Les défis économiques du prochain gouvernement
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Les défis économiques du prochain gouvernement

Entre investissements dans les transports et baisse du déficit budgétaire : les enjeux sont nombreux pour le prochain gouvernement

Les voies ferrées et l'autoroute Ayalon dans le centre de Tel Aviv, avec les tours Azrieli en toile de fond, le 18 décembre 2017. (Miriam Alster/Flash90)
Les voies ferrées et l'autoroute Ayalon dans le centre de Tel Aviv, avec les tours Azrieli en toile de fond, le 18 décembre 2017. (Miriam Alster/Flash90)

« Je ne veux ni effrayer, ni déprimer personne, mais en tous points – question économie ou sécurité – nous sommes effectivement dans une situation de crise », a averti Avigdor Liberman cette nuit.

S’il a été peu question d’économie lors de la campagne, le bilan de Netanyahu au poste de Premier ministre peut, sur ce point, interroger. Alors que le Premier ministre répète qu’il a fait de l’économie israélienne « une énorme réussite », les chiffres montrent une réalité différente, et dont les Israéliens paient aujourd’hui le prix fort.

La pauvreté reste ainsi préoccupante dans le pays – selon l’agence nationale de la sécurité sociale, près de 1,8 million sur les 9 millions d’habitants du pays vivent sous le seuil de pauvreté. Une pauvreté qui se retrouve principalement chez les Arabes israéliens et les ultra-orthodoxes. Si le salaire moyen reste élevé – 10 600 shekels (2 650 euros) –, deux tiers de la population gagnent beaucoup moins.

Alors que le coût de la vie en Israël est, à tous les niveaux, plus élevé que dans les pays de l’OCDE selon le Centre d’information et de recherche de la Knesset, les Israéliens contractent toujours plus d’emprunts pour y faire face – l’endettement des ménages a plus que doublé au cours de la dernière décennie, selon la Banque d’Israël.

Certes, certains secteurs de l’économie israélienne connaissent un véritable essor – en particulier les nouvelles technologies, secteur qui fournit 8,4 % des emplois et contribue à 15 % du PIB. Mais, dans ceux plus traditionnels, la productivité est bien plus faible et les salaires beaucoup moins élevés. Le chômage reste néanmoins très bas (3,7 % en juillet dernier) – une tendance baissière, comme dans les autres pays de l’OCDE.

En marge de cela, le déficit public – le dépassement des dépenses – s’aggrave sans cesse, et a atteint 3,9 % du PIB cette année, selon le ministère des Finances israélien, dépassant largement l’objectif annuel de 2,9 % fixé par le Trésor public, qui avait réussi à être respecté en 2018. Une hausse des impôts peut ainsi paraitre nécessaire – et prévisible.

Les données montrent que le déficit cumulé a atteint 21,9 milliards de shekels (5,5 milliards d’euros) pour le premier semestre 2019. Le déficit cumulé pour la même période en 2018 s’élevait à 7,8 milliards de shekels (1,9 milliards d’euros). Israël s’est fixé un objectif de déficit budgétaire annualisé pour l’année de 40,2 milliards de shekels.

Ces chiffres avaient été publiés en juin, quelques jours après l’approbation par le Cabinet d’une réduction générale de 1,2 milliard de shekels (300 millions d’euros) du budget national visant à réduire l’explosion du déficit.

Le plan impopulaire du ministère des Finances de réduire de 1,75 % les budgets ministériels quelques mois avant une nouvelle élection avait suscité l’opposition des législateurs et des ministres, dont les ministères seraient touchés par les mesures d’austérité – ce qui est désormais le cas du ministère des Affaires étrangères israélien.

La dette publique a également augmenté cette année, atteignant 61,5 % du PIB, selon le site Coface, contre 60,9 % en 2017 (et 62,3 % en 2016).

Certes, en termes de PIB par habitant, Israël a enregistré des résultats impressionnants au cours de la dernière décennie. Selon les données de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le PIB par habitant d’Israël a augmenté de près de 45 % pendant cette période, passant de 27 500 dollars en 2009 à environ 40 000 dollars en 2018. D’autres États membres de l’OCDE ont noté une augmentation moyenne plus modérée de 34 %, passant de 34 000 à 45 600 dollars.

Mais, ce taux de croissance est-il une performance extraordinaire ? Pas nécessairement.

Israël, avec son taux de natalité élevé et son pic d’immigration dans les années 1990, n’est pas comparable aux pays européens établis et développés, qui éprouvent plus de difficultés à afficher une croissance économique substantielle. Quoi qu’il en soit, le PIB par habitant d’Israël est encore inférieur de près de 6 000 dollars à la moyenne de l’OCDE.

Israël représente un modèle mixte entre les pays européens établis et développés et les pays en développement comme la Chine et l’Inde, dont le point de départ inférieur leur a permis d’afficher des taux de croissance annuels impressionnants – parfois supérieurs à 10 % – au cours des dernières décennies.

Parmi les membres de l’OCDE, ce point peut être illustré si l’on considère les anciens pays communistes d’Europe de l’Est. Le PIB par habitant de la Lettonie, par exemple, a augmenté de 81,5 % au cours de la dernière décennie, tandis que le taux de croissance de la Lituanie s’élève à 95 %. C’est pourquoi les deux sont plus proches d’Israël avec cette considération qu’ils ne l’étaient il y a une décennie. Un autre exemple est l’Irlande, qui reprend le même schéma.

Selon le rapport de l’OCDE sur la réforme économique de 2019, si Israël a affiché un taux de croissance supérieur à la moyenne de l’OCDE, l’écart entre son PIB par habitant et celui de la moitié la plus forte des États membres de l’OCDE est resté inchangé en raison de la faible productivité du travail.

Les enjeux sont ainsi nombreux pour le prochain gouvernement. Selon le FMI et l’OCDE, afin qu’Israël se maintienne sur le plan économique, le pays doit investir en priorité dans les transports : l’engorgement perpétuel d’Israël coûte à l’économie des dizaines de milliards de shekels par an et, d’ici 2030, l’économie pourrait perdre 74 milliards de shekels (18,5 milliards d’euros) en heures de travail à cause des embouteillages. L’éducation est également un secteur concerné.

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