Netanyahu est-il un magicien de l’économie ? Les chiffres disent autre chose
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Netanyahu est-il un magicien de l’économie ? Les chiffres disent autre chose

Le Premier ministre répète qu'il a fait de l'économie israélienne "une énorme réussite". Les chiffres montrent une réalité différente, et dont les Israéliens paient le prix fort

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la réunion annuelle du Forum économique mondial (World Economic Forum - WEF), le 25 janvier 2018 à Davos, en Suisse. (AFP Photo/Fabrice Coffrini)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la réunion annuelle du Forum économique mondial (World Economic Forum - WEF), le 25 janvier 2018 à Davos, en Suisse. (AFP Photo/Fabrice Coffrini)

Samedi, Benjamin Netanyahu a fêté un mandat cumulé de 13 ans et 128 jours en tant que Premier ministre d’Israël – un jour de plus que David Ben Gurion, le premier Premier ministre du pays et considéré son père fondateur.

Cette longévité remarquable suscite la curiosité à l’égard de l’héritage de Netanyahu, et sur ce que le public se rappellera de lui.

Mais parmi les réalisations dont il est particulièrement fier, et pour lesquelles il recueille un large soutien, figure l’essor de l’économie israélienne.

Lors de la dernière Israel Business Conference, qui s’est tenue à Jérusalem en décembre, Netanyahu a parlé de l’impossibilité qu’Israël puisse connaître une série de manifestations de gilets jaunes – une référence au mouvement politique populaire de justice économique, dont les membres ont organisé en octobre 2018 de grandes manifestations en France – disant « Vous savez pourquoi ces types de manifestations ne se produisent pas [en Israël] ? Parce que les gens connaissent la vérité. L’économie israélienne est un énorme succès. »

Il y a eu des manifestations de gilets jaunes en Israël. Sans violence et plus éphémères.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (2G) en compagnie d’Angel Gurria (2D), Secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 31 janvier 2016. (Kobi Gideon/GPO)

Mais l’économie israélienne est-elle vraiment l’histoire d’une réussite en plein essor que revendique et que l’on crédite généralement à Netanyahu ? Les données de la dernière décennie révèlent une réalité différente, celle que l’Israélien moyen ressent chaque jour, et qu’il est douteux que Netanyahu veuille revendiquer comme étant de sa faute.

PIB : En plein essor ou à la traîne ?

En termes de PIB par habitant, Israël a enregistré des résultats impressionnants au cours de la dernière décennie. Selon les données de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le PIB par habitant d’Israël a augmenté de près de 45 % pendant cette période, passant de 27 500 dollars en 2009 à environ 40 000 dollars en 2018. D’autres États membres de l’OCDE ont noté une augmentation moyenne plus modérée de 34 %, passant de 34 000 à 45 600 dollars.

S’agit-il d’une performance extraordinaire ? Pas nécessairement.

Israël, avec son taux de natalité élevé et son pic d’immigration dans les années 1990, n’est pas comparable aux pays européens établis et développés, qui éprouvent plus de difficultés à afficher une croissance économique substantielle. Quoi qu’il en soit, le PIB par habitant d’Israël est encore inférieur de près de 6 000 dollars à la moyenne de l’OCDE.

Croissance du PIB par habitant en 2009-2018.

Israël représente un modèle mixte entre les pays européens établis et développés et les pays en développement comme la Chine et l’Inde, dont le point de départ inférieur leur a permis d’afficher des taux de croissance annuels impressionnants – parfois supérieurs à 10 % – au cours des dernières décennies.

Parmi les membres de l’OCDE, ce point peut être illustré si l’on considère les anciens pays communistes d’Europe de l’Est. Le PIB par habitant de la Lettonie, par exemple, a augmenté de 81,5 % au cours de la dernière décennie, tandis que le taux de croissance de la Lituanie s’élève à 95 %. C’est pourquoi les deux sont plus proches d’Israël avec cette considération qu’ils ne l’étaient il y a une décennie.

