Le comportement des orthodoxes est-il la cause de la hausse du COVID en Israël ?
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Le comportement des orthodoxes est-il la cause de la hausse du COVID en Israël ?

Un médecin de haut niveau dénonce des "comportements irresponsables" et la surpopulation ; pour d'autres, la stigmatisation est à la "limite du racisme"

Des Juifs ultra-orthodoxes étudient la Torah en petits groupes "en capsule" à la yeshiva Ateret Shlomo à Modiin Illit, le 24 août 2020. (Yossi Zeliger/Flash90)
Des Juifs ultra-orthodoxes étudient la Torah en petits groupes "en capsule" à la yeshiva Ateret Shlomo à Modiin Illit, le 24 août 2020. (Yossi Zeliger/Flash90)

Alors qu’Israël bat actuellement le record mondial du nombre de nouveaux cas quotidiens d’infection au COVID-19, certains médecins en arrivent à une conclusion gênante : les actions d’une communauté sont responsables de cette augmentation de façon disproportionnée.

« J’ai peur de parvenir à cette conclusion », déclare Dror Mevorach, après une journée passée dans les services COVID-19 du centre médical Hadassah de Jérusalem. « Je ne suis pas sûr que les gens vont bien comprendre, et ils verront de l’antisémitisme et penseront que j’en ai après les orthodoxes, et ce n’est pas du tout ce que je veux », dit-il.

Mais il affirme qu’il ne peut pas faire abstraction de la situation dans ses services, de nombreux patients ayant été hospitalisés peu après avoir assisté à de grands offices de prière en intérieur à Rosh HaShana. « Je m’attends, dans quelques jours, à avoir une vague similaire suite à Yom Kippour », a-t-il commenté.

Mevorach, chef de la médecine interne d’Hadassah, a livré sa conclusion à contrecœur, et a souligné que les conditions de vie, ainsi que les comportements, ont joué un rôle dans les niveaux élevés d’infection des Haredim, ou Juifs ultra-orthodoxes. Néanmoins, « je pense que, dans certaines communautés, un comportement irresponsable a sans doute encouragé la propagation de la maladie, entre eux et en Israël », a-t-il déclaré.

Dror Mevorach du centre médical Hadassah de Jérusalem, le 1er octobre 2020. (Capture d’écran/Douzième chaîne)

Il s’est adressé au Times of Israël alors que l’ampleur des problèmes de l’État juif liés au coronavirus devenait plus claire que jamais, et que les responsables de la santé israéliens donnaient à la nation des statistiques précises sur le fait que le coronavirus est beaucoup plus répandu chez les Haredim que chez les autres citoyens.

Israël a un niveau d’infection pour la semaine dernière qui est presque trois fois plus élevé que celui de tout autre pays, ont indiqué les données mondiales mardi. Et mercredi, le directeur général du ministère de la Santé, Chezy Levy, a déclaré aux journalistes que quelque 34 % des personnes chez qui le virus a été diagnostiqué en Israël étaient ultra-orthodoxes, bien que la communauté constitue environ 12 % de la population. Jeudi, le responsable de la lutte contre la COVID-19 du gouvernement, Ronni Gamzu, a cité un chiffre encore plus élevé, affirmant qu’environ 40 % des cas récemment confirmés concernaient les ultra-orthodoxes.

Certains autres médecins de haut niveau rejettent assidûment le genre de conclusion à laquelle Mevorach parvient. « Je pense que les problèmes objectifs auxquels sont confrontés les Haredim sont dominants, comme leurs conditions de vie », a déclaré Jonathan Halevy, président du centre médical Shaare Zedek de Jérusalem.

Le directeur général de l’hôpital Shaare Tzedek, Jonathan Halevy, à la Cour suprême de Jérusalem, le 28 juin 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Halevy, qui a accordé une interview au Times of Israël sur la situation générale, et qui n’était pas d’accord avec les commentaires de Mevorach, a déclaré : « C’est à la limite du racisme que de porter des accusations [de responsabilité disproportionnée des ultra-orthodoxes]. Vous voyez des poches de désobéissance dans tous les secteurs de la société israélienne ; vous l’avez vu dans les restaurants, les cafés et les bars. »

Selon lui, les Haredim ont toujours été destinés à être durement touchés en raison de leurs familles nombreuses et de leurs conditions de vie en promiscuité, et leur mauvaise conduite serait largement exagérée.

Mevorach reconnaît les problèmes qui rendent les Haredim sujets à l’infection, et dit que leurs taux reflètent une réalité « multifactorielle », mais ajoute qu’il n’y a pas moyen d’échapper à la tendance des gens à ignorer les directives sanitaires, « comme s’ils savaient mieux, et ne croyaient pas à ces directives ».

