Le Hezbollah aurait annulé un entretien avec Hollande
Rechercher

Le Hezbollah aurait annulé un entretien avec Hollande

Le président français a multiplié les appels en faveur du règlement de la crise institutionnelle au Liban, sans président de la République depuis mai 2014

Le président français François Hollande (au centre) est accueilli à son arrivée au Liban par le ministre de la Défense Samir Moqbel (à droite), le 16 avril 2016. (Crédit : AFP PHOTO / STEPHANE DE SAKUTIN)
Le président français François Hollande (au centre) est accueilli à son arrivée au Liban par le ministre de la Défense Samir Moqbel (à droite), le 16 avril 2016. (Crédit : AFP PHOTO / STEPHANE DE SAKUTIN)

Le Hezbollah aurait annulé une rencontre avec le président français François Hollande et des représentants de la faction chiite libanaise à Beyrouth, ont annoncé dimanche des médias koweitiens.

Le député libanais Mohammad Raad, membre de la branche politique du Hezbollah, devait rencontrer Hollande. Le Hezbollah avait demandé un rendez-vous avec le président français, mais l’a annulé à cause de « conflits » entre le groupe terroriste chiite et la communauté internationale, a annoncé le quotidien koweitien « em>al-Seyassah en citant des sources ministérielles.

L’organisation de la coopération islamique (OCI) a publié vendredi une condamnation du Hezbollah « pour conduite d’activités terroristes en Syrie, au Bahreïn, au Koweït et au Yémen et pour soutien à des mouvements et groupes terroristes qui déstabilisent la sécurité et la stabilité des états membres de l’OCI. »

Le Hezbollah a été placé sur liste noire par plusieurs états sunnites ainsi que par la Ligue arabe ces derniers mois, en raison de tensions croissantes entre le patron du Hezbollah, l’Iran, et les états du Golfe.

Des combattants du Hezbollah portent les cercueils de leurs camarades qui ont été tués par les combats en Syrie pendant leur enterrement à Baalbek, à l'est du Liban, le le 21 septembre 2015. (Crédit : AFP / STR)
Des combattants du Hezbollah portent les cercueils de leurs camarades qui ont été tués par les combats en Syrie pendant leur enterrement à Baalbek, à l’est du Liban, le le 21 septembre 2015. (Crédit : AFP / STR)

Le Hezbollah est l’une des principales puissances politiques au Liban et résoudre l’impasse présidentielle du pays sans lui sera quasiment impossible.

Le pays n’a plus de président depuis 2014, et le Parlement a déjà étendu deux fois son mandat lui-même.

Le conflit syrien a profondément divisé les partis politiques du Liban, paralysant ses institutions gouvernementales.

Hollande est arrivé samedi à Beyrouth, au début d’une tournée régionale qui l’emmènera en Egypte et en Jordanie.

La cérémonie d’accueil officiel de François Hollande a eu lieu samedi après-midi au Parlement à Beyrouth, puisque le Liban n’a pas de chef d’état.

Samedi, Hollande a multiplié les appels en faveur du règlement de la crise institutionnelle au Liban, sans président de la République depuis mai 2014.

Il s’est entretenu notamment avec un des candidats à la présidence, Souleimane Frangié samedi soir, et auparavant avec le Premier ministre Tammam Salam qui a clairement sollicité le soutien de Paris pour sortir de cette crise.

Le Premier ministre libanais Tamam Salam (à droite) et le président français François Hollande au palais du gouvernement dans le centre de Beyrouth, le 16 avril 2016. (Crédit : AFP PHOTO / STEPHANE DE SAKUTIN)
Le Premier ministre libanais Tamam Salam (à droite) et le président français François Hollande au palais du gouvernement dans le centre de Beyrouth, le 16 avril 2016. (Crédit : AFP PHOTO / STEPHANE DE SAKUTIN)

« La France est une puissance amicale et désintéressée, c’est pour cela qu’on nous demande d’intervenir », a décrypté un proche de Hollande, soulignant le rôle que Paris pourrait jouer auprès de l’Arabie saoudite et de l’Iran. La rivalité entre les deux grands acteurs sunnite et chiite de la région alimente la crise libanaise.

« C’est un moment crucial, parce que vous devez résoudre cette crise et donner un président au Liban », a déclaré Hollande après avoir rencontré le président du Parlement, Nabih Berri, dans le centre de Beyrouth. « Je crois en vous et je sais que vous y arriverez », a-t-il ajouté.

