Le sud du Yémen, ex-Etat indépendant encore confronté aux velléités autonomistes
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Le sud du Yémen, ex-Etat indépendant encore confronté aux velléités autonomistes

La division du Yémen remonte à l'occupation britannique d'Aden (sud) en 1839, alors que le reste du pays appartient à l'empire ottoman

Un combattant loyal au Conseil de transition du sud (STC), une autorité parallèle dominée par les séparatistes, tient un drapeau séparatiste dans la province du sud d'Abyan, le 18 mai 2020. (Photo par Nabil HASAN / AFP)
Un combattant loyal au Conseil de transition du sud (STC), une autorité parallèle dominée par les séparatistes, tient un drapeau séparatiste dans la province du sud d'Abyan, le 18 mai 2020. (Photo par Nabil HASAN / AFP)

Le sud du Yémen, qui était un Etat indépendant avant sa fusion avec le Nord en 1990, se plaint depuis plusieurs décennies d’être marginalisé par le pouvoir central à Sanaa. Le 26 avril, les séparatistes ont proclamé leur autonomie.

La division du Yémen remonte à l’occupation britannique d’Aden (sud) en 1839, alors que le reste du pays appartient à l’empire ottoman.

En 1934, la Grande-Bretagne reconnaît le Yémen dirigé par l’imam zaïdite Yahya, « Roi du Yémen », comme Etat indépendant. Les Britanniques proclament un an plus tard Aden colonie de la couronne, avant de faire de l’arrière-pays un protectorat.

Le renversement de l’imamat zaïdite (branche du chiisme) dans le Nord puis l’intervention de l’Egypte favorisent la révolte armée contre les Britanniques en 1963. Le Yémen du Sud accède à l’indépendance en 1967.

La gauche prend le pouvoir au Sud et se rapproche du bloc soviétique alors que les modérés au Nord se réconcilient avec les royalistes sous l’égide de l’Arabie saoudite en 1970.

Après un premier conflit armé en 1972, le Yémen du Sud fusionne en 1990 avec le Nord, dirigé par Ali Abdallah Saleh, qui devient président de l’Etat unifié : la République yéménite.

Quatre ans plus tard, des séparatistes lancent une rébellion. Le conflit se solde par la victoire des troupes de Saleh.

Frontalière du Yémen du Nord, de l’Arabie saoudite et d’Oman, l’ancienne République du Sud-Yémen (336.869 km2) représente les deux tiers de la superficie du Yémen actuel.

Ce territoire n’est toutefois habité que par un cinquième de la population totale, estimée à 28 millions d’habitants.

Ses principales sources de revenus sont l’agriculture et la pêche.

Un bateau de pêcheurs navigue devant le port d’Hodeida. En arrière-plan, les immeubles détruits par la coalition soutenue par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, le 28 septembre 2018 (Crédit : AP/Hani Mohammed)

Ancien comptoir prospère de l’empire britannique et port marchand, ouvert aux influences extérieures, Aden était la capitale de l’ancien Yémen du Sud.

Après le départ des Britanniques en 1967, les socialistes marxisants qui ont pris le pouvoir perpétuent la tradition libérale de la ville.

Après la réunification en 1990, Sanaa, située dans le centre du pays, devient la nouvelle capitale.

En 2015, Aden est déclarée « capitale provisoire » par le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi, après que des rebelles Houthis, issus de la minorité zaïdite dans le nord, se furent emparés de vastes portions du territoire, dont Sanaa.

Depuis la réunification, les habitants du Sud se plaignent de discriminations de la part des nordistes.

En 2007-2008, des manifestations sur fond de revendications politiques et sociales rassemblent dans des villes du Sud des milliers de personnes, donnant naissance au « Mouvement sudiste », une coalition hétéroclite de groupes d’opposition regroupant d’anciens socialistes au pouvoir avant 1990 et des islamistes.

Ce mouvement est traversé par plusieurs courants, dont des indépendantistes et des modérés qui veulent une plus grande autonomie.

Un secouriste tente de retrouver des victimes des décembres d’un centre de détention Houthi détruit par des frappes aériennes menées par l’Arabie saoudite. Les frappes auraient tué au moins 60 personnes et fait plusieurs dizaines de blessés selon des officiels et le ministère de la Santé de rebelles, dans la province du sud-ouest de Dhamar, Yémen, le dimanche 1 septembre 2019. (AP Photo/Hani Mohammed)

En 2017, des tensions apparaissent entre séparatistes et gouvernement après le limogeage du gouverneur d’Aden, Aidarous al-Zoubaïdi, qui forme un Conseil de transition du sud (STC), une autorité parallèle dominée par les séparatistes.

Fin janvier 2018, des séparatistes se retournent contre les forces gouvernementales à Aden et assiègent le palais présidentiel. Une médiation de la coalition militaire, engagée contre les rebelles Houthis au nord et menée par Ryad, aboutit à la levée du siège.

La crise fait apparaître des divisions entre l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, un pilier de la coalition. Les Emirats ont entraîné une force appelée « Cordon de sécurité », considérée favorable aux séparatistes.

En août 2019, de nouveaux affrontements opposent à Aden éléments séparatistes et troupes gouvernementales.

Début novembre, un accord de partage du pouvoir est signé à Ryad. Il met fin aux affrontements, mais aucune de ses dispositions ne sera appliquée, hormis le retour du chef du gouvernement et de quatre ministres à Aden.

Des combattants loyaux au Conseil de transition du sud (STC), une autorité parallèle dominée par les séparatistes, rouvrent une voie rapide dans la province du sud d’Abyan, le 18 mai 2020. (Photo par Nabil HASAN / AFP)

Le 26 avril 2020, les séparatistes, qui accusent le gouvernement de ne pas avoir rempli ses obligations et d’avoir « conspiré » contre la cause du Sud, déclarent l' »autonomie » du Sud, brisant l’accord.

La déclaration d’autonomie, rejetée par l’Arabie saoudite mais aussi les Emirats, entraîne à partir du 11 mai des combats entre troupes progouvernementales et forces séparatistes dans la province d’Abyane, dans le sud du Yémen.

Le groupe Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) a profité de l’affaiblissement du pouvoir central pour renforcer son emprise dans le sud et le sud-est.

Les forces « Cordon de sécurité » ont joué un rôle déterminant dans les combats contre Al-Qaïda et le groupe Etat islamique (EI), qui ont été contraints de se retirer des villes.

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