Il a indiqué que certains de ses patients actuels faisaient partie d’un groupe de 1 000 personnes qui avaient été infectées après avoir assisté aux prières de Rosh HaShana de Yaakov Aryeh Alter, chef des Hassidim de Gur.

Illustration : Des femmes ultra-orthodoxes portant des masques passent devant des agents de la police des frontières à un point de contrôle à Jérusalem, au milieu des mesures mises en place par les autorités israéliennes pour tenter d’arrêter la propagation de COVID-19, le 8 septembre 2020. (Photo de MENAHEM KAHANA / AFP)

Selon lui, les Gur étaient les plus « casher » de tous les Hassidim en termes de lutte contre le coronavirus. Il a indiqué qu’ils avaient essayé de mettre en place des « capsules », divisant les fidèles dans la grande salle de prière en petits groupes, mais qu’ils avaient constaté que cela ne fonctionnait pas.

En revanche, il est agacé par les rabbins de certaines autres communautés religieuses qui sont, dit-il, « sans honte, ne tenant pas compte des stipulations du gouvernement ». Il pense que cela a conduit à ce que de nombreuses synagogues accueillent un grand nombre de personnes le jour de Yom Kippour, malgré le renforcement des règles de confinement.

Qui enfreint les règles ?

Le secteur ultra-orthodoxe d’Israël comprend plusieurs communautés différentes. Dans les communautés hassidiques, où les rassemblements autour du leader charismatique, ou rebbe, jouent un rôle majeur dans la vie religieuse, la violation des règles est la plus répandue. C’est dans ce secteur que l’on voit apparaître – au grand dam de nombreux Israéliens laïcs – des rassemblements de masse.

Yehoshua Pfeffer. (Autorisation)

Dans les communautés non-hasidiques – souvent appelées Litvak ou Lituaniennes – les règlements sont mieux respectés, mais ils sont toujours déformés, a déclaré Yehoshua Pfeffer, un rabbin Haredi de cette communauté basé à Jérusalem.

« À Kiryat Sefer et dans d’autres endroits, par exemple, ils organisent des minyanim [offices de prière] pour les personnes souffrant du coronavirus, qui quittent leur maison pour s’y rendre, ce qui est clairement en violation des règlements », a-t-il déclaré au Times of Israel. « Il y a donc un souci sous-jacent d’être en sécurité, mais pas nécessairement selon la réglementation, mais plutôt comme les gens eux-mêmes le jugent bon. »

Il y a eu des rumeurs de tentatives clandestines de Haredim de viser l’immunité collective, et de jeunes gens essayant d’être infectés pour faire avancer les choses. Ces rumeurs ne sont pas confirmées – mais il est clair que certains étudiants de yeshiva discutent de la possibilité d’une infection intentionnelle pour des raisons apparemment pragmatiques.

« En ma qualité de rabbin, j’ai reçu des questions de bahourim sur la possibilité de s’infecter pour toutes sortes de raisons », a déclaré M. Pfeffer, en utilisant ce mot pour désigner les étudiants de yeshiva. « Certains ont dit vouloir passer l’hiver, période d’étude principale dans les yeshivot, sans se soucier du coronavirus. » Sa réponse a été un non catégorique.

Des étudiants d’une yeshiva de Rishon Lezion dansent après la fin de Yom Kippour, le 28 septembre 2020. (Capture d’écran Twitter)

Pfeffer, chef de la division Haredi Israël du Fonds Tikvah, une fondation philanthropique axée sur l’éducation, considère que le phénomène de la violation des règles par les ultra-orthodoxes est réelle, affirmant qu’il est « répandu » dans certaines communautés et que de nombreux tribunaux hassidiques n’avaient pas adopté de mesures particulières.

Il affirme que les taux d’infection élevés ont pour origine les comportements des individus et les circonstances : « Sans aucun doute, c’est une combinaison des deux. Il est vrai que les gens vivent en communauté et dans des quartiers surpeuplés, mais c’est aussi un état d’esprit. C’est aussi lié à l’approche selon laquelle, d’une certaine manière, certains Haredim se considèrent comme un État dans l’État, en termes d’éducation, de communauté et de culture. »

Il est juste de s’attendre à ce que les Haredim s’alignent sur les efforts nationaux, et si les gens ne le font pas, d’attribuer une part de responsabilité à la spirale des chiffres, mais on ne peut pas rejeter entièrement la responsabilité de la situation d’Israël sur les Haredim

Il a déclaré qu’il était juste de souligner la conduite de la communauté Haredi lorsqu’on essayait de comprendre les taux de coronavirus en Israël, mais qu’il fallait garder son impact en perspective. « C’est une conclusion partielle », a-t-il dit, ajoutant qu’il comprenait « le ressentiment et la colère » ressentis dans l’ensemble d’Israël, mais qu’il était important de considérer cela comme l’un des divers facteurs qui expliquent la situation du coronavirus en Israël.