Un autre exemple est l’Irlande : jusqu’à il y a 25 ans, son économie était en ruines, mais son taux de reprise dans les années 1990 et au cours de la décennie précédente a été si élevé qu’elle a été surnommée le « Tigre celtique ». Ces dernières années, l’Irlande connaît à nouveau un bond économique majeur et son PIB par habitant est passé de 52 100 dollars en 2009 à 79 500 dollars en 2018. En 2020, le PIB par habitant de l’Irlande devrait se situer autour de 85 000 dollars.

A titre d’illustration : Un tableau affichant les fluctuations boursières à la Bourse de Tel Aviv. (Moshe Shai/FLASH90)

Selon le rapport de l’OCDE sur la réforme économique de 2019, si Israël a affiché un taux de croissance supérieur à la moyenne de l’OCDE, l’écart entre son PIB par habitant et celui de la moitié la plus forte des États membres de l’OCDE est resté inchangé en raison de la faible productivité du travail.

Si tel est le cas, peut-être qu’une comparaison avec les chiffres de croissance d’Israël avant la dernière décennie peut révéler une impressionnante réussite de Netanyahu ?

Ici aussi, la réponse est non. Alors qu’entre 2002 et 2008, le PIB par habitant du pays a augmenté de 2,3 % par an, il semble qu’entre 2012 et 2018, le taux de croissance d’Israël n’a augmenté que de 1,7 %.

Dans une perspective à long-terme, les années au pouvoir de Netanyahu peuvent être caractérisées par une croissance moyenne, et bien qu’elles soient exemptes de baisses majeures, comme la crise d’inflation des années 1980 ou la Seconde Intifada, qui a frappé l’économie de 2000 à 2005, elles sont également dépourvues de tout pic de performance majeur, comme on l’a constaté après la guerre des Six Jours de 1967, au début des années 1990 ou au cours d’une partie de la décennie précédente.

Le produit intérieur brut par habitant est mesuré à l’aide de plusieurs repères. Ceux fixés par le Fonds monétaire international (FMI), les Nations unies et la Banque mondiale classent Israël aux 21e et 22e rangs – une performance respectable sur une liste comprenant 190 pays. Mais lorsqu’on évalue le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat (PPA), Israël glisse vers les 32-37 places, ce qui signifie que notre argent ne va pas aussi loin que nous le pensons.

Croissance du PIB par habitant dans les pays d’Europe qui se renforcent.

Prenons l’exemple de l’Espagne. Netanyahu a regardé de haut la performance économique de Madrid à de nombreuses reprises au cours de la dernière décennie étant donné qu’elle se classait au 31e rang du PIB mondial (nominal) par habitant. Cependant, si l’on traduit les chiffres de l’Espagne en PPA, elle grimpe d’une place dans le classement pour dépasser Israël, qui passe de la 21e à la 34e place. La disparité est de 3 500 dollars en faveur de l’Espagne.

Il y a un an, Netanyahu se vantait qu’Israël avait surpassé le Japon en termes de PPA, mais les chiffres fixent en fait le pouvoir d’achat moyen des Japonais à 44 200 dollars par an, contre seulement 38 000 dollars pour l’Israélien moyen, soit une différence de plus de 6 000 dollars.

Les données de l’OCDE montrent que le pouvoir d’achat des Israéliens a augmenté de 50 % depuis le milieu des années 1990 – moins qu’en Bulgarie, en Lettonie, en Irlande et en Estonie, où les PPA ont presque triplé. Dans d’autres pays développés comme l’Islande, la Finlande, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, le PPA a également dépassé celui d’Israël, quoique légèrement.

Gros plan sur la monnaie israélienne, Jérusalem. (Orel Cohen / Flash90)

La croissance de la parité du pouvoir d’achat qui a eu lieu en Israël n’est pas un phénomène nouveau dont Netanyahu peut s’attribuer le mérite. En fait, il y a 30 ou 40 ans, de nombreuses familles israéliennes étaient financièrement équilibrées et étaient propriétaires de leur maison, malgré le fait qu’un seul conjoint travaillait. Le shekel s’étirait simplement plus loin à l’époque. L’argent valait beaucoup plus qu’aujourd’hui.

