Les longs pics de canicule pourraient devenir plus réguliers, selon une experte
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Les longs pics de canicule pourraient devenir plus réguliers, selon une experte

La région méditerranéenne se réchauffe plus vite que le reste du monde ; un plan d'action en 31 points, qui permettrait à Israël de s'adapter, n'a toujours pas été financé

Les Israéliens sur une plage de Tel Aviv, contrevenant aux règles instaurées pour stopper la propagation du coronavirus, le 16 mai 2020 (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
Les Israéliens sur une plage de Tel Aviv, contrevenant aux règles instaurées pour stopper la propagation du coronavirus, le 16 mai 2020 (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

La vague de chaleur qui a envahi Israël la semaine dernière était peut-être la plus longue jamais enregistrée, avec ses températures torrides étendues sur six jours.

Si les scientifiques sont réticents à associer un épisode unique au phénomène du dérèglement climatique, une experte en climatologie et en changements climatiques a déclaré qu’il était probable que de tels pics de canicule deviennent plus fréquents à l’avenir.

La professeure Hadas Saaroni, du département de géographie et d’environnement de l’université de Tel Aviv, a expliqué au Times of Israël que l’idée n’était pas de s’intéresser aux événements isolés, mais de regarder l’image dans son ensemble.

Hadas Saaroni pense que les changements dans la fréquence, l’intensité et la durée des phases de températures extrêmes sont remarquables et liés aux changements climatiques, et Israël est susceptible de subir plus fréquemment des pics de chaleur comme celui qui s’est terminé vendredi.

La région méditerranéenne dans son ensemble est un épicentre du réchauffement climatique, puisqu’elle s’est réchauffée d’environ 1,5 °C depuis l’époque préindustrielle, soit 20 % de plus que la moyenne mondiale.

La professeure Hadas Saaroni, experte en climatologie et en changements climatiques au département de géographie et d’environnement de l’université de Tel Aviv, (Capture d’écran)

L’experte en climatologie a expliqué que ce réchauffement au-dessus des normales de saison était particulièrement remarqué durant l’été israélien et était lié aux changements complexes dans les systèmes de circulation d’air.

Lors de la vague de chaleur de la semaine dernière, du 16 au 22 mai, certaines zones du pays ont enregistré des températures dépassant les 45 degrés. Cette canicule a fait trois morts, nécessité l’évacuation de plusieurs résidents en raison de feux de forêt, battu un record de consommation d’électricité pour mai et causé l’annulation de certains cours en raison de la difficulté à porter un masque – requis à l’école pour cause de coronavirus – sous cette chaleur.

Selon Hadas Saaroni, cette canicule est imputable à deux facteurs.

La pression élevée dans les parties supérieures de l’atmosphère a entraîné la chaleur sèche vers le sol, où elle s’est comprimée et réchauffée.

Parallèlement, un phénomène appelé « dépression de la mer Rouge » a apporté des vents chauds et secs des terres au sud et à l’est d’Israël, bloquant les vents d’ouest qui créent les vagues en mer Méditerranée et suscitent généralement un rafraîchissement, ainsi que de l’humidité, aux zones situées le long de la côte.

La mer Méditerranée était calme lorsque les plages ont officiellement rouvert, le 20 mai 2020. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

C’est parce que les vents d’est bloquaient ceux d’ouest que la Méditerranée était si calme pendant la vague de chaleur et que l’air était si sec sur le littoral.

Un rayonnement solaire intense et une absence presque totale de couverture nuageuse ont aggravé la chaleur.

« Il est important de souligner l’impact de ces vagues de chaleur et de ne pas oublier le changement climatique à cause du coronavirus », souligne Hadas Saaroni.

« Dans des conditions comme celles-ci, le risque de feux de forêt est extrêmement élevé. L’incendie de la forêt du Carmel en 2010 (qui a coûté la vie à 44 personnes) a été précédé par une longue dépression de la mer Rouge, même si les températures étaient plus basses. Nous sommes mieux préparés aujourd’hui, mais la situation va devenir de plus en plus dangereuse ».

S’adapter est crucial

La capacité de ce petit pays à atténuer le réchauffement climatique est extrêmement limitée, bien que la réduction de sa dépendance aux combustibles fossiles pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre et la pollution de l’air serait extrêmement bénéfique pour la santé publique.