Des Juifs ultra-orthodoxes, membres de la communauté hassidique de Shomrei Emunim, portant des masques de protection sur fond d’inquiétudes concernant l’épidémie de coronavirus dans le pays, assistent aux funérailles de leur rabbin Refael Aharon Roth, 72 ans, mort du virus, à Bnei Brak, en Israël, le jeudi 13 août 2020. (AP Photo/Oded Balilty)

« Il est juste de s’attendre à ce que les Haredim s’alignent sur les efforts nationaux, et si les gens ne le font pas, d’attribuer une part de responsabilité à la spirale des chiffres, mais vous ne pouvez pas rejeter entièrement la responsabilité de la situation d’Israël sur les Haredim », a-t-il déclaré.

Pfeffer a déclaré que l’insularité des communautés Haredim, souvent source de critiques, devrait en fait tempérer la colère ressentie à l’égard de la communauté actuellement. Sa logique est que les interactions en dehors de la communauté sont limitées, donc si les Haredim ont des taux d’infection élevés, la propagation en dehors de leurs communautés est limitée.

« Désobéissance idéologique »

Actuellement, six des huit localités d’Israël où l’incidence par habitant du coronavirus est la plus élevée sont principalement Haredim. Et Gamzu aurait déclaré aux ministres, lors de la réunion du cabinet du coronavirus de mercredi, que les Israéliens ultra-orthodoxes avaient 2,5 fois plus de probabilités d’être testés positifs au coronavirus.

Environ 28,6 % des tests de dépistage du virus effectués dans les communautés Haredim ont donné un résultat positif ces derniers jours, contre 13,4 % des tests effectués dans les communautés arabes et 11,9 % des tests effectués dans le reste du pays, selon les données présentées mercredi par M. Gamzu aux ministres, selon la Douzième chaîne de télévision.

La situation reflète un changement majeur de mentalité entre la fin de la première vague et le début de la seconde, selon Benjamin Brown de l’Université hébraïque de Jérusalem, un expert de la communauté Haredi d’Israël, qui surveille constamment ses chaînes de médias et les groupes WhatsApp.

Il a déclaré au Times of Israël : « Il y a eu durant la première vague de la désobéissance, mais elle n’était pas manifeste, sauf dans les milieux radicaux, alors que durant la deuxième vague, les gens sont devenus beaucoup plus antagonistes, avec une désobéissance idéologique. »

Cela explique la tenue de mariages de masse et de grands rassemblements de prière, principalement dans la communauté hassidique, en violation des restrictions, a-t-il expliqué.

Capture d’écran d’une vidéo montrant des milliers d’ultra-orthodoxes lors d’un mariage à Jérusalem, en contravention avec les restrictions du coronavirus, le 5 août 2020. (Capture d’écran/Douzième chaîne)

Les Israéliens ultra-orthodoxes ne sont pas dans le déni du virus, mais ils doutent dans certains cas que les restrictions valent le sacrifice, a déclaré M. Brown. Il explique : « Nous n’entendons pas les Haredim, même dans les cercles radicaux, dire qu’il n’existe pas, mais les gens pensent que si c’est quelque chose d’inévitable, pourquoi changer nos vies à cause de cela ? La logique principale est que le succès des mesures n’est pas garanti. »

Parmi les autres changements intervenus entre la première et la deuxième vague, selon M. Brown, figure la démission de Yaakov Litzman, le ministre de la Santé, qui est Haredi, ce qui signifie que certains membres de la communauté ne ressentent plus une contrainte particulière à suivre les directives du ministère.

Le rabbin Elimelech Biderman et des Juifs ultra-orthodoxes prient pour obtenir le pardon (Selihot) sur le lieu de sépulture de rabbi Shimon bar Yohai à Meron, dans le nord d’Israël, le 12 septembre 2020. (David Cohen/Flash90)

La question du pèlerinage à Ouman – une visite annuelle de masse lors de Rosh HaShana sur la tombe de rabbi Nahman de Breslev en Ukraine – n’était pas pertinente lors de la première vague mais est devenue une source majeure de friction lors de la seconde vague, le gouvernement israélien essayant d’empêcher la tenue de l’événement. Cela a provoqué la colère de certaines communautés, et des milliers de pèlerins y sont quand même allés, ce qui aurait entraîné des cas de coronavirus sur 17 vols de retour à Tel Aviv en provenance d’Ukraine et de Biélorussie.

