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Les professionnels de la santé mentale implorent Netanyahu de ne pas montrer les atrocités au public

Un groupe d'aide aux Israéliens en souffrance met en garde contre un traumatisme supplémentaire dans une nation encore sous le choc du 7 octobre

Un lit d'enfant ensanglanté dans le kibboutz Kfar Azza sur une photo publiée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu le 11 octobre 2023 à la suite de l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre. (Crédit : X/Netanyahu)
Un lit d'enfant ensanglanté dans le kibboutz Kfar Azza sur une photo publiée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu le 11 octobre 2023 à la suite de l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre. (Crédit : X/Netanyahu)

« Pas de santé mentale sans démocratie », un groupe important de professionnels de la santé mentale en Israël, a émis un appel urgent au gouvernement, lui demandant d’abandonner le projet présumé du Premier ministre Benjamin Netanyahu de révéler au grand public un film montrant les atrocités qui ont été commises par le Hamas en date du 7 octobre.

Selon des informations transmises par les médias israéliens, Netanyahu serait enclin à dévoiler ces images terribles afin de créer une onde de choc dans le monde et dans les opinions publiques internationales, ce qui permettrait de renforcer le positionnement d’Israël sur le globe entier et de justifier sa guerre en cours contre le Hamas.

Les psychologues, psychiatres, travailleurs sociaux et thérapeutes sont montés au créneau et ils ont indiqué que montrer le film – et en particulier dans son intégralité – serait une initiative malvenue, qui ne ferait qu’approfondir le trauma des communautés juives israéliennes et internationales et qui traumatisera de nombreux autres.

Ils ont aussi fait remarquer que le cycle ininterrompu des informations, quoi qu’il arrive, fera rapidement oublier le film, remplacé dans les esprits par des actualités plus récentes et par des images plus fortes en provenance d’ailleurs.

« De ce que je comprends de ce que disent les professionnels des médias, le film n’aura un impact que pendant quelques jours et cela n’a, en conséquence, aucun intérêt », commente la docteure Yarden Mendelson, psychologue clinicienne.

Le film de 47 minutes, extrêmement violent, a été préparé par le Bureau du porte-parole de l’armée qui s’est appuyé en grande partie sur les enregistrements des caméras que portaient les terroristes et qui ont filmé le carnage en temps réel.

Dans la matinée du 7 octobre, plusieurs milliers de terroristes avaient traversé la frontière par voie maritime, aérienne et terrestre. Ils avaient attaqué plus de 20 villes, kibboutzim et bases militaires, semant la désolation.

Le corps d’un terroriste gisant le 11 octobre 2023 au milieu des décombres d’une fusillade qui a éclaté entre des terroristes du Hamas et des soldats israéliens à Beeri, en Israël, le 7 octobre. (Crédit : Canaan Lidor/The Times of Israel)

Les terroristes avaient alors sauvagement assassiné 1 400 personnes – des civils en majorité et notamment 260 jeunes qui participaient à une rave-party. Des dizaines de personnes sont encore portées-disparues et plus de 240 Israéliens et ressortissants étrangers ont été pris en otage et sont encore retenus en captivité à Gaza.

Le film a d’ores et déjà été projeté par l’armée et par le ministère des Affaires étrangères à certains responsables des médias locaux et étrangers dans les consulats israéliens du monde entier. L’envoyé israélien aux Nations unies, Gilad Erdan, a organisé une projection pour les ambassadeurs et autres officiels de haut-rang aux Nations unies, à New York.

Yarden Mendelson, psychologue clinicienne, activiste au sein de « Pas de santé mentale sans démocratie ». (Autorisation)

Selon des informations, l’actrice israélienne Gal Gadot et le réalisateur et scénariste israélien Guy Nattiv organisent actuellement des projections pour la communauté de Hollywood, à New York et à Los Angeles.

« Je sais que l’armée et le ministère des Affaires étrangères abordent la gestion du film avec un grand sens de la responsabilité. Ils ne le montrent pas à tout le monde. Ils ne le montrent qu’aux personnes qui ont de l’influence », admet Mendelson.

« Ils exigent de ceux qui viennent voir le film qu’ils laissent leur téléphone à l’extérieur de la salle et qu’ils signent un formulaire établissant qu’ils acceptent de ne pas diffuser ou partager des extraits du film. Ce n’est pas comme s’ils pouvaient le faire de toute façon – les autorités israéliennes sont en possession de la seule copie, ils ne peuvent pas amener de téléphone pour procéder à des enregistrements – mais de surcroît, ils doivent signer ces formulaires », continue-t-elle.

