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Le « Livre des noms » répertoriant toutes les victimes connues de la Shoah exposé à l’ONU

L’œuvre de Yad Vashem contient les informations de 4,8 M de personnes tuées par les nazis, - les pages vierges symbolisant 1,2 M d'autres victimes

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Une femme consultant le "Livre des noms" au siège de l'ONU, à New York, le 24 janvier 2023. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
Une femme consultant le "Livre des noms" au siège de l'ONU, à New York, le 24 janvier 2023. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

NATIONS UNIES – Le mémorial et musée de la Shoah, Yad Vashem, a mis en place une exposition commémorant chaque victime du génocide aux Nations Unies à New York, réaffirmant l’engagement de l’organisme mondial à se souvenir de la Shoah lors de la journée annuelle de commémoration alors que l’antisémitisme continue de se répandre (même au sein de l’organisme mondial).

L’exposition, intitulée « Le Livre des noms », contient 4,8 millions de noms sur les 6 millions de morts que les chercheurs de Yad Vashem ont identifiés, ainsi que des pages blanches symbolisant les noms des victimes qui n’ont pas encore été nommées.

« Quand j’ai vu le livre, j’ai été bouleversée parce qu’il témoigne que ces personnes ont vécu, qu’elles ont respiré, qu’elles ont rêvé et qu’elles ont été assassinées », a déclaré Bronia Brandman, une survivante d’Auschwitz originaire de Pologne qui a retrouvé les noms des membres de sa famille dans les pages du livre.

« Le livre prouve qu’ils ont vécu, qu’ils étaient de vrais êtres humains », a-t-elle ajouté.

L’œuvre fait plus de deux mètres de haut et plus de huit mètres de long. Les noms sont classés par ordre alphabétique et sont imprimés sur de lourdes feuilles avec des informations sur les victimes, notamment leur année de naissance, leur ville natale et leur lieu de décès.

Une bande de lumière jaune court le long de l’œuvre, éclairant les noms de l’intérieur.

L’exposition a été installée à l’entrée du siège mondial des Nations unies à Manhattan cette semaine, avant la Journée internationale de commémoration de la Shoah, qui aura lieu ce vendredi. Le livre sera officiellement présenté jeudi lors d’un événement auquel participeront le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, le président de Yad Vashem, Dani Dayan, et l’envoyé d’Israël auprès des Nations unies, Gilad Erdan.

Bronia Brandman, survivante de la Shoah, au siège de l’ONU, à New York, le 24 janvier 2023. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

L’Assemblée générale des Nations unies organisera une cérémonie de commémoration vendredi.

« Cette importante exposition est un appel au souvenir : se souvenir de chaque enfant, chaque femme et chaque homme qui a péri dans l’Holocauste comme un être humain avec un nom et un avenir qui lui a été volé », a déclaré Antonio Guterres dans un communiqué. « C’est un appel à l’action : être toujours vigilant et ne jamais rester silencieux lorsque les droits de l’Homme et la dignité humaine sont menacés. »

« Yad Vashem a commencé à répertorier les noms des victimes de la Shoah dans les années 1950 », a déclaré le Dr. Alexander Avram, directeur du Hall des noms du mémorial de Jérusalem et de sa base de données centrale des noms des victimes.

Avram, qui a accompagné l’exposition à New York, a déclaré que Yad Vashem avait contacté les Nations unies pour accueillir l’exposition. Les deux organisations se sont déjà associées dans le passé. Le livre est installé juste à l’entrée du siège de l’ONU, dans un endroit bien visible pour tous les visiteurs.

« Le Livre des noms » au siège de l’ONU, à New York, le 24 janvier 2023. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Yad Vashem dispose d’une base de données en ligne contenant tous les noms des victimes, mais le livre apporte quelque chose de concret, permettant aux gens de trouver les noms des membres de leur famille dans ses pages, ou de mieux saisir l’immensité de la perte. Le monument physique vient compléter la base de données en ligne, a déclaré Avram. Une itération antérieure du livre se trouve au musée d’Auschwitz.

« Les gens ont besoin de quelque chose de concret qu’ils peuvent toucher », a déclaré Avram. « Je pense que c’est une tradition humaine ». Il a comparé le livre à des pierres tombales ou au mémorial du Vietnam, mais a fait remarquer que l’ampleur de la Shoah rendait impossible la création d’un monument similaire.

Selon Avram, il est de plus en plus difficile de retrouver de nouveaux noms, car les témoins meurent et les chercheurs épuisent le matériel de recherche disponible, mais l’équipe de Yad Vashem explore de nouvelles sources d’information pour trouver de nouveaux noms. L’une de ces sources est constituée par les témoignages enregistrés, dont l’examen est beaucoup plus laborieux que celui des listes utilisées pour la tenue des registres.