Des pèlerins juifs hassidiques se rassemblent devant les gardes-frontières ukrainiens au point de contrôle de Novaya Guta, près de Novaya Guta, en Biélorussie, le 18 septembre 2020. (AP Photo)

M. Brown a ajouté que la confiance dans le gouvernement, du grand public et de la population Haredi qui s’est sentie visée par les fonctionnaires, est faible, « et les gens disent : ‘si le gouvernement ne gère pas cela de la meilleure façon, pourquoi changer nos vies ?' »

La confiance entre la communauté Haredi et le gouvernement a été affectée lorsque le responsable de la lutte contre le coronavirus, M. Gamzu, a été perçu comme discriminatoire envers la communauté. « Je suis particulièrement désolé pour la communauté ultra-orthodoxe, qui a considéré mes remarques et mes actions comme offensantes pour elle et ses coutumes », a écrit Gamzu dans un message précédant Yom Kippour.

Une longueur d’avance sur l’infection

Mais alors que la conduite des Haredim occupe une place importante dans la manière dont certains Israéliens interprètent les taux d’infection de la communauté, la chronologie de la vague actuelle peut suggérer que le terrain était préparé pour un pic chez les Haredim lorsqu’ils ont fait quelque chose qui était tout à fait permis : reprendre les études après les vacances d’été.

Des étudiants ultra-orthodoxes à la Yeshiva Kamenitz, à Jérusalem, le 2 septembre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le système éducatif ultra-orthodoxe et les écoles traditionnelles d’Israël ont repris après les vacances, et ce avec la bénédiction du gouvernement. Mais alors que la plupart des écoles israéliennes sont rentrées le 1er septembre, le secteur Haredi est rentré le 21 août, ce qui lui a donné une longueur d’avance pour la propagation de l’infection et près de deux semaines de plus pour la propagation du virus avant que l’État n’arrête à nouveau les cours.

Eran Segal, expert en statistiques, a expliqué comment le nombre actuel élevé de cas chez les Haredim trouvait son origine dans la réouverture du système éducatif de la communauté. Segal, biologiste informaticien de l’Institut Weizmann de sciences, a utilisé comme référence le pourcentage de tests positifs, d’abord dans le groupe d’âge qui étudie dans les yeshivot, puis parmi les autres.

« C’est ainsi que le virus s’est répandu dans le secteur ultra-orthodoxe », a-t-il écrit mercredi sur Twitter. « Une semaine après l’ouverture des yeshivot, le 21 août, le pourcentage de tests positifs chez les hommes âgés de 15 à 21 ans est passé de 5 % à 30 %. »

En deux semaines, le virus s’est propagé à des hommes ultra-orthodoxes âgés de 30 à 60 ans, parmi lesquels le taux de tests positifs a atteint 43 %. Aujourd’hui, les hommes Haredim âgés de 70 à 80 ans se révèlent positifs dans 28 % des cas où les gens sont testés, a écrit Segal.

Mais il n’est pas clair dans quelle mesure les cas sont nés à la reprise du système scolaire , et dans quelle mesure le virus a été transmis à d’autres personnes. Le site d’information Ynet a rapporté mercredi qu’il avait obtenu des données indiquant que 26 500 étudiants se trouvaient dans des yeshivot qui fonctionnaient selon une réglementation spéciale relative au coronavirus, tandis que 16 000 autres étudiaient dans des établissements qui n’avaient pas le système de capsules recommandé, généralement en raison du manque d’infrastructures physiques, et qui fonctionnaient sans surveillance sanitaire.

Yitzhak Ravitz, maire de la ville ultra-orthodoxe de Kiryat Yearim. (Autorisation)

Pour le maire, Yitzhak Ravitz, tout ce qui est arrivé ces dernières semaines aurait pu être évité par un confinement gouvernemental imposé à la fin août, lorsque les taux d’infection grimpaient en flèche – un confinement qui aurait empêché le retour des élèves et autres étudiants dans les yeshivot et dans les écoles. L’échec de cette prise de décision au bon moment a été « une erreur très importante » et ce sont les Haredim qui sont dorénavant pointés du doigt, estime-t-il.

