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L’ex-directeur de l’ONG World Vision à Gaza condamné à 12 ans de prison

La peine de Mohammed Halabi pour financement du Hamas, prononcée par un tribunal de Beer Sheva, inclue ses six dernières années en détention

Muhammad el-Halabi, un responsable de l'opération de charité World Vision dans la bande de Gaza, a été inculpé le 4 août 2016 pour avoir transmis des fonds de charité à destination de l'organisation terroriste. 
(Capture d'écran: World Vision)
Muhammad el-Halabi, un responsable de l'opération de charité World Vision dans la bande de Gaza, a été inculpé le 4 août 2016 pour avoir transmis des fonds de charité à destination de l'organisation terroriste. (Capture d'écran: World Vision)

L’ex-directeur palestinien de l’ONG World Vision dans la bande de Gaza, Mohammed Halabi, a été condamné mardi à 12 ans de prison pour détournement de fonds au profit du groupe terroriste islamiste armé du Hamas, par un tribunal israélien.

Le tribunal du district de Beer Sheva, qui avait reconnu coupable en juin M. Halabi d’avoir détourné des dizaines de millions de dollars au profit du Hamas, a condamné mardi ce Palestinien à 12 ans de prison, selon la décision de justice consultée par l’AFP.

La peine a été prononcée mardi par ce tribunal qui a condamné M. Halabi à 12 ans de prison incluant ses six dernières années en détention, selon la décision de justice consultée par l’AFP.

M. Halabi avait plaidé non coupable à l’ensemble des charges retenues contre lui, son avocat dénonçant un « procès politique » et son ex-employeur soutenant, après un audit interne, qu’il n’avait détourné aucune somme au profit du Hamas, classé terroriste par Israël et de nombreux pays occidentaux.

Photo d’illustration : Des Palestiniens avec des drapeaux du Hamas pendant une célébration organisée par le groupe terroriste à Naplouse, en Cisjordanie, le 29 août 2014. (Crédit : AP/Nasser Ishtayeh)

« Il a dit qu’il était innocent. Il n’a rien fait et il n’y a aucune preuve contre lui. Au contraire, il a prouvé au tribunal (…) qu’il s’était assuré qu’aucune somme ne soit transférée au Hamas », a réagi mardi son avocat, Maher Hanna.

« Mohammed comptait sur la justice et il pensait qu’au bout du compte la justice allait prévaloir », a ajouté M. Hanna qui entend faire appel du jugement devant la Cour suprême israélienne.

« Le jugement prononcé aujourd’hui est profondément décevant et jure avec les faits et les éléments de preuve », a réagi Sharon Marshall, représentante de l’organisation américaine World Vision devant le tribunal de Beer Sheva.

« Nous soutenons entièrement la décision de Mohammed d’interjeter appel du jugement et demandons à la Cour suprême (israélienne, ndlr) un procès équitable et transparent », a ajouté cette responsable de l’ONG chrétienne aussi connue sous son nom français de Vision Mondiale.

Le bureau de l’ONG chrétienne basée aux États-Unis, World Vision, dans la ville de Gaza, le 4 août 2016. (Crédit : AFP/MOHAMMED ABED)

De son côté, le ministère public israélien a déclaré qu’il envisageait également de faire appel, estimant que la peine était trop légère.

« Ce sont des actes très sévères, l’accusé a financé le terrorisme avec des millions de shekels, a contribué à renforcer le réseau de tunnels du Hamas », a déclaré Moran Guez, du bureau du procureur du district sud.

« Nous avons demandé de 16 à 21 ans de prison. Nous allons lire la sentence et réfléchir à nos actions », a-t-elle déclaré aux journalistes.

En réponse au jugement, le ministère israélien des Affaires étrangères a qualifié le détournement de fonds « d’acte répréhensible commis au détriment du bien-être des résidents palestiniens de Gaza » et a reconnu à la fois la condamnation du terrorisme par World Vision et le droit d’Halabi de faire appel.

Un Palestinien passe à côté d’une affiche de Mohammed al-Halabi, le directeur gazaoui de l’organisation caritative chrétienne World Vision, à Gaza Ville le 12 janvier 2017. (AFP PHOTO / MOHAMMED ABED)

Il a ajouté qu’Israël s’engageait à travailler avec des groupes d’aide tels que World Vision « d’une manière compatible avec les considérations de sécurité et les normes applicables ».

Dans sa condamnation, le tribunal a déclaré qu’Halabi avait rejoint l’aile militaire du Hamas en 2004 et qu’il avait été « implanté dans World Vision » l’année suivante.

Le tribunal a déclaré qu’outre 12 tonnes d’acier et d’autres matériaux fournis au Hamas pour ses tunnels et ses positions, Halabi a également donné au groupe terroriste « des millions de dollars » appartenant à World Vision « pour financer la terreur ».

La peine de 12 ans était également destinée à dissuader les Gazaouis travaillant dans des groupes d’aide internationale d’aider le Hamas, selon le tribunal.

« Il y a d’énormes sommes d’argent qui, si elles parviennent à des organisations terroristes, contribueront à renforcer le régime de terreur à Gaza », a indiqué le jugement.

Omar Shakir, directeur d’Human Rights Watch pour Israël et les Territoires palestiniens a qualifié la condamnation à 12 ans de « profonde erreur judiciaire », le long procès et l’utilisation de preuves secrètes constituant un « simulacre de procédure régulière ».

« Il aurait dû être libéré depuis longtemps », a déclaré Shakir dans un communiqué.

A Gaza, sa mère Amal al-Halabi a dénoncé mardi « une injustice » :  « Où est la communauté internationale et où sont les droits humains de Mohammed ? », s’est-elle interrogée auprès de l’AFP.

« Placer Halabi en détention pendant six ans sur la base d’informations secrètes, d’ailleurs rejetées par plusieurs enquêtes, était déjà une parodie de justice. L’écrouer pour six autres années est simplement cruel et inhumain », a commenté mardi Omar Shakir, directeur de l’ONG Human Rights Watch pour Israël et les Territoires palestiniens.

Après l’arrestation en juin 2016 de Mohammed Halabi, l’Australie, qui avait donné des millions de dollars pour des œuvres caritatives dans les Territoires palestiniens, notamment pour World Vision (organisation caritative américaine), avait annoncé l’interruption du financement des programmes à Gaza et l’ouverture d’une enquête.

Or celle-ci avait conclu que rien ne suggérait un détournement de fonds. Et une autre enquête, commandée par l’ONG World Vision, avait aussi conclu qu’il n’y avait aucune preuve de détournement de fonds ou d’appartenance au Hamas.

Muhammad el-Halabi, un responsable de l’opération de charité World Vision dans la bande de Gaza, a été inculpé le 4 août 2016 pour avoir transmis des fonds de charité à destination de l’organisation terroriste.
(Capture d’écran: World Vision)

Depuis son arrestation, les procédures judiciaires étaient restées secrètes, Israël évoquant des raisons de sécurité.

A la suite de la condamnation en juin, le Haut commissariat des droits de l’Homme de l’ONU avait fait part de ses « graves préoccupations » dans cette affaire, évoquant notamment un « manque de preuves » et des « normes internationales pour un procès équitable non respectées ».

Les Etats-Unis, tout en « notant les inquiétudes des Nations unies et d’ONG sur les garanties d’un procès équitable », d’après Vedant Patel, porte-parole du département d’Etat, se sont abstenus de commenter la sentence.

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