Après une grande réflexion, le président de la Knesset, Amir Ohana, a organisé une projection du film, la semaine dernière, pour les membres de la Knesset. Selon le site d’information hébréophone Ynet, « il a indiqué que c’était nécessaire pour connaître l’ennemi, pour voir le mal commis, pour comprendre combien la guerre contre le Hamas est justifiée et comment se montrer le plus précis au niveau factuel. »

La Knesset avait fait venir des psychologues et un grand nombre des 56 membres du parlement venus voir le film ont pris des calmants proposés par les médecins avant d’entrer dans la salle de projection. Nombreux ont été ceux qui l’ont quittée avant la fin du film.

« J’ai parlé à une députée qui a vu le film et elle m’a dit qu’elle avait dû prendre des calmants pendant trois jours, après la projection, et qu’elle ressentait des douleurs à la poitrine », a dit Mendelson.

Depuis le 7 octobre, Mendelson, qui a son propre cabinet, et ses collègues du groupe « Pas de santé mentale sans démocratie, » une organisation qui s’opposait au plan de refonte du système de la justice israélien qui était promu par le gouvernement, consacrent dorénavant leurs activités à la prise en charge d’un public israélien traumatisé – et en particulier de ceux qui ont été directement touchés.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprimant lors d’une conférence de presse, au ministère de la Défense, à Tel Aviv, le 28 octobre 2023. (Crédit : Dana Kopel/POOL)

Les survivants des attaques du Hamas et les membres des familles des otages s’opposent à la diffusion massive du film car ils ne souhaitent pas rendre publiques les images horribles de leurs proches. Toutefois, l’armée envisage actuellement un nouveau montage du film qui pourrait respecter la sensibilité des survivants et des familles.

Mendelson explique qu’elle-même, comme tout son groupe de praticiens, ont la conviction ferme que ce n’est pas une bonne chose que les images soient présentées au public en général. Presque tout le monde a vu des scènes du 7 octobre et c’est largement suffisant, estime-t-elle.

Une sortie du film à l’étranger serait-elle moins douloureuse pour les Israéliens – c’est ce que veut faire le Premier ministre pour améliorer l’image d’Israël ? A cette question, Mendelson fait remarquer que dans un monde hyper-connecté, il n’y aurait pas de différence.

« Une fois qu’il sera sorti quelque part dans le monde, il sera immédiatement partout. Et une fois qu’il sera sorti, nos enfants le verrons et c’est quelque chose auquel nous ne voulons absolument pas assister », précise-t-elle.

Des Israéliens se mettant à l’abri de tirs de roquettes provenant de la bande de Gaza à Ashkelon, dans le sud d’Israël, le 11 octobre 2023. (Crédit : Leo Correa/AP Photo)

Mendelson ajoute qu’elle ne connaît pas un seul professionnel de la santé mentale qui soit favorable à la diffusion du film, la première règle, en matière de traitement d’un traumatisme, étant de ne pas le répéter.

Les professionnels de la santé mentale en Israël ont pris en charge, le mois dernier, des centaines de milliers de demandes d’aide de la part d’Israéliens en détresse qui ont présenté des symptômes de stress aigu.

A LIRE : « Depuis le 7 octobre, quelque chose a changé dans notre cerveau »

Alors que cet état touche aussi le corps, certains ont connu des manifestations physiques de stress, comme des douleurs à la poitrine et des difficultés à respirer.

« J’ai connaissance du cas d’un officier de l’armée qui était chargé d’informer les proches des soldats tués au combat de leur mort et du cas d’un employé de la ZAKA, chargé de localiser ce qui restait des victimes. Tous les deux ont fini à l’hôpital. Leur cœur a lâché », dit Mendelson.

« Il y a aussi des cas où le trauma psychique a été trop fort et il y a eu des suicides le mois dernier », ajoute-t-elle.

Des membres de l’unité tactique Yamas avec un membre de l’équipe Zaka, au kibboutz Beeri, le 22 octobre 2023. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Malgré la réponse rapide et pleine de bonnes intentions du système de soins à la souffrance psychologique ressentie par le pays, le système n’a tout simplement pas assez de moyens – humains et autres – pour répondre à la demande de manière appropriée.

« Les membres de la Knesset ont eu des psychologues à disposition immédiatement après avoir vu le film. L’Israélien moyen doit attendre longtemps pour avoir un rendez-vous avec un psy, même maintenant », déplore Mendelson.

Et alors même que les psychologues tentent de trouver un moyen de traiter au mieux le trauma, ce n’est pas le moment d’ajouter au fardeau ou de compromettre davantage la santé physique et mentale des citoyens israéliens.

« Je ne pense pas que cela vaille la peine de mettre en péril les esprits et les vies d’un si grand nombre de personnes – et pas seulement en Israël », dit-elle.

A LIRE : Les professionnels israéliens de la santé mentale se forment pour gérer les traumatismes

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