Puis, un nouveau concept a été introduit : le coût élevé de la vie.

La vie chère

Selon le Centre d’information et de recherche de la Knesset, le coût de la vie en Israël est 25 % plus élevé que dans les pays de l’OCDE en ce qui concerne l’alimentation et presque 70 % plus élevé pour les produits laitiers et les œufs. En ce qui concerne l’ameublement et les appareils ménagers, les prix y sont supérieurs de 34 % à la moyenne de l’OCDE. Les coûts de transport sont 30 % plus élevés, les restaurants et les hôtels sont 29 % plus chers que dans les pays de l’OCDE, et les Israéliens dépensent 20 % de plus pour la santé et 18 % de plus pour la culture et les activités de divertissement.

Les taxes qu’Israël impose sur les véhicules neufs et les carburants sont parmi les plus élevées au monde. Selon Numbeo, une base de données mondiale sur les prix à la consommation qui compare le coût de la vie dans divers pays, le prix du carburant en Israël est le quatrième plus élevé au monde et le prix d’une voiture neuve est le cinquième plus élevé au monde.

Fait crucial, au cours de la dernière décennie, le prix des maisons a presque doublé en Israël. Selon l’indice des prix du Bureau central des statistiques, le coût du logement représente 34,3 % des dépenses totales des ménages, contre 15,3 % dans l’Union européenne, ce qui est l’illustration la plus claire du lourd fardeau supporté par les Israéliens.

Alors, comment les Israéliens font-ils face au coût élevé de la vie ? Ils contractent des emprunts.

PIB par habitant par rapport au pouvoir d’achat en 2018.

Selon le Taub Center for Social Policy Studies en Israël, « le crédit net (prêts moins épargne) a fortement chuté, passant de 27,1 % du PIB en 2000 à 10,7 % en 2009. Cette tendance s’est ensuite inversée et le crédit net a atteint 23,4 % du PIB en 2017. »

Selon la Banque d’Israël, alors que l’endettement des ménages a plus que doublé au cours de la dernière décennie, le revenu disponible n’a augmenté que de 50 %, ce qui donne à penser que tous les emprunteurs ne seront pas en mesure de les rembourser.

Augmentation des salaires, inférieure à la moyenne

Une statistique encourageante est l’augmentation des salaires. Selon le Centre Taub, entre 2012 et 2017, les salaires versés aux employés israéliens dans les deux déciles inférieurs ont augmenté de 19 %, grâce à l’augmentation du salaire minimum et de l’impôt négatif sur le revenu. Les salaires des employés des cinquième et sixième percentiles ont augmenté de 22 %. Mais même aujourd’hui, seul un tiers environ des Israéliens gagne plus que le salaire mensuel moyen en Israël, qui s’élève actuellement à 10 600 shekels (2 650 euros). Les autres ont du mal à participer à la fête de la consommation.

Selon les données de l’Administration fiscale de l’État pour 2017, cette disparité explique pourquoi les trois déciles les plus élevés ont payé 95 % des recettes fiscales totales de l’État, alors que 55 % des employés n’ont même pas touché un revenu imposable.

Taux de chômage moyen dans les pays développés.

En ce qui concerne le taux de chômage – Netanyahu se vante fréquemment que les politiques de ses gouvernements ont réduit le chômage en Israël à son plus bas niveau en 40 ans, de 7,5 % en 2009 à 4,3 % début 2019. Personne ne conteste qu’il s’agit d’une performance digne de ce nom, mais là aussi, c’est une tendance mondiale. Les taux de chômage dans les pays membres de l’OCDE ont également diminué, passant d’une moyenne de 8,1 % en 2009 à 5,3 % en 2019.

Coup de chance

Netanyahu n’a pas inventé l’Internet ou les téléphones cellulaires, pas plus qu’il n’a inventé le concept de billet d’avion à bas coût ou les achats en ligne. Il n’est pas seul responsable de la baisse mondiale des prix de l’électronique grand public ni de l’abondance de choix qui s’offre aux consommateurs des pays développés. Il a cependant eu la chance d’accéder à des postes de pouvoir à l’ère de la mondialisation et de la technologie, où le niveau de vie s’est considérablement amélioré dans le monde entier.

