver son innocence, un Premier ministre dispose actuellement du droit légal incontestable de rester à son poste à l’issue d’une inculpation.

Il a également avancé des arguments politiques de bon sens en direction, au moins partiellement, des autres députés du Likud, rappelant aux téléspectateurs que la formation politique avait garanti aux électeurs pendant la course électorale qu’elle n’avait « pas l’intention » de faire adopter une loi sur l’immunité, songeant que le Likud n’aurait peut-être pas obtenu le bon résultat remporté le 9 avril – il a gagné 35 sièges à la Knesset sur 120 – s’il avait fait campagne sur la base d’un programme incluant le changement de la loi.

Devançant les critiques qui, savait-il, allaient affluer instantanément depuis le premier cercle du Premier ministre, Saar a noté d’un ton tranchant que le positionnement qu’il adopte aujourd’hui – en s’opposant à l’adaptation d’une législation à la Knesset aux besoins personnels de Netanyahu – était précisément « ce que disait lui-même Netanyahu il y a un mois ».

Dans la mesure où un changement de la loi qui octroierait l’immunité automatique à tous les députés pourrait également venir en aide à plusieurs autres législateurs soucieux d’échapper aux poursuites, Saar a aussi noté que ce type de « législation personnelle » risquait « probablement de nuire à la confiance portée par le public » à leurs responsables politiques (le leader de Shas, Aryeh Deri, Yaakov Litzman, de Yahadout HaTorah et les parlementaires Haim Katz et David Bitan sont tous actuellement en proie à des déboires judiciaires).

Et pourtant, logique et persuasif dans ses arguments légaux et politiques, soutenant néanmoins Netanyahu, l’apparition à la télévision de Saar a été, de manière plus remarquable, un défi lancé au Premier ministre en difficulté dans sa bataille judiciaire, un défi potentiellement puissant dans ce cadre précis – une tentative éminemment « raisonnable » d’assassinat politique.

En prenant publiquement position contre l’amendement d’une loi, Saar a simultanément signalé que tout effort de légiférer la révolution constitutionnelle bien plus large envisagée par Netanyahu en enlevant le droit à la Cour suprême de « primer sur » les députés et le gouvernement, entraînerait également des dissensions.

Comme Saar le sait pertinemment, à moins que Netanyahu ne déclare une guerre législative à la Cour suprême, en réduisant radicalement ses pouvoirs, les magistrats pourraient bien prendre l’initiative de rejeter une décision de la Knesset qui accorderait l’immunité à Netanyahu.

Ils pourraient bien considérer que l’immunité accordée par les députés au Premier ministre – sous n’importe quelle version de la loi – est intenable et que Netanyahu doit répondre maintenant, plutôt qu’après avoir quitté ses fonctions, des délits présumés commis lorsqu’il était au pouvoir et liés directement à son travail de Premier ministre.

Michal Shir, ex- conseillère politique de longue date de Gideo Saar et nouvelle députée du Likud. (Autorisation)

Rompant les rangs, Saar a également semé les premières graines du doute sur la capacité effective de Netanyahu à rassembler suffisamment de votes parlementaires pour modeler les lois à sa guise (Netanyahu est actuellement en train de tenter d’assembler une coalition de 65 sièges).

Saar a plusieurs alliés dans la faction du Likud à la Knesset, notamment une nouvelle recrue sur les bancs du parlement, Michal Shir, proche conseillère de Saar lorsqu’il était à la tête de la formation et aussi lorsqu’il avait occupé le poste de ministre de l’Education.

L’ex-ministre du Likud Moshe Kahlon, à la tête du parti Koulanou (quatre sièges) et qui a publiquement hésité lorsqu’il a été interrogé sur son positionnement face aux déboires judiciaires de Netanyahu, se sera assurément demandé après avoir regardé Saar à la télévision si lui et son parti désireraient accompagner les initiatives législatives personnelles du Premier ministre.

Premier à s’être exprimé sur le sujet, Saar aura peut-être facilité de futures prises de parole discordantes chez d’autres.

« J’espère grandement » qu’une nouvelle loi sur l’immunité « ne prendra pas forme parce que ce ne serait pas une bonne chose : parce qu’elle porterait préjudice au Likud, qu’elle causerait des querelles qui ne sont pas nécessaires et que ce ne sera pas suffisant aux yeux du Premier ministre », a expliqué Saar, se présentant comme l’incarnation de la sagesse et de la probité et offrant un argument extrêmement noble que d’autres pourraient être tentés de reprendre à leur compte.

Dès la fin de son intervention, la Douzième chaîne a diffusé – comme prévu – des réponses remplies d’amertume de sources du Likud non-identifiées.

« Saar est un tartufe et il s’attelle, encore une fois, à saper Netanyahu », a dit l’une d’elle.

Mais Saar s’est montré catégorique lorsqu’il a affirmé n’être « pas le seul à s’inquiéter » au sein du Likud des initiatives programmées par Netanyahu au niveau législatif.

Il n’est pas le seul, a-t-il continué, à penser que « c’est une mauvaise chose, cela ne ressemble pas au Likud, ce n’est pas à la hauteur d’un homme d’Etat, et cela ne l’est même pas du point de vue même du Premier ministre ».

Cela signifie-t-il que son positionnement public pourrait entraîner un effet domino ? Saar a clairement établi qu’il ferait tout ce qui est en son pouvoir dans cet objectif.

« Je ferai tout ce que je pourrai dans la sphère publique, au sein du parti du Likud, et à la Knesset pour m’assurer que l’adoption d’une nouvelle loi sur l’immunité ne se fera pas », a-t-il promis… au cours de ce qui n’a vraiment pas ressemblé à la tentative d’un homme de renverser le Premier ministre.

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