Les principaux foyers de virus sont tous les lieux qu’Israël prévoit de rouvrir
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Les principaux foyers de virus sont tous les lieux qu’Israël prévoit de rouvrir

Selon les chercheurs, 8 transmissions sur 10 ont lieu en espaces intérieurs bondés, en particulier salles de gym et restaurants, inclus dans le plan de sortie de crise d'Israël

Un club de gym pendant la pandémie. (Drazen Zigic via iStock par Getty Images)
Un club de gym pendant la pandémie. (Drazen Zigic via iStock par Getty Images)

Une vaste étude américaine dit avoir identifié les points de danger où le coronavirus se propage le plus – et les principaux d’entre eux sont certains des endroits mêmes dont la réouverture est imminente en Israël.

Les clubs de gym, dont l’ouverture est prévue pour la fin du mois, ont été désignés comme des centres de transmission importants, ainsi que les lieux de loisirs du type de ceux qu’Israël devrait rouvrir le 29 novembre : restaurants et cafés. Les hôtels, dont la réouverture est prévue pour le 13 décembre, sont également considérés comme des zones à risque.

Les chercheurs ont également souligné que la réouverture des lieux de culte contribuait à l’augmentation des cas aux États-Unis. Israël a déjà autorisé la reprise des prières communes en intérieur avec une fréquentation limitée, et devrait augmenter progressivement la capacité d’accueil.

Après avoir étudié les données qui ont suivi les déplacements de quelque 98 millions de personnes sur une période de deux mois, les chercheurs américains suggèrent qu’environ 80 % des transmissions se sont produites dans des lieux intérieurs bondés.

« En moyenne, dans les zones métropolitaines, les restaurants proposant un service complet, les salles de sport, les hôtels, les cafés, les organisations religieuses et les restaurants à service limité ont enregistré la plus forte augmentation des infections lors de leur réouverture », ont-ils écrit.

Cette recherche, qui vient d’être publiée dans la revue à comité de lecture Nature, intervient au moment où certains experts de la santé israéliens mettent en garde contre une troisième vague du virus, alors même que le pays est en train de sortir d’un confinement qui a freiné sa deuxième vague.

Le personnel médical de Tsahal se prépare à ouvrir deux services de traitement du coronavirus au centre médical Rambam de Haïfa, sur une photo non datée. (Forces de défense israéliennes)

« Il y a des signes qui indiquent une troisième vague », a déclaré mercredi l’ancien directeur du ministère de la Santé, Moshe Bar Siman Tov. Alors que les cas ont fortement diminué, le nombre moyen de personnes que chaque patient infecte a augmenté.

Jeudi, le gouvernement s’est réuni pour discuter de la poursuite des étapes de réouverture, notamment des salles de sport, des centres commerciaux et des classes de CM2 et 6e, ainsi que d’un éventuel couvre-feu nocturne pour répondre aux préoccupations de la reprise. Aucune décision n’est attendue avant la semaine prochaine.

Les recherches américaines ont accru le rejet par certains experts israéliens d’une réouverture des salles de sport et des restaurants, et ont suscité des suggestions selon lesquelles le gouvernement devrait repenser ses plans et envisager de permettre à ces lieux de réouvrir seulement à la fin de la stratégie de sortie en janvier ou février.

« La reprise des rassemblements en salle devrait être une dernière étape de la réouverture », a déclaré Ronit Calderon-Margalit, une éminente épidémiologiste de l’Université hébraïque, au Times of Israël, ajoutant qu’il n’était pas logique d’augmenter le risque d’infection pour des raisons de loisirs.

Le Professeur Arnon Afek, directeur général associé du centre médical Sheba et directeur par intérim de l’hôpital Sheba. (Shai Pereg)

L’ancien directeur général du ministère de la Santé, Arnon Afek, a déclaré que si les statistiques israéliennes d’aujourd’hui n’indiquaient pas une troisième vague, elles devraient inciter soit à une réouverture plus lente que prévue, soit à une application accrue des règles pour réduire l’infection.