Netanyahu peut être crédité pour avoir poursuivi des politiques faisant preuve de responsabilité fiscale, c’est-à-dire celles qui préservent les données macroéconomiques.

Au cours de la dernière décennie, le ratio dette/PIB d’Israël est passé d’environ 75 % à 60 % du PIB, et sa cote de crédit internationale s’est améliorée en conséquence. Début 2019, l’agence de notation internationale Standard & Poor’s a attribué à Israël une note record de AA-, à quatre échelons seulement de la note maximale AAA.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et la vice-Première ministre chinoise Liu Yandong à Pékin, le 21 mars 2017. (Crédit : Haim Zach/GPO)

La question demeure de savoir si des données macroéconomiques solides signifient nécessairement que l’économie est en bonne santé. La réponse est complexe, mais l’essentiel est à la fois oui et non.

Oui, parce que l’État doit se méfier de l’insolvabilité, de la hausse du prix du crédit ou de l’incapacité de garantir le crédit. Non, car un endettement élevé ne comporte pas toujours des risques et il est parfois préférable de l’utiliser pour investir dans l’avenir.

Alors que la dette d’Israël représente environ 60 % du PIB, soit environ 800 milliards de shekels (200 milliards d’euros), la dette moyenne dans les pays développés représente 108 % du PIB.

Comme Israël se définit lui-même comme un État providence, la question demeure : vaut-il mieux faire des coupes douloureuses pour faire face au budget de l’État ou contracter des prêts à long terme jusqu’à ce que les investissements qu’Israël fait dans divers secteurs commencent à porter leurs fruits ?

Show us the money!

Netanyahu, semble-t-il, préfère l’approche des coupes douloureuses et, en tant que ministre des Finances, il a considérablement réduit les budgets alloués aux services sociaux et aux allocations sociales. Les implications vont ici au-delà du bien-être en soi, car de telles mesures sapent également le capital humain et étouffent les moteurs de la croissance.

Prenons, par exemple, la question de la gratuité de l’éducation de la petite enfance jusqu’à l’âge de 3 ans (la plus récente promesse électorale du chef du Parti démocrate israélien Ehud Barak). Le consensus dans les pays développés est que des investissements de qualité en faveur des tout-petits accélèrent leur développement et réduisent les écarts sociaux, éducatifs et économiques.

Israël, cependant, investit le moins dans chaque enfant, soit seulement 22 % de l’investissement moyen des États membres du bloc, soit 2 700 dollars par an contre 12 300 dollars. Le résultat : Seuls 120 000 des quelque 500 000 tout-petits de moins de trois ans en Israël bénéficient de crèches supervisées et subventionnées par l’État.

Au début des années 2000, une commission parlementaire a été créée dans le but de jeter les bases des réformes du système éducatif israélien. Dirigé par le directeur général de la Division de la planification des politiques du Cabinet du Premier ministre Ehud Prawer, le panel a noté que dans les pays de l’OCDE, des soins de qualité pour les tout-petits sont perçus comme « le moyen le moins cher et le plus efficace de traiter les difficultés et de prévenir la formation des obstacles au développement ». L’OCDE a également constitué un groupe de travail spécial chargé de superviser l’éducation jusqu’à l’âge de 3 ans.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors de la célébration du Jour de l’indépendance américaine à Jérusalem, le 2 juillet 2019. (Marc Israel Sellem/POOL)

Étant donné l’investissement lamentable d’Israël en faveur des tout-petits, les rapports de l’OCDE sur cette question donnent une mauvaise impression. Très mauvaise.

Si Israël est en effet la réussite économique vigoureuse comme le prétend Netanyahu, pourquoi ne peut-il pas trouver 3 milliards de shekels par an (750 millions d’euros) pour améliorer considérablement l’avenir d’un demi-million de jeunes enfants ? Comment se fait-il qu’un pays qui s’enorgueillit d’un PIB de 1,3 milliard de shekels (325 millions d’euros) ne puisse atteindre un objectif aussi fondamental ?

