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Le gouvernement Netanyahu, déjà en désaccord avec l’administration Biden

Les diplomates américains s'efforcent de rassurer leurs alliés du Moyen-Orient sur le status quo de Jérusalem et implorent Israël de ne pas se rapprocher de la Russie

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, nouvellement assermenté, assistant à une réunion du cabinet, à Jérusalem, le 29 décembre 2022. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit/Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, nouvellement assermenté, assistant à une réunion du cabinet, à Jérusalem, le 29 décembre 2022. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit/Pool)

WASHINGTON – Le nouveau gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu a à peine plus d’une semaine d’existence, mais il donne déjà du fil à retordre à l’administration Biden.

Quelques jours seulement après le début de son mandat, un membre du cabinet d’extrême-droite de Netanyahu a mis en colère les diplomates américains ainsi que les alliés régionaux d’Israël en visitant le lieu juif le plus sacré, ce qui, selon certains, pourrait être le signe avant-coureur d’autres mesures litigieuses, notamment une vaste expansion de la présence juive en Cisjordanie.

En outre, le gouvernement de Netanyahu a adopté des mesures punitives à l’encontre des Palestiniens qui vont à l’encontre de plusieurs initiatives récentes de Biden visant à renforcer les relations américano-palestiniennes, notamment le rétablissement de l’aide à l’Autorité palestinienne (AP) qui avait été supprimée sous l’administration Trump et l’autorisation pour les responsables palestiniens de se rendre aux États-Unis.

Le nouveau gouvernement est une complication malvenue pour l’équipe de sécurité nationale de Biden qui cherche à détourner l’attention du Moyen-Orient vers des rivaux comme la Chine et la Russie. Il survient également au moment où les Républicains prennent le contrôle de la Chambre des représentants et sont désireux de présenter Biden comme hostile à Israël avant l’élection présidentielle de 2024.

Se préparant à de nouvelles turbulences, Biden enverra son conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, en Israël à la mi-janvier, afin de prévenir l’aggravation potentielle des dissensions entre son administration et son principal partenaire du Moyen-Orient. Cette visite pourrait être suivie d’autres voyages de hauts responsables en Israël, dont celui du secrétaire d’État américain, Antony Blinken, selon des responsables de l’administration.

Leur message va au-delà des mises en garde contre l’aggravation des tensions avec les Palestiniens. Il est également question de ne pas s’acoquiner avec la Russie, en particulier maintenant que Moscou s’appuie sur le principal ennemi d’Israël, l’Iran, dans sa guerre contre l’Ukraine, et de ne pas perturber le délicat équilibre sécuritaire du Moyen-Orient.

Lors d’une réunion mercredi soir entre les ambassadeurs de nombreux alliés clés d’Israël et le nouveau ministre des Affaires étrangères, Eli Cohen, l’envoyé américain, Tom Nides, a exhorté Cohen à veiller à ce qu’Israël ne modère pas ses critiques à l’égard de la Russie.

« Israël doit être du bon côté de l’histoire », a déclaré Nides, selon un diplomate ayant connaissance de la réunion.

L’ambassadeur des Émirats arabes unis, Mohamed Al Khaja, qui accueillait la réunion, n’a pas évoqué de lien entre la visite de mardi d’Itamar Ben Gvir sur le mont du Temple et le report de la visite de Netanyahu dans le pays.

Depuis que Netanyahu a remporté des élections législatives très disputées l’année dernière avec le soutien massif de la droite israélienne, les responsables américains ont cherché à tempérer les inquiétudes, affirmant qu’ils jugeraient son gouvernement « à l’aune de ses politiques et non à celle de ses personnalités individuelles ». Biden lui-même avait parlé de sa relation de longue date avec Netanyahu.