Ravitz pense qu’au vu de cet échec des dirigeants à passer à l’action dans la lutte contre le virus quand cela aurait été nécessaire – avec un quotidien maintenu, cahin-caha – c’est la communauté ultra-orthodoxe qui s’en trouve inévitablement touchée de manière disporportionnelle en raison de son mode de vie.

« Il y a une explosion des contagions au sein de la communauté Haredi et nous attribuons ce phénomène aux grandes familles et à la nature de la vie communautaire », continue-t-il. « Si, dans une communauté laïque, on rencontre son voisin une fois par semaine, ici, on le voit normalement trois fois par jour à la synagogue. »

Il déclare que les ultra-orthodoxes sont blâmés pour ce qu’ont fait finalement également les autres Israéliens : suivre leurs routines du quotidien en période de non-confinement, comme cela a été signalé par le gouvernement. L’impact de cette reprise de la vie quotidienne a été bien plus fort au sein des communautés ultra-orthodoxes qu’ailleurs mais le gouvernement aurait dû prendre ces données en compte dans ses modèles politiques et prendre des décisions qui auraient évité la recrudescence des cas parmi les populations Haredim, ajoute-t-il.

Une épicerie de Kiryat Yarim, dont un quart des résidents sont en quatorzaine et où huit infections ont été confirmées. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans la ville de Ravitz, des initiatives inhabituellement strictes ont été mises en place pour combattre le coronavirus. Le système éducatif local impose une quarantaine à des familles entières après l’exposition d’un membre à un porteur de la maladie – pas seulement au « cas contact » ayant rencontré l’individu contaminé au COVID-19. La municipalité fait livrer des produits alimentaires, voire des repas, aux résidents placés à l’isolement de manière à ce qu’il n’y ait pas de violations faites aux directives, et elle assure le même service aux personnes âgées pour les encourager à rester chez elles.

Si les manifestations sont autorisées…

Mais il admet que le deuxième confinement a été médiocrement observé par certains Haredim. Il affirme que ce phénomène est dû à une crédibilité gouvernementale écornée suite aux nombreuses exceptions au confinement qui ont été faites, notamment en autorisant les manifestations majeures contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Cette permission accordée aux mouvements de protestation a donné l’impression que les mesures de confinement n’étaient pas une question de vie ou de mort mais plutôt de politique politicienne, a-t-il affirmé.

« Du moment que vous constatez qu’il y a des choses qui sont ostensiblement plus importantes que le coronavirus, comme les manifestations, alors tout le monde veut définir ses priorités de son côté », a-t-il dit. « Ils ont pu se dire qu’il y avait des choses plus importantes que le confinement. »

Ravitz ajoute que, pour certains Haredim, il est inévitable de conclure que si les regroupements sont autorisés, alors la prière communautaire doit aussi l’être – et qu’ils le mettent en pratique.

Des Juifs prient pour le pardon (Selichot) au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 26 septembre 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pfeffer est en désaccord avec ce raisonnement. « Je n’accorderais pas, pour ma part, beaucoup de crédibilité à cette théorie », dit-il. « Elle a été utilisée comme joker politique, comme levier d’influence politique, plus que comme autre chose. Concernant l’état d’esprit individuel, qui cela préoccupe-t-il ? Je ne pense pas que cela pèse lourd. »

Pfeffer pense que la raison de la désobéissance des ultra-orthodoxes est bien plus simple que ce que de nombreuses personnes peuvent supposer : c’est qu’ils réalisent que la lutte contre le virus sera un combat de longue haleine.

« Il y a un état d’esprit qui règne et qui estime que tout cela ne mènera nulle part et qu’ainsi si ‘nous’ voulons conserver l’intégrité religieuse de la communauté, c’est ainsi que ‘nous’ devons le faire », poursuit-il.

« On entend bien qu’il y a des inquiétudes sur le bien-être physique, mais il y a le sentiment que cette pandémie ne va pas partir pendant un bon moment et que vivre avec, de ‘notre’ point de vue, implique de le faire conformément à ce qu’on considère comme la vie juive – ce qui comprend les rassemblements massifs avec les rabbins et un mode de vie très communautaire. »

Il explique que dans cet état d’esprit – qu’il comprend mais auquel il ne souscrit pas – il y a aussi le sentiment que les personnes qui contreviennent aux règles du coronavirus se sacrifient pour les autres Juifs religieux qui y obéissent de manière stricte, afin de garantir que la routine religieuse restera active.

« Certains diront : ‘Nous montons la garde pour vous tous, Juifs haredim ; nous en payons le prix en nous assurant que toutes les habitudes seront maintenues.' »

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