A LIRE : L’encadrement de la petite-enfance commence à peine à évoluer en Israël

Le résultat du faible investissement dans l’éducation de la petite enfance et d’une foule d’autres problèmes affectant le système éducatif dans son ensemble est révélé à maintes reprises dans les tests de performance internationaux standard, ainsi que dans les rapports de l’OCDE sur la productivité du travail en Israël – salaire horaire moyen des employés.

Dans un rapport publié il y a quelques jours à peine, l’OCDE a constaté que la productivité du travail en Israël était inférieure de près de 40 % de celle des autres pays développés.

Dépenses en services sociaux en pourcentage du PIB.

Des études menées par le professeur Dan Ben-David, chercheur principal au Département des politiques publiques de l’Université de Tel Aviv et président de la Shoresh Institution for Socioeconomic Research, ont montré que la tendance en Israël est négative : il y a 40 ans, chaque travailleur israélien produisait 5,4 dollars de moins par heure que le travailleur moyen des pays du G-7, mais au milieu des années 2000, cet écart avait atteint 17,2 dollars – mais Israël n’investit encore que la moitié de ce que l’OCDE investit dans la formation professionnelle.

Le G-7 représente les sept plus grandes économies du monde, qui génèrent ensemble 58 % de la richesse nette mondiale. Il comprend le Canada, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, le Royaume-Uni et les États-Unis.

Une question similaire se pose en ce qui concerne la manière dont Israël traite la pauvreté. Les rapports de l’OCDE sur cette question sont loin d’être flatteurs, car ils montrent que 18 % de toutes les familles et 23 % de tous les enfants israéliens vivent sous le seuil de pauvreté. Ces chiffres sont similaires à ceux constatés en 2009 et constituent un échec évident de la part de Netanyahu.

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La légère amélioration des taux de pauvreté au cours des dernières années peut être attribuée principalement à la Fédération des travailleurs de la Histadrout et à ses partenaires de la Knesset, qui ont lutté pour augmenter le salaire minimum.

D’autres exemples des échecs économiques de Netanyahu concernent les pensions de vieillesse et les prestations d’invalidité, car ceux qui les reçoivent ne parviennent pas à joindre les deux bouts. Comment se fait-il qu’Israël, dont Netanyahu affirme qu’il a tant de succès, ne parvienne pas à satisfaire les besoins de ses citoyens ?

L’ex-Premier ministre élu Benjamin Netanyahu réagit lors d’une réunion du Likud à Jérusalem pour discuter du nouveau gouvernement de coalition, le 5 juin 1996. (Menahem KAHANA / AFP FILES)

D’autres prestations, comme le chômage, sont également beaucoup moins généreuses que dans les pays développés. Selon un rapport de 2018 de l’Institut national d’assurance, les dépenses d’aide sociale par habitant d’Israël sont inférieures de 58 % à la moyenne de l’OCDE – environ 5 000 dollars par an, contre 7 800 dollars. Dans la plupart des pays européens, les dépenses sociales se situent généralement autour de 10 000 dollars.

Tout cela indique que le succès économique d’Israël, en grande partie grâce à son secteur de la haute technologie, le place au 35e rang par rapport au niveau de vie mondial. Le PIB par habitant est plus élevé, mais le coût de la vie, les inégalités et la faiblesse des investissements publics dans la protection sociale et les services publics entravent considérablement cette réussite.

Des millions perdus dans les embouteillages

Les échecs de Netanyahu vont au-delà de l’augmentation de la dette publique en faveur de meilleurs services publics. Ils impliquent également d’éviter les questions qui sont cruciales pour le développement économique d’Israël.

L’exemple le plus flagrant est l’engorgement perpétuel d’Israël, qui coûte à l’économie des dizaines de milliards de shekels par an. Un récent rapport du contrôleur de l’Etat Yossef Shapira sur les transports publics cite une étude selon laquelle, d’ici 2030, l’économie perdra 74 milliards de shekels (18,5 milliards d’euros) en heures de travail à cause des embouteillages.