Il pense que la nouvelle recherche devrait orienter la conversation en mettant en évidence les risques des espaces intérieurs. Afek, directeur adjoint du centre médical de Sheba, a déclaré : « C’est un signe d’avertissement sur le danger des espaces fermés pour la propagation du virus, et un signe important pour Israël étant donné que la période estivale a permis aux gens d’être beaucoup plus à l’extérieur mais que l’hiver arrive et que les gens passeront plus de temps à l’intérieur, dans des espaces fermés. »

Depuis le début de la pandémie, les épidémiologistes essaient de déterminer dans quelle mesure les différentes décisions politiques augmentent ou réduisent l’infection. Lors de la réouverture, aujourd’hui décriée, après le confinement du printemps en Israël, les responsables ont déclaré qu’ils avaient adopté une approche par « tâtonnement ».

Une serveuse portant un équipement de protection à titre de précaution contre le coronavirus. (vichie81 via iStock par Getty Images)

Aujourd’hui, les chercheurs américains disent avoir « l’ingrédient secret » qui rend de tels calculs possibles. Les données des téléphones portables montrent les déplacements d’heure en heure de quelque 98 millions de personnes dans les dix plus grandes zones métropolitaines des États-Unis, en calculant où elles sont allées, combien ces lieux étaient bondés et combien de temps elles y sont restées. Elles n’incluent pas les écoles, car il n’est pas permis de suivre les enfants de moins de 13 ans.

L’équipe était composée de représentants de l’université de Stanford, de l’université Northwestern, de Microsoft Research et du Chan Zuckerberg Biohub. Elle a construit un modèle qui, selon elle, bien qu’il n’y ait pas eu de recoupement entre les utilisateurs de téléphones portables chez qui le virus a été diagnostiqué, montre avec précision comment les changements dans les schémas de mouvement d’une population influent sur le niveau de transmission du coronavirus.

Cela signifie qu’avant les changements de politique, comme la réouverture des restaurants, ils ont réussi à prévoir l’impact que cela aurait sur la transmission du coronavirus, et ont trouvé que leurs chiffres correspondaient au nombre de cas réels.

En comparant leurs données, recueillies pendant deux mois à partir de mars, aux schémas de mouvement pré-pandémique, ils ont conclu que les mesures de lutte contre le virus avaient permis de sauver de nombreuses vies.

Jure Leskovec, informaticien de l’université de Stanford. (Autorisation de Jure Leskovec)

« Si nous avions continué à nous déplacer comme nous le faisions en février avant le confinement, alors en mars, sur un mois seulement, environ un tiers de la population d’une ville aurait été infectée », a déclaré Jure Leskovec, auteur principal du rapport, au Times of Israël.

Mais les conclusions tirées par les chercheurs sur les lieux de propagation de l’infection sont plus pertinentes pour l’instant, car elles mettent en évidence le caractère risqué des lieux mêmes qu’Israël est sur le point de rouvrir. Leskovec a déclaré que les données suggèrent également des moyens intelligents de rouvrir en limitant les infections.

« Notre travail montre qu’il n’est pas nécessaire que ce soit tout ou rien », a déclaré M. Leskovec, informaticien à l’université de Stanford, en plaidant pour des mesures fortes visant à limiter la capacité des nouveaux lieux de réunion. Il est convaincu que, sur la base des corrélations que son équipe a constatées entre les mouvements et l’infection, cela va fonctionner.

La sortie en cours du deuxième confinement d’Israël a été caractérisée, jusqu’à présent, par la limitation des capacités. « Nous autorisons quatre clients à la fois, pas plus », a souligné le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à la veille de l’ouverture, le 8 novembre, des magasins de rue.

Les Israéliens font du shopping à la réouverture des magasins dans la rue Jaffa, dans le centre de Jérusalem, le 8 novembre 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Toutefois, lors des discussions finales sur les détails des prochaines étapes de la stratégie de sortie, qui se déroulent dans les heures et les jours précédant leur entrée en vigueur, il est probable que les entreprises exercent une forte pression contre des limites de capacité strictes. Alors que les magasins peuvent gérer une limite de quatre clients en gardant les autres dans une file à la porte, les salles de sport, les restaurants et les cafés, où les gens restent plus longtemps, estiment qu’il sera difficile d’être rentable avec des limites.

Selon M. Leskovec, de telles limites sont essentielles. Selon ses calculs, si les villes américaines avaient ouvert complètement leurs restaurants après le premier mois de mesures contre le coronavirus, environ 6 % de leur population aurait été infectée par cette seule étape.