Le président du Parlement libanais a également demandé à Hollande de l’aider dans la démarcation de sa bordure maritime avec Israël, en raison de disputes sur un morceau de mer riche en ressources naturelles et qui pourraient mener à une guerre.

Berri a déclaré qu’Israël revendiquait la possession d’un morceau de mer qui serait riche en champs de gaz et de pétrole off-shore, que le Liban considère faire partie de son zone économique exclusive (ZEE), a annoncé le journal libanais Naharnet, citant le quotidien arabophone al-Hayat.

Berri a affirmé que « les violations d’Israël contre [la souveraineté du] Liban ne sont pas limitées à l’air et à la terre, mais comprennent aussi la mer », une référence apparente aux frappes aériennes au Liban attribuées à Israël, aux affirmations de fréquents survols du territoire libanais par les avions de l’armée de l’air israélienne et aux incursions au sol pendant les conflits majeurs entre Israël et le Hezbollah.

« Israël revendique une partie de la ZEE comme la sienne alors que nous avons en fait des preuves du contraire », a déclaré Berri à Hollande. « Cette dispute entrave nos efforts pour investir dans nos richesses pétrolière et gazière », a-t-il déploré.

Le président français François Hollande (à gauche) pendant une conférence de presse commune avec le président du parlement libanais Nabih Berri, après leur rencontre à Beyrouth, le 16 avril 2016. (Crédit : AFP/ANWAR AMRO)
Le président français François Hollande (à gauche) pendant une conférence de presse commune avec le président du parlement libanais Nabih Berri, après leur rencontre à Beyrouth, le 16 avril 2016. (Crédit : AFP/ANWAR AMRO)

Une source parlementaire citée par Naharnet a déclaré que la querelle pourrait dégénérer en conflit plus important. « C’est un problème qu’Israël crée et qui pourrait déclencher une guerre », a déclaré la source.

Une ZEE est une portion de mer dans laquelle, dans le cadre des conventions de l’ONU, un pays a le droit de développer des ressources maritimes. Selon l’article, la zone en question couvre 850 km² d’eau territoriale.

Beyrouth affirme qu’une carte maritime qu’il a soumise aux Nations unies concorde avec l’accord d’armistice de 1949 et n’est pas contestée par Israël.

En 2014, le Liban avait fait un appel similaire à John Kerry, le secrétaire d’Etat américain, pendant sa visite dans le pays, appelant les Etats-Unis à continuer leurs efforts pour résoudre le conflit avec Israël.

Selon une étude géologique américaine de 2010, le champ contiendrait jusqu’à 5 millions de milliards de mètres cubes de gaz et 1,7 milliard de barils de pétrole. Le Liban, un pays pauvre en ressources naturelles, compte sur le forage du site pour fournir au gouvernement les moyens de payer ses dettes importantes.

En 2014, le ministre libanais de l’Energie de l’époque, Gebran Bassil, avait annoncé que son pays prévoyait de mener son premier forage exploratoire dans les prochains mois. Cependant, les Etats-Unis avaient demandé aux fonctionnaires libanais de suspendre le forage dans les eaux disputées jusqu’à ce qu’un accord final sur les frontières soit atteint.

‘Fédérer les dons’ pour les réfugiés syriens

François Hollande achèvera sa visite au Liban dans un campement de réfugiés syriens, après avoir promis à Beyrouth un renfort de l’aide humanitaire française, avant de s’envoler pour l’Egypte, deuxième étape de sa tournée au Moyen Orient.

Des familles syriennes au camp de réfugiés d'Arsal dans la vallée de la Bekaa, au Liban, le 18 février 2014. (Crédit : AFP)
Des familles syriennes au camp de réfugiés d’Arsal dans la vallée de la Bekaa, au Liban, le 18 février 2014. (Crédit : AFP)

Hollande rejoindra en début d’après-midi en hélicoptère le campement de tentes informel de Dalhamiyé dans la Békaa (est du pays) qui abrite une centaine de familles de réfugiés syriens.

Le président français y rencontrera deux familles qui doivent prochainement trouver asile en France, une manière d’illustrer la volonté de Paris d’accroître sa contribution, pour l’heure modeste, à l’accueil de réfugiés fuyant la guerre en Syrie.

