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Lapid, Bennett, Gantz : « Personne ne dictera » les règles d’engagement de l’armée

Les propos vigoureux des trois leaders ont été tenus après une enquête de l'armée sur la mort de la journaliste américano-palestinienne Shireen Abu Akleh

Le Premier ministre israélien Yair Lapid et le chef d'État-major Aviv Kochavi à une cérémonie de remise des diplômes sur la base navale israélienne de Haïfa, dans le nord d'Israël, le 7 septembre 2022. (Crédit : Shir Torem/Flash90)
Le Premier ministre israélien Yair Lapid et le chef d'État-major Aviv Kochavi à une cérémonie de remise des diplômes sur la base navale israélienne de Haïfa, dans le nord d'Israël, le 7 septembre 2022. (Crédit : Shir Torem/Flash90)

Le Premier ministre Yair Lapid, le ministre de la Défense Benny Gantz et le Premier ministre d’alternance Naftali Bennett ont vivement rejeté, mercredi, les appels américains à réexaminer les règles d’engagement de l’armée israélienne.

Les propos vigoureux des trois leaders ont été tenus après une enquête de l’armée sur la mort de la journaliste américano-palestinienne Shireen Abu Akleh, des investigations qui ont déterminé qu’elle avait été probablement tuée par une balle perdue tirée par un soldat israélien.

Mardi, Vedant Patel, porte-parole du département d’État, a indiqué que les États-Unis « continueront à pousser nos partenaires israéliens à réexaminer de près leurs politiques et leurs pratiques concernant les règles d’engagement et à réfléchir à des initiatives supplémentaires pour diminuer le risque pour les éventuelles victimes civiles, pour protéger les journalistes et pour empêcher que des tragédies similaires puissent se reproduire à l’avenir. »

« C’est un objectif essentiel pour nous », a ajouté Patel.

Prenant la parole lors d’une cérémonie de remise de diplômes sur une base navale de Haïfa, mercredi soir, Lapid a riposté, disant que « personne ne nous dictera nos règles d’engagement ».

Lapid a ajouté avoir bien entendu les « appels à poursuivre les soldats israéliens suite à la mort de Shireen Abu Akleh » et « les appels à changer nos règles d’engagement. »

« Israël a fait part de son regret suite à ce décès. Cela a été une tragédie qui est survenue dans le cadre d’un incident qui s’est caractérisé par des tirs massifs. L’armée israélienne n’ouvre jamais le feu intentionnellement sur des innocents. Nous sommes profondément engagés en faveur de la liberté de la presse et nous respectons des règles d’engagement qui sont parmi les plus strictes dans le monde », a affirmé Lapid.

Le Premier ministre Yair Lapid s’exprime pendant une cérémonie de remise des diplômes sur la base navale de Haïfa, le 7 septembre 2022. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

« Mais pour être clair, je ne permettrai pas à un militaire israélien qui ne faisait que se protéger des tirs d’un terroriste d’être poursuivi en justice dans le seul but d’obtenir les applaudissements des pays étrangers », a continué Lapid.

« Personne ne nous dictera nos règles d’engagement alors même que nous nous battons pour nos vies. Nos soldats bénéficient du soutien plein et entier du gouvernement d’Israël et de la population israélienne. »

Dans la journée, Gantz avait déclaré que seul un chef d’État-major était susceptible de déterminer les règles d’engagement.

« C’est le chef d’État-major, et lui seul, qui détermine et qui continuera à déterminer les politiques qui régissent ces règles conformément aux besoins opérationnels et conformément aussi aux valeurs de l’armée israélienne, avec notamment les règles de pureté des armes », avait commenté Gantz dans une déclaration suite à une réunion organisée au siège des renseignements militaires.

« Les commandants et les soldats mettent strictement les règles en vigueur. Le politique ne s’est jamais impliqué sur cette question et il ne s’y impliquera jamais », a-t-il continué.

Le ministre de la Défense Benny Gantz et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, à droite, à un événement organisé pour les ambassadeurs étrangers stationnés en Israël, le 6 mars 2022. (Crédit : Sivan Shahor Anava/GPO)

Échangeant avec l’ambassadeur américain en Israël Tom Nides, mercredi soir, Bennett avait déclaré que « l’intervention américaine dans les règles d’engagement des soldats israéliens est un précédent à la fois dangereux et inacceptable ».