« J’ai hâte de travailler avec le Premier ministre Netanyahu, qui est mon ami depuis des dizaines d’années, pour relever ensemble les nombreux défis et opportunités auxquels sont confrontés Israël et la région du Moyen-Orient, y compris les menaces de l’Iran », avait déclaré Biden lorsque Netanyahu a pris ses fonctions le 29 décembre.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le vice-président américain Joe Biden à Davos, en Suisse, le 21 Janvier 2016 . (Crédit : Haim Zach/Bureau du Premier ministre)

Pourtant, si Biden et Netanyahu se connaissent effectivement depuis des années, ils ne sont pas proches. Biden et les anciens fonctionnaires de l’administration Obama – qui travaillent aujourd’hui pour lui – éprouvent toujours du ressentiment à l’égard du Premier ministre qui, lors de son précédent mandat à la tête d’Israël, a cherché à faire dérailler leur réalisation phare en matière de politique étrangère : l’accord sur le programme nucléaire iranien.

Pourtant, l’administration a informé qu’elle s’engagera avec Netanyahu tout en évitant les membres les plus extrêmes de son gouvernement. Cette approche ne serait pas sans précédent dans la région. Les États-Unis traitent avec le gouvernement libanais tout en évitant les membres du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, une organisation terroriste étrangère désignée qui est aussi une puissance politique nationale. Mais il serait remarquable que les États-Unis adoptent une approche similaire avec un allié aussi proche qu’Israël.

« Nous traiterons directement avec le Premier ministre Netanyahu », a déclaré la semaine dernière Ned Price, porte-parole du département d’État, lorsqu’il a été interrogé sur d’éventuels contacts avec Ben Gvir.

Le mont du Temple est vénéré par les Juifs en tant que lieu historique des deux temples bibliques, ce qui en fait le site le plus sacré du judaïsme. Il est également le troisième site le plus sacré pour les musulmans, qui l’appellent la mosquée Al-Aqsa ou Haram al-Sharif, le Noble sanctuaire.

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, visitant le mont du Temple, le 3 janvier 2023. (Crédit : Minhelet Har Habayit)

De nombreux Palestiniens rejettent l’idée que le site soit sacré pour les Juifs. Depuis près d’un siècle, ils accusent Israël et les sionistes de comploter pour détruire la mosquée et la remplacer par un temple juif – une initiative qui n’est pas soutenue par la majorité dominante de la société israélienne.

L’inclusion de Ben Gvir et d’autres personnalités d’extrême-droite dans le gouvernement de Netanyahu, qui sont hostiles aux Palestiniens et opposés à une résolution à deux États, a mis Israël et les États-Unis sur des chemins opposés.

Jeudi dernier, l’ambassadeur-adjoint des États-Unis aux Nations unies, Robert Wood, lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité convoquée par les États arabes pour condamner la visite des lieux saints par Ben Gvir, a souligné le soutien ferme de Biden au « status quo historique », en particulier à « Haram Al-Sharif – le mont du Temple ».

Wood a fait remarquer que Netanyahu s’était engagé à préserver le status quo. « Nous attendons du gouvernement israélien qu’il respecte cet engagement », a-t-il déclaré.

Vendredi dernier, Blinken s’est entretenu avec le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, pour le rassurer quant à l’engagement des États-Unis sur « l’importance de préserver le status quo historique ».

Blinken a également « exprimé son appréciation du rôle particulier du royaume hachémite de Jordanie en tant que gardien des lieux saints musulmans à Jérusalem », selon le département d’État.

La Jordanie, qui se considère comme le gardien du mont du Temple – un statut qu’Israël ne reconnaît pas, bien qu’elle ait reconnu le « rôle spécial » du royaume sur le site en vertu du traité de paix de 1994 entre les deux pays – a été l’un des critiques les plus virulents de la démarche de Ben Gvir.

Blinken et Wood ont également souligné que l’administration accordait la priorité à la préservation de la possibilité d’une solution à deux États.

Mais vendredi, le cabinet de sécurité de Netanyahu a approuvé une série de mesures punitives à l’encontre des dirigeants palestiniens, en représailles au fait que les Palestiniens ont poussé la plus haute instance judiciaire de l’ONU à donner un avis sur « l’occupation israélienne » de la Cisjordanie.

Ces mesures soulignent la ligne dure que le gouvernement de Netanyahu a promis d’adopter à l’égard des Palestiniens, alors que la violence augmente en Cisjordanie.