La clé, selon Sinaia Netanyahu, ancienne responsable scientifique du ministère de la Protection de l’environnement, est l’adaptation.

En décembre 2017, peu avant de quitter le ministère (un poste resté vacant depuis), elle avait présenté des recommandations pour un plan national d’adaptation au changement climatique et aux événements climatiques extrêmes – un ouvrage volumineux et le fruit de plusieurs années de travail impliquant des universitaires et des hauts fonctionnaires de ministères, de gouvernements locaux et d’une multitude d’organisations.

L’ancienne scientifique en chef au ministère de la Protection de l’environnement, Sinaia Netanyahu. (Crédit : GPO)

Le document est axé sur cinq objectifs principaux : réduire les dégâts causés aux personnes et aux biens, renforcer la résilience des systèmes naturels, consolider la base des connaissances scientifiques, sensibiliser et éduquer le public et promouvoir l’innovation technologique.

Il se décline en 31 plans d’action. Ceux-ci comprennent la préparation ou la mise à jour de la législation ainsi que des plans nationaux et locaux de préparation aux catastrophes naturelles ; la garantie de l’utilisation de cultures capables de résister à la pression climatique ; la conservation de l’eau et des sols ; la réhabilitation des cours d’eau et la prévention de la pollution ; l’introduction de forêts urbaines ; la création de zones tampons capables de contrôler la propagation des incendies de forêt ; le développement de modèles de prévision de la propagation des incendies et des inondations ; la sauvegarde des sites patrimoniaux, la protection de la biodiversité, la lutte contre les espèces envahissantes, l’amélioration des connaissances scientifiques et publiques, et l’insistance des urbanistes sur les codes de construction écologique et la réduction des « îlots de chaleur urbains » – des zones où la verdure est remplacée par des surfaces comme l’asphalte et le béton qui absorbent la chaleur du soleil au lieu de la réfléchir et créent des températures ambiantes plus élevées que nécessaire.

« La première étape est que le gouvernement assume la responsabilité de la question », souligne le rapport, en raison de la nécessité d’impliquer tant de disciplines, d’organismes et de systèmes. Les mesures d’adaptation au climat doivent être intégrées dans les processus décisionnels de chaque ministère.

La deuxième étape consiste à créer et à budgétiser un département chargé de diriger la mise en œuvre et d’assurer la coordination entre les nombreux organismes concernés. « Sans la création d’un tel organe pour diriger, initier et pousser, il est raisonnable de supposer que le programme proposé ne sera pas mis en œuvre », prévient le rapport.

Sinaia Netanyahu avait demandé que des climatologues dirigent ce département et que dix millions de shekels y soient alloués chaque année pendant dix ans.

Les pompiers israéliens éteignent un feu de forêt près du Moshav Sitria, le 21 mai 2020. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Au cours de l’été 2018, le gouvernement a officiellement adopté le rapport et un département spécial a vu le jour, non pas sous la direction d’un climatologue, mais sous celle du directeur adjoint principal du ministère des Ressources naturelles, qui assume en outre une multitude d’autres responsabilités. Aucun financement n’a été alloué et aucun rapport annuel sur les progrès réalisés n’a été publié, contrairement aux termes du plan stratégique que le gouvernement a approuvé.

Ne souhaitant pas attendre plus longtemps, le service météorologique israélien est allé de l’avant en décembre et a publié sa partie de ce qui aurait dû être un rapport du département.

Ce rapport a montré que la température moyenne en Israël avait augmenté de 1,4 degré entre 1950 et 2017 et qu’une baisse de la fréquence des nuits froides de moins de 7°C au cours des 30 dernières années avait été enregistré.

Le rapport du service météorologique israélien a averti que d’ici 2050, la température moyenne devrait augmenter d’un degré Celsius supplémentaire, ou dans le pire des cas de 1,2 degré, à moins d’une réduction spectaculaire des émissions mondiales de gaz à effet de serre – la principale cause du réchauffement climatique.

Si aucune mesure n’est prise, les tendances devraient se poursuivre au cours du 21e siècle, à la fin duquel il pourrait y avoir 40 « nuits chaudes » supplémentaires d’une température supérieure à 20°C par an en moyenne et une baisse de 15 à 25 % des précipitations par rapport à la moyenne de la période 1961-1990, ajoute le rapport.

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