A son arrivée samedi à Beyrouth, Hollande avait déjà annoncé que la France accueillerait 3 000 réfugiés supplémentaires en 2016 et 2017.

Le conflit en Syrie, qui a fait plus de 270 000 morts, a jeté des millions de personnes sur les routes de l’exil. Et plus d’1,1 million de ces exilés ont trouvé refuge au Liban, soit l’équivalent d’un quart de la population du petit pays méditerranéen.

Le président français visitera le centre de loisir du campement avant une réunion avec des représentants du PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement), du Haut Commissariat pour les réfugiés et d’ONG françaises.

Samedi, à peine arrivé à Beyrouth, Hollande avait promis le versement de « 100 millions d’euros dans les trois prochaines années » pour aider le Liban à faire face à l’afflux de réfugiés.

Il a aussi annoncé une prochaine réunion du « groupe international de soutien au Liban pour fédérer tous les dons ». Le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault se rendra à cette fin le 27 mai à Beyrouth.

Le chef de l’Etat français s’est par ailleurs engagé à « une aide immédiate pour renforcer les capacités militaires du Liban » face à la menace jihadiste, en particulier du groupe Etat islamique (EI) qui a déjà revendiqué des attentats dans le pays.

Cette aide intervient alors que l’Arabie saoudite a suspendu un don de 2,2 milliards d’euros aux autorités libanaises qui devait leur permettre d’acquérir des équipements militaires français.

Dimanche matin, avant son déplacement dans la Békaa, M. Hollande avait évoqué avec le patriarche Béchara Raï, chef de la puissante église chrétienne maronite, la situation des chrétiens d’Orient, minorités vulnérables dans une région ravagée par les guerres et marquée par la montée des mouvements jihadistes. Il a également rencontré des chefs religieux musulmans et chrétiens dans ce pays connu pour sa mosaïque confessionnelle.

Le président français François Hollande (à droite)  et le cardinal du Liban Mar Bechara Boutros al-Rai, le patriarche maronite d'Antioche et de tout le Levant, à la résidence des Pins, à Beyrouth, le 17 avril 2916. (Crédit : AFP PHOTO / STEPHANE DE SAKUTIN)
Le président français François Hollande (à droite) et le cardinal du Liban Mar Bechara Boutros al-Rai, le patriarche maronite d’Antioche et de tout le Levant, à la résidence des Pins, à Beyrouth, le 17 avril 2916. (Crédit : AFP PHOTO / STEPHANE DE SAKUTIN)

« Doivent-ils rester parfois au risque de leur vie ou doivent-ils partir ? Mais s’ils partent c’est l’ensemble du Moyen Orient qui se trouve déséquilibré », a notamment déclaré Hollande.

En Egypte, un déplacement économique

François Hollande s’envolera en fin de journée pour l’Egypte où il effectuera sa première visite d’Etat depuis 2012. Accompagné d’une trentaine de dirigeants d’entreprises, le président français ouvrira notamment un forum d’affaires au Caire et sa venue devrait être l’occasion de signatures de contrats.

Le ministre de la Défense français Jean Yves Le Drian et le président de l'Egypte, Abdel Fatah Al-Sissi lors de la signature d'un contrat militaire au Caire le 16 février 2015 (Crédit : AFP PHOTO / KHALED DESOUKI)
Le ministre de la Défense français Jean Yves Le Drian et le président de l’Egypte, Abdel Fatah Al-Sissi lors de la signature d’un contrat militaire au Caire le 16 février 2015 (Crédit : AFP PHOTO / KHALED DESOUKI)

Côté diplomatique, la crise libyenne et le conflit israélo-palestinien seront au cœur de ses entretiens avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi.

Mais Hollande est aussi attendu sur la question des droits de l’Homme. Plusieurs ONG ont, avant son arrivée, dénoncé « le silence étourdissant » de Paris sur les violations de ces droits par le régime d’al-Sissi.

Selon un diplomate français, Hollande entend sur ces sujets porter des « messages » de façon « discrète et efficace ».

Au cas de l’étudiant italien mort sous la torture fin janvier au Caire qui a conduit récemment l’Italie à rappeler son ambassadeur, se sont ajoutées mercredi les accusations portées contre le Quai d’Orsay par la mère d’un enseignant français battu à mort en 2013 dans un commissariat de police égyptien.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...