Le cabinet de sécurité a décidé de retenir des millions de dollars à l’AP et de transférer ces fonds à un programme de compensation pour les familles des victimes israéliennes d’attaques terroristes palestiniennes. En outre, il refusera les avantages, y compris les permis de voyage, aux responsables palestiniens qui « mènent la guerre politique et juridique contre Israël ».

Le dirigeant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, faisant un geste en parlant au président russe, Vladimir Poutine, lors de leur rencontre en marge du sommet de la Conférence sur l’interaction et les mesures de confiance en Asie (CICA), à Astana, au Kazakhstan, le 13 octobre 2022. (Crédit : Vyacheslav Prokofyev, Sputnik, Kremlin Pool Photo via AP)

Pendant ce temps, l’administration de Biden évolue dans une direction diamétralement opposée. Depuis son entrée en fonction, l’administration a annulé l’interdiction de l’aide imposée par Trump et a fourni plus de 800 millions de dollars d’aide économique, de développement, et de sécurité entre autres aux Palestiniens et à l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens.

À l’automne, le département d’État a obtenu un avis du ministère de la Justice qui permet aux responsables palestiniens de se rendre aux États-Unis et d’y dépenser de l’argent malgré les lois interdisant de tels voyages et transactions et un arrêt de la Cour suprême selon lequel le Congrès a un rôle exécutoire dans le processus de politique étrangère.

L’administration « peut raisonnablement estimer que le fait d’être empêché d’accueillir la délégation de l’OLP à Washington porterait gravement atteinte aux efforts diplomatiques du président », avait déclaré le ministère de la Justice le 28 octobre.

Puis, une semaine exactement avant l’entrée en fonction de Netanyahu, à la fin du mois de décembre, le département d’État a imposé des sanctions contre le terrorisme à l’encontre des dirigeants palestiniens, mais les a immédiatement levées, affirmant que l’engagement avec les Palestiniens est un intérêt crucial pour la sécurité nationale des États-Unis.

Le 22 décembre, la secrétaire d’État adjointe américaine, Wendy Sherman, avait informé le Congrès qu’elle avait imposé des interdictions de voyage aux hauts dirigeants de l’AP et de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) parce qu’ils « ne se conforment pas » à l’obligation de limiter et de condamner publiquement les attaques terroristes contre les Israéliens.

Mais, dans la même notification, le département d’État avait déclaré que Sherman avait levé les interdictions de voyager « en se fondant sur sa détermination qu’une telle levée est dans l’intérêt de la sécurité nationale des États-Unis ».

« Une paix durable et globale entre Israël et les Palestiniens reste un objectif de longue date de la politique étrangère américaine », avait déclaré le département. « Un refus général de visas aux membres de l’OLP et aux responsables de l’AP, pour inclure ceux dont le voyage aux États-Unis sert à promouvoir les buts et objectifs américains, n’est pas cohérent avec la volonté exprimée par le gouvernement américain de s’associer aux dirigeants de l’OLP et de l’AP. »

Malgré une aide annuelle de plus de 3 milliards de dollars à Israël et un soutien diplomatique dans les forums internationaux, l’influence des États-Unis sur Netanyahu semble limitée.

L’administration Biden n’a pas encore donné suite à sa promesse de rouvrir le consulat américain à Jérusalem, qui avait historiquement servi de principal point de contact avec les Palestiniens. En outre, elle n’a rien fait pour rouvrir l’ambassade palestinienne à Washington. Les deux bureaux ont été fermés sous l’administration Trump.

Alon Liel, ancien directeur-général du ministère des Affaires étrangères, a déclaré que la poursuite du rapprochement des États-Unis avec les Palestiniens pourrait être le seul moyen d’influencer Netanyahu. « S’ils veulent vraiment infliger une pression [sur Israël], Biden devrait dire demain que dans les mois à venir, nous envisagerons de rouvrir l’ambassade palestinienne à Washington. Ils verront alors la terre trembler ici », a déclaré Liel.

« Mais il n’y a aucun signe de cela », a-t-il ajouté. « Tant qu’ils diront ‘nous sommes inquiets pour votre démocratie’, ces mots n’auront aucun sens, car il y a eu tellement de mots. Et… il n’y a rien derrière les mots. »

Lazar Berman a contribué à cet article.

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