Les nouveaux amis présumés d’Israël votent toujours contre l’État juif à l’ONU
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Analyse

Les nouveaux amis présumés d’Israël votent toujours contre l’État juif à l’ONU

Netanyahu affirme que les liens avec l'étranger ont atteint un "niveau inégalé", mais les dernières résolutions contre Israël montrent que Jérusalem reste le souffre-douleur

Raphael Ahren

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) rencontre le Secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres en marge de la 73e session de l'Assemblée générale des Nations Unies, au siège des Nations Unies, le 27 septembre 2018. (AP Photo/ Jason DeCrow)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) rencontre le Secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres en marge de la 73e session de l'Assemblée générale des Nations Unies, au siège des Nations Unies, le 27 septembre 2018. (AP Photo/ Jason DeCrow)

Le statut de Jérusalem sur la scène internationale stagne, si l’on en croit le récent déluge annuel de résolutions anti-Israël de l’ONU.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu se vante régulièrement d’un « épanouissement sans précédent » des relations extérieures d’Israël, citant ses nombreux voyages autour du globe et ses bonnes relations personnelles avec les dirigeants de pays qui jusqu’alors n’étaient pas considérés comme des alliés puissants de l’Etat juif, comme la Russie, l’Inde, la Hongrie, les Philippines ou l’Autriche.

« Aujourd’hui, les relations extérieures de l’Etat d’Israël sont à un niveau record, et il n’y a même pas une once d’exagération sur ce point », a-t-il déclaré dimanche.

Deux jours auparavant, cependant, la « Commission des questions politiques spéciales et de la décolonisation » de l’Assemblée générale de l’ONU avait adopté une série de résolutions sur le conflit israélo-arabe qui semblent contredire cette affirmation.

Le ministre nord-coréen des Affaires étrangères Ri Yong-ho s’adresse à la 73e Assemblée générale des Nations Unies le 29 septembre 2018, aux Nations Unies à New York. (AFP/ Don EMMERT)

Comme chaque automne, les 193 États membres de la commission ont adopté à une écrasante majorité huit textes condamnant « la puissance occupante » pour le traitement infligé aux Palestiniens par Israël, lui demandant de cesser de construire des implantations en Cisjordanie, Jérusalem-Est et sur le Golan et d’apporter un soutien sans réserves à l’UNRWA, institution des Nations unies chargée des réfugiés palestiniens.

Une neuvième résolution a également été adoptée, mais avec une marge beaucoup plus faible.

Une analyse très attentive des votes de vendredi révèle des améliorations infimes, du point de vue israélien, mais dans l’ensemble, les diplomates de Jérusalem ont peu de raisons de se réjouir.

Les Etats-Unis restent l’allié le plus fiable d’Israël, votant avec Israël dans tous les cas. Le Canada et l’Australie ont également défié des majorités massives et ont voté contre ou se sont abstenus sur la plupart des résolutions contre l’État juif.

Mais d’autres pays dans lesquels Netanyahu a investi d’importants efforts diplomatiques et politiques n’ont jusqu’à présent pas laissé leur amitié ostensible avec Israël influencer leur vote à l’ONU.

La Russie et la Chine, par exemple, continuent de se ranger du côté des Palestiniens à chaque vote. L’Inde et le Kenya ont également voté en faveur des neuf résolutions.

D’autres pays avec lesquels Netanyahu prétend avoir établi de bonnes relations, comme l’Argentine, le Japon et les 28 États membres de l’Union européenne (UE), ont soutenu huit des neuf résolutions anti-Israël.

La Hongrie et la Bulgarie, deux Etats d’Europe centrale où Netanyahu s’est récemment rendu dans le but de « changer l’attitude hypocrite et hostile de l’UE », comme il l’a dit au début du mois en route vers un sommet avec quatre Etats membres à Varna, ont également soutenu huit résolutions et se sont abstenus concernant la neuvième. Tout comme la République tchèque et la Roumanie, deux pays qui ont publiquement envisagé (mais ne l’ont toujours pas fait) de déménager de leurs ambassades respectives à Jérusalem.

