Le tiers des suicides en Israël depuis 2000 concerne des immigrants
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Le tiers des suicides en Israël depuis 2000 concerne des immigrants

Les experts fustigent les réformes du système de soins de santé mentale et évoquent une pénurie de thérapeutes parlant russe et amharique

Illustration: Manifestation appellant à mettre fin à la discrimination contre les Israéliens d'origine éthiopienne, à Tel-Aviv le 18 mars 2015 (Photo: Judah Ari Gross / Times of Israel)
Illustration: Manifestation appellant à mettre fin à la discrimination contre les Israéliens d'origine éthiopienne, à Tel-Aviv le 18 mars 2015 (Photo: Judah Ari Gross / Times of Israel)

Environ un tiers des suicides en Israël entre 2000 et 2013 étaient des immigrants, selon un rapport présenté mercredi à la commission de l’Immigration et de l’Intégration de la Knesset.

Parmi les 4 806 suicides recensés durant cette période, 1 658 (34,5 %t), ont été commis par des immigrants âgés de 15 ans ou plus.

L’étude, préparée par la Knesset et le Centre de Recherche et d’Information Center, a noté que le quart de ceux qui ont atteint à leurs vies durant cette période étaient des immigrants de l’ancienne Union soviétique, tandis que 8 % etaient originaires d’Ethiopie.

Le débat de mercredi à la Knesset était centré sur la qualité des soins de santé mentale dispensés aux nouveaux immigrants. Les soins de santé mentale sont désormais dispensés aux patients par leur caisses d’assurance maladie, à la suite de réformes récentes.

Selon les réformes, les subventions de l’Etat pour les soins de santé mentale ont été réduits et les emplois dans les établissements de santé mentale de l’Etat ont été gelés, un mouvement qui a conduit à un arrêt complet dans le recrutement de nouveaux professionnels de santé mentale.

Les psychologues et travailleurs sociaux dans le secteur public sont actuellement en grève pour protester contre les réformes, qui disent-ils nuisent tant aux soignants qu’aux patients.

Le président de la commission de la Knesset, le député du Likud Avraham Nagusa d’origine éthiopienne, a déclaré qu’alors que les réformes visaient à rendre les soins plus accessibles, il a produit l’effet contraire dans les cas où les patients nécessitent un traitement à court terme.

« Beaucoup d’immigrants éprouvent une crise de l’immigration, mais ils ont peur d’être étiquetés comme ayant des problèmes de santé mentale», a déclaré Nagusa.

« Ils évitent donc les traitements, en particulier parce qu’ils ne peuvent pas se permettre le coût des soins privés de santé mentale. Selon les données [dans l’étude], il n’y a pas de traducteurs dans les caisses d’assurance maladie, et les immigrants éprouvent des difficultés à recevoir un traitement après les réformes. Le ministère de la Santé et les caisses d’assurance maladiedoivent immédiatement recruter des thérapeutes qui parlent des langues [étrangères] ».

Le ministère de l’Immigration et de l’Intégration avait annoncé par le passé l’investissement de 5 millions de shekels (1,2 million d’euros) pour financer 11 travailleurs sociaux de langue amharique dans les dispensaires de santé mentale du ministère de la Santé. Mais les données du ministère de la Santé montrent que seulement 9 ont été recrutés, et qu’ils sont employés sur une base à temps partiel.

La députée de l’Union sioniste Ksenia Svetlova, elle-même immigrante de l’ex-Union soviétique, a évoqué devant la commission les difficultés impliquées dans le passage d’un pays à l’autre. Le déménagement peut être traumatisant pendant des années, a-t-elle dit.

Le député juif Dov Khenin de la Liste arabe unie a dit que les immigrants étaient « les victimes de cette réforme. »

Asher Rachamim, du Centre israélien de trauma, a établi un lien entre ce rapport et le rapport sur la pauvreté de l’Institut national d’assurance, également rendu public mercredi.

« Nous ne devrions pas ignorer le fait que dans chaque maison il y a au moins une personne avec un état mental complexe. Les familles ne savent pas comment y faire face, et ceux qui ne peuvent pas voir le lien entre un état mental et des conditions de pauvreté manquent un point important », a-t-il dit.

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