Limiter la capacité des restaurants à 20 % de leur capacité peut empêcher 80 % des transmissions, a-t-il dit, ajoutant que, comme les tables ne sont généralement pleines qu’à certaines heures, la perte d’activité serait d’environ 40 %.

Ce type de modèle à capacité limitée devrait être adopté dans tous les espaces intérieurs, suggère Leskovec, soulignant qu’il obligera les gens à repenser leurs horaires et à perdre l’habitude de se rendre dans ces lieux aux heures de pointe – une habitude bien ancrée en Israël où, par exemple, les supermarchés sont bondés le jeudi soir et le vendredi, avant le Shabbat.

« Une des clés ici est d’essayer d’étaler les périodes creuses d’une société », a déclaré M. Leskovec. « Il s’agit de trouver le bon équilibre entre économie et sécurité. »

L’étude a identifié un autre défi pertinent pour Israël, où les infections sont disproportionnellement élevées dans deux groupes minoritaires qui ont tendance à être plus pauvres que la société en général : les Arabes et les ultra-orthodoxes. L’étude de Leskovec suggère que, du moins dans le contexte américain, l’environnement et le mode de vie des personnes les plus pauvres les mettent davantage en danger.

Il voit dans leurs schémas de déplacement une raison essentielle qui explique pourquoi, dans huit des dix villes étudiées, les taux de transmission étaient sensiblement plus élevés dans les zones à faibles revenus que dans les zones à revenus élevés.

« Avant nos recherches, l’hypothèse principale aux États-Unis était que les pauvres souffraient davantage en raison de conditions préexistantes, mais nous avons montré qu’ils ne peuvent pas réduire leur mobilité autant que les riches », a-t-il déclaré, notant qu’ils sont moins susceptibles de pouvoir adopter le télétravail, qu’ils ont tendance à vivre dans des quartiers plus exigus et, comme ils ont moins de chances d’avoir leur propre moyen de transport, ils font leurs achats dans des magasins locaux plus petits et plus fréquentés.

Les données téléphoniques ont montré que l’épicerie moyenne visitée par les personnes à faibles revenus avait 59 % de visiteurs horaires en plus par mètre carré, et que leurs visiteurs restaient 17 % plus longtemps en moyenne.

Des gens font leurs courses au supermarché Rami Levy de Modiin, dans le centre d’Israël, en septembre, juste après la réintroduction de la quarantaine. (Yossi Aloni/Flash90)

« Une visite dans une épicerie est deux fois plus dangereuse pour les personnes à faibles revenus que pour les personnes à revenus élevés », a-t-il expliqué : « Ils se déplacent plus et quand ils vont faire leurs courses, c’est dans un magasin où il y a plus de personnes infectées, plus de densité, et ils y restent plus longtemps. » Il a ajouté que les décideurs politiques devraient trouver des moyens de réduire les risques pour les personnes à faibles revenus qui vaquent à leurs occupations habituelles.

Le professeur Nadav Davidovitch, directeur de l’école de santé publique de l’université Ben Gurion du Néguev. (Capture d’écran YouTube)

Ces nouvelles recherches sont intéressantes, a déclaré Nadav Davidovitch, épidémiologiste à l’université Ben Gurion du Néguev et dirigeant du syndicat des médecins israéliens. Mais il a ajouté que, bien que ce modèle puisse offrir un aperçu précieux, il ne devrait pas être traité comme une image entièrement exacte, ni être considéré comme une alternative à la recherche épidémiologique traditionnelle.

Davidovitch est prudent lorsqu’il s’agit de tirer des conclusions pour Israël, affirmant qu’il y a des différences entre les modèles d’interaction dans les différents pays, mais il pense que cela souligne l’importance d’avoir des règles nuancées longtemps après un confinement total.

« Le deuxième bouclage d’Israël a réduit la mobilité non pas à 30 %, comme le premier, mais à 40 %, et certains se sont demandés quel était l’intérêt », a-t-il commenté. « Ce que cette recherche nous suggère, c’est que nous n’avons pas besoin de noir ou de blanc, mais plutôt de réduire les rencontres et, si cela se produit, vous pouvez vivre avec la pandémie. »

« Cela souligne que, lorsque vous réduisez les rencontres, vous n’avez pas besoin qu’elles soient réduites à zéro. C’est plutôt une réduction substantielle qui offre encore la plupart des avantages. »

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