Même l’Allemagne et l’Autriche – pays qui, en raison de leur responsabilité historique envers le peuple juif, ont déclaré que la sécurité d’Israël faisait partie de leur « raison d’être » – n’ont pas brisé le consensus européen.

Berlin a expliqué que ses votes favorables ont permis « d’adoucir le ton » des différentes résolutions. En d’autres termes, la délégation allemande a négocié la formulation avec les auteurs des motions, acceptant de les soutenir si certains des termes anti-Israël les plus sévères étaient supprimés.

Les responsables israéliens se félicitent de tout effort visant à modifier substantiellement le contenu des résolutions hostiles, mais préfèrent que leurs amis votent contre, plutôt que d’essayer d’obtenir des changements cosmétiques dans leur formulation.

L’Autriche, dont le ministre des Affaires étrangères a déclaré la semaine dernière au Times of Israel que Vienne travaillerait activement à insuffler  » un peu plus de réalisme  » dans la manière dont la communauté internationale voit Israël, a défendu ses huit votes en faveur de la présidence actuelle de l’UE, en citant le désir de l’Union pour une politique étrangère consensuelle.

La ministre des Affaires étrangères autrichienne Karin Kneissl à la 73e session de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, le 29 septembre 2018 (Crédit : AP Photo/Mary Altaffer)

C’est ainsi que 153 pays ont voté en faveur d’une résolution exprimant leur « grave préoccupation face à la violation systématique et persistante des droits de l’homme du peuple palestinien par Israël, la puissance occupante, y compris celle résultant du recours excessif à la force et des opérations militaires causant des morts et des blessés parmi les civils palestiniens, notamment les enfants, les femmes et les manifestants pacifiques, ainsi que parmi les journalistes, le personnel médical et le personnel humanitaire ».

Elle a également exhorté Israël à « démanteler immédiatement » la barrière de séparation en Cisjordanie et à mettre fin « aux lois, politiques et actions discriminatoires dans le territoire palestinien occupé qui violent les droits de l’homme du peuple palestinien, y compris le meurtre et les blessures de civils, la détention et l’emprisonnement arbitraires de civils, le déplacement forcé de civils, notamment les tentatives de transfert forcé des communautés bédouines ».

Seuls six pays se sont opposés à la motion : Israël, les États-Unis, le Canada, l’Australie, les Îles Marshall et la Micronésie.

Neuf pays se sont abstenus : Cameroun, Côte d’Ivoire, Rwanda, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Îles Salomon, Guatemala, Honduras, Togo et les Palaos.

Même si certains de ces pays peuvent paraître surprenants, le vote de vendredi n’a pas été le meilleur résultat pour Israël. En 2014, par exemple, huit pays se sont opposés à une résolution presque identique et 11 se sont abstenus. Dix ans plus tôt, en 2004, 149 pays avaient voté « oui », sept avaient voté « non » et 22 s’étaient abstenus.

Voici le bon côté des choses

Mais il y a aussi de bonnes nouvelles : il y a eu une motion qui, pour la première fois, a recueilli plus d’abstentions que de « oui ».

Seuls 77 pays ont appuyé la résolution A/C.4/73/L.18, qui salue le travail du Comité spécial chargé d’enquêter sur les pratiques israéliennes affectant les droits de l’homme du peuple palestinien et des autres Arabes des territoires occupés. Au total, 79 pays se sont abstenus, soit 23 de plus qu’il y a seulement deux ans.

Huit pays se sont opposés à la résolution, ce qui est un peu plus élevé que l’année dernière, mais légèrement inférieur aux années précédentes.