L’année dernière, Yad Vashem a récupéré environ 40 000 nouveaux noms à partir de quelque 14 000 pages de témoignages, et espère atteindre en tout les 5 millions dans les prochaines années, mais les découvertes ralentiront considérablement par la suite, a déclaré Avram. Les noms des enfants sont particulièrement difficiles à trouver car ils n’étaient pas souvent enregistrés par leur nom lorsqu’ils mouraient avec leur famille, a-t-il expliqué.

« Nous n’aurons jamais tous les noms car il n’y a pas de documentation. Les nazis n’étaient pas intéressés par la documentation de leurs crimes », a déclaré Avram. « Chaque nouveau nom que nous commémorons est une petite victoire contre les nazis. Nous les sortons de l’oubli. »

Robert Skinner, chef des partenariats et de l’engagement mondial de l’ONU au sein du département de la communication mondiale, a déclaré que l’exposition faisait partie du mandat de l’ONU pour commémorer la Shoah et qu’elle était particulièrement importante dans un contexte de recrudescence de l’antisémitisme et des discours de haine.

« Les Nations unies ont été créées sur les cendres de l’Holocauste et de la Seconde Guerre mondiale, et nous sommes donc convaincus de la nécessité de continuer à raconter cette histoire », a déclaré Skinner. « Nous voulons simplement nous assurer que nous rappelons au monde les horreurs de l’Holocauste et que nous continuons à combattre l’antisémitisme et toutes les formes de haine dans le monde d’aujourd’hui et à l’avenir. »

« C’est un bon moment pour continuer à rappeler aux gens que cela ne doit plus jamais se reproduire et nous, à l’ONU, prenons notre mandat pour délivrer ce message très au sérieux », a déclaré Skinner.

« Le Livre des noms » au siège de l’ONU, à New York, le 24 janvier 2023. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

L’ONU et Guterres se sont régulièrement prononcés contre l’antisémitisme, mais ils ont également été critiqués pour les préjugés au sein de l’organisme mondial l’année dernière, après que deux enquêteurs sur Israël ont fait des déclarations antisémites. Tous deux sont restés à leur poste et n’ont pas subi de sanctions de la part de l’ONU.

Lundi, des membres du Congrès américain ont demandé la révocation de l’une des enquêtrices, Francesca Albanese, pour ses commentaires antisémites sur le pouvoir et la cupidité des Juifs et pour ses critiques sévères et partiales d’Israël.

Les critiques ont également déclaré que l’accent mis par l’ONU sur Israël lors de l’Assemblée générale à New York et du Conseil des droits de l’Homme à Genève était une preuve d’antisémitisme. L’Assemblée générale a condamné Israël plus que tous les autres pays réunis l’année dernière.

Brandman, la survivante d’Auschwitz, a grandi à moins de 15 kilomètres d’Auschwitz.

« Le Livre des noms » au siège de l’ONU, à New York, le 24 janvier 2023. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Ses parents et son frère ont été tués dans le camp et Brandman et ses trois sœurs ont été confinées dans un ghetto avant d’être envoyées à Auschwitz.

Sa famille et elle savaient ce qui se passait dans le camp lorsqu’ils y ont été déportés, contrairement à de nombreuses victimes, qui n’ont compris qu’il s’agissait d’un camp de la mort qu’au dernier moment.

Brandman, aujourd’hui âgée de 92 ans, a été marquée pour la mort par le médecin nazi Josef Mengele dès son arrivée, mais elle a réussi à se faufiler dans une autre file de personnes qui n’ont pas été immédiatement envoyées dans les chambres à gaz. Elle dut cependant laisser deux de ses sœurs derrière elle. Sa dernière sœur mourut du typhus dans le camp, laissant Brandman rongée par la culpabilité et le chagrin.

Elle s’est installée à New York après la guerre et a lutté pendant des dizaines d’années pour parler du génocide. Elle est finalement devenue bénévole et éducatrice. Elle a rencontré le président américain Joe Biden l’année dernière pour raconter son histoire.

« Il y a une énorme douleur qui ne me quittera jamais », a-t-elle déclaré, mais elle a exprimé sa gratitude pour le « Livre des noms » et les efforts déployés pour se souvenir de la Shoah.

« En voyant les noms de mes proches, de mes voisins, de mes amis, » a-t-elle dit, « je suis extrêmement reconnaissante pour la documentation de ce que mes parents et ma famille ont vécu ».

Elle dit craindre le climat actuel et la montée de l’antisémitisme, avertissant que la Shoah a également commencé par une rhétorique incendiaire. Elle vit dans le quartier Borough Park de Brooklyn, qui voit régulièrement des attaques contre les Juifs, qui sont la cible de crimes de haine bien plus que tout autre communauté à New York.

« Les mots sont dangereux », dit-elle. « Le public n’a même pas idée de ce qui s’est réellement passé. »

Le « Livre des noms » restera exposé et ouvert au public jusqu’au 17 février, avant d’être exposé à Yad Vashem, à Jérusalem.

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