L’homme qui a tué un infiltré déjà en procès pour avoir tiré sur un Palestinien
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L’homme qui a tué un infiltré déjà en procès pour avoir tiré sur un Palestinien

Eitan Zeev s'est fait retirer son arme l'an dernier après avoir tué un Palestinien, mais il en a utilisé une pour tirer sur un homme qui s'est introduit dans son avant-poste

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Eitan Zeev, (à droite), reçoit un prix du chef du Conseil régional de Samarie, Yossi Dagan, le 2 septembre 2020, pour son implication dans un affrontement avec des Palestiniens au sujet d'un morceau de terre agricole cet été-là. (Roi Hadi)
Eitan Zeev, (à droite), reçoit un prix du chef du Conseil régional de Samarie, Yossi Dagan, le 2 septembre 2020, pour son implication dans un affrontement avec des Palestiniens au sujet d'un morceau de terre agricole cet été-là. (