Par ailleurs, les accidents et le gaspillage de carburant sont considérés comme une part viable du PIB, ce qui crée une fausse représentation de la croissance et, par conséquent, creuse l’écart entre un PIB élevé et un faible pouvoir d’achat. Si l’on considère que les autoroutes israéliennes sont 3,5 fois plus encombrées que la moyenne de l’OCDE et que l’utilisation des transports publics est faible, elle s’accumule en sommes importantes.

Netanyahu ne peut se soustraire à sa responsabilité pour la stratégie de transport erronée promue par le ministre Israel Katz. La priorité accordée aux véhicules privés plutôt qu’aux transports publics efficaces et la lourde promotion des infrastructures de ces derniers ont causé des centaines de milliards de shekels de dommages à l’économie israélienne au cours de la dernière décennie, et ont eu un effet négatif sur la qualité de vie de la population.

La stagnation de la croissance du secteur de la haute technologie au cours de la dernière décennie est également de la responsabilité de Netanyahu, de même que la crise du logement social. Il est également responsable d’autres échecs économiques, comme la poursuite de la banlieusardisation qui ronge les espaces ouverts, la lenteur insurmontable de l’introduction des énergies renouvelables bon marché et du gaz naturel, et les dizaines de milliards de shekels en avantages fiscaux offerts aux grandes entreprises, au détriment des petites et moyennes entreprises.

Vue brumeuse sur Tel Aviv alors qu’une tempête de poussière couvre la ville, le 4 novembre 2015. (Miriam Alster/Flash90/File)

Au-delà des questions stratégiques, ce qui illustre peut-être le fossé considérable entre l’image d’Israël et la réalité, c’est peut-être le conflit du travail qui se joue au ministère des Affaires étrangères, qui est le plus poignant. La semaine dernière, les employés du ministère ont annoncé leur intention de déclencher une grève, avertissant qu’ils ne s’occuperaient pas des voyages du Premier ministre à l’étranger tant que leurs préoccupations concernant les importantes réductions budgétaires auxquelles le ministère est confronté ne seront pas réglées.

Selon Haaretz, la réduction en question s’élève à 350 millions de shekels (87,5 millions d’euros) et, jusqu’ici, elle a eu des résultats absurdes. Le ministère a suspendu les paiements à une vingtaine d’organisations internationales dont Israël est membre, les ambassadeurs et autres diplomates doivent rester en Israël parce que le ministère n’a pas les moyens de payer les billets d’avion, et les manifestations, telles que les célébrations du Yom HaAtsmaout, ne sont organisées dans les ambassades que si elles sont financées par des donateurs.

Les diplomates décrivent une réalité dans laquelle ils n’ont pas de budget de voyage pour les voyages en train et aucun budget pour les réceptions des officiels avec qui ils sont en contact. Cela coûte cher à Israël, car une part importante du travail du ministère des Affaires étrangères se concentre sur la promotion des liens économiques.

« Nous sommes comme une grande famille qui vit en dessous du seuil de pauvreté. Nous ne savons pas où nous trouverons le peu d’argent dont nous aurons besoin pour survivre le jour suivant », a déclaré un ambassadeur la semaine dernière.

Dimanche, la grève a été évitée, pour l’instant, grâce à la signature d’un accord qui prévoit une augmentation importante de la budgétisation ainsi qu’un accord visant à imposer la moitié de l’allocation mensuelle que les diplomates reçoivent pour leurs dépenses plutôt que le montant total.

Ce genre de différends n’est pas la façon dont une puissance économique devrait gérer ses affaires. Il s’agit d’un pays dont le dirigeant peut simplement mettre à l’écart un ministère important pour des raisons peu claires, allant d’une tentative de saper l’autorité à un échec de gestion. Un tel comportement porte directement atteinte à des intérêts économiques vitaux et nuit à l’image d’Israël, donnant l’impression que le pays en démarrage est en faillite et pauvre.

Cet article a été adapté d’une version publiée par Zman Yisrael, le site en hébreu de The Times of Israel.

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