Dans un contexte de réactions indignées, le site d’information Ynet, pour sa part, a cité des sources diplomatiques disant que Jérusalem ne s’attendait pas à ce que les États-Unis exercent des pressions significatives sur l’État juif sur ce sujet.

Abu Akleh, journaliste d’Al-Jazeera de 51 ans, a été tuée alors qu’elle couvrait des affrontements armés entre les soldats israéliens et des émeutiers palestiniens, le 11 mai, dans le cadre d’un raid de Tsahal dans le camp de réfugiés de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, et dans un cadre plus large de répression des groupes terroristes. Jénine est connu pour être un bastion des groupes terroristes palestiniens.

Elle portait à ce moment-là un gilet « Presse » et un casque.

Les soldats israéliens opèrent en Cisjordanie, le 7 septembre 2022. (Crédit : Armée israélienne)

Cela fait des mois que l’administration Biden pousse l’État juif à réexaminer ses règles d’engagement et à les réformer éventuellement. Actuellement, un soldat doit d’abord appeler un potentiel suspect à s’arrêter, procédant ensuite un tir de sommation et il n’a le droit d’utiliser la force armée que s’il a le sentiment que sa vie est réellement en danger.

Ces demandes de réexamen avaient été soumises par le secrétaire d’État américain Antony Blinken pendant des appels téléphoniques avec ses homologues israéliens.

Des manifestants tiennent des bougies et une photo de la journaliste d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh, tuée alors qu’elle couvrait des affrontements entre soldats de Tsahal et tireurs palestiniens lors d’un raid de Tsahal à Jénine, à Haïfa, le 11 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

L’armée avait initialement blâmé les hommes armés palestiniens en leur attribuant la responsabilité de la mort de la journaliste, reconnaissant ultérieurement qu’elle avait aussi pu être tuée par les militaires.

Suite à une enquête interne, un responsable de l’armée israélienne a indiqué lundi qu’un soldat avait été identifié en particulier qui montrait « une très forte probabilité » d’avoir ouvert le feu par erreur sur la journaliste, sur la base des investigations.

« Il l’a mal identifiée. Son récit en temps réel semble indiquer une confusion », a dit le responsable qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat. Tsahal avait noté, lundi, qu’aucun acte pénalement répréhensible ne semblait avoir été commis dans le cadre de cette mort accidentelle.

Le président américain Joe Biden, à gauche, et le Premier ministre Yair Lapid s’adressent aux médias après leur rencontre à Jérusalem, le 14 juillet 2022. (Crédit : Evan Vucci/AP)

La réponse initiale du département d’État à l’enquête de l’armée n’a pas mentionné de pressions continues sur Israël pour que l’État juif réforme ses règles d’engagement.

« Nous saluons le réexamen par Israël de cet événement tragique et nous soulignons, encore une fois, l’importance d’établir les responsabilités dans cette affaire – avec notamment la mise en place de politiques et de procédures qui empêcheront que de tels incidents se reproduisent à l’avenir », a dit le porte-parole du département d’État Ned Price, lundi.

L’Autorité palestinienne avait indiqué que ses propres investigations avaient prouvé qu’Abu Akleh avait été intentionnellement prise pour cible et tuée par les soldats pendant le raid – une conclusion qui avait été catégoriquement rejetée par Israël.

Un homme à côté de l’endroit où la journaliste d’Al-Jazeera Shireen Abu Akleh a été tuée pendant des affrontements armés entre tireurs palestiniens et soldats israéliens pendant un raid militaire dans le nord de la Cisjordanie, à Jénine, le 11 mai 2022. (Crédit : Jaafar Ashtiyeh/AFP)

La famille d’Abu Akleh et les leaders palestiniens accusent Washington de ne pas chercher à demander des comptes à Israël concernant la mort de la journaliste.

La publication des conclusions de l’armée, lundi, est survenue suite aux pressions présumées des États-Unis au cours d’une visite récente de Barbara Leaf, la vice-secrétaire d’État.

Leaf était en Israël et en Cisjordanie de jeudi à samedi pour une visite discrète, au cours de laquelle elle a rencontré des officiels israéliens et palestiniens. Le département d’État a indiqué que Leaf se trouvait dans la région « pour évoquer une gamme de priorités », notamment « l’intérêt porté par les Américains à améliorer la qualité de vie des Palestiniens ».

Peu de détails ont filtré de cette visite, même si elle aurait déclaré aux responsables israéliens que Washington était troublé par la violence en recrudescence en Cisjordanie.

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