Plus significatif encore, les États-Unis ont pour la première fois voté « non » à une résolution sur laquelle ils avaient l’habitude de s’abstenir, rejoignant ainsi Israël comme les deux seules voix contre la résolution A/C.4/73/L.22, intitulée « Le Golan syrien occupé ». Il a été adopté avec 151 pays en faveur et 2 contre, avec 14 abstentions.

« Les États-Unis ne s’abstiendront plus lorsque les Nations unies procéderont à leur vote annuel inutile sur le plateau du Golan. Si cette résolution a jamais eu un sens, elle n’en a certainement pas aujourd’hui », avait déclaré l’ambassadrice des États-Unis auprès de l’ONU, Nikki Haley.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre l’ambassadrice des États-Unis auprès de l’ONU Nikki Haly le vendredi 28 septembre 2018 à New York. (Avi Ohayon /GPO)

« La résolution est manifestement biaisée à l’encontre d’Israël », a-t-elle poursuivi, affirmant qu’elle « ne fait rien pour rapprocher les parties d’un accord de paix ».

Netanyahu a remercié dimanche Haley et son patron, le président Donald Trump, pour ce « vote important et juste ».

Et bien que ce changement de politique américaine mérite d’être souligné, il est moins spectaculaire qu’il n’y paraît au premier abord. Premièrement, parce que les États-Unis ne sont pas le premier pays à voter contre la résolution : l’Etat des Tuvalu l’a déjà fait dans le passé.

Deuxièmement, parce que les États-Unis se sont toujours opposés à une résolution presque identique votée chaque année en plénière à l’Assemblée générale.

En 2016, par exemple, l’administration de Barack Obama a voté contre une résolution intitulée « Le Golan syrien », affirmant qu’elle « considère que cette résolution préjuge du résultat des négociations sur le statut final et qu’Israël et la Syrie devraient résoudre la question du Golan syrien par la négociation ».

Les États-Unis se sont traditionnellement opposés à cette dernière résolution parce qu’elle était proposée par la Syrie (la première était parrainée par une vingtaine de pays).

Aussi bien accueillie soit-elle en Israël, la décision de Haley de passer de l’abstention à un « non » à la Quatrième Commission semble plus procédurale qu’elle n’indique un changement substantiel de politique.

Un « consensus calcifié » à la base de la diplomatie internationale

Certes, l’analyse du vote à l’ONU ne reflète qu’un aspect de la position internationale d’un pays.

« Nous parlons d’un consensus international établi depuis longtemps – selon lequel les territoires capturés pendant le conflit israélo-arabe doivent être rendus à leur propriétaire initial – et il est très difficile pour les pays de briser ce consensus », a déclaré Yigal Palmor, ancien porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères.

Nous devons constater avec satisfaction que certains pays montrent des signes de vie, peuvent penser par eux-mêmes et ne sont pas intimidés par les grands blocs

« Nous devons tenir compte du fait que ce consensus calcifié est la base de la diplomatie internationale envers Israël. Nous ne pouvons pas ignorer cela », a-t-il ajouté.

« Mais en même temps, nous pouvons voir que certains pays prennent de temps en temps le risque de briser ce consensus. Nous devons constater avec satisfaction que certains pays montrent des signes de vie, peuvent penser par eux-mêmes et ne sont pas intimidés par les grands blocs ».

Alors qu’Israël continuera de faire l’objet de critiques très sévères dans les forums multinationaux, ses liens bilatéraux avec les différents États membres semblent s’améliorer, a fait observer M. Palmor.

« Il est vrai que le Premier ministre Netanyahu a réussi à obtenir un soutien impressionnant de la part d’un grand nombre de gouvernements », a-t-il ajouté, faisant principalement référence à la Hongrie, aux Philippines, au Kenya, au Rwanda, au Brésil et autres États non occidentaux.

« Ses détracteurs diront que ce sont pour la plupart des gouvernements qui ne sont pas recommandables », a ajouté M. Palmor. « Mais c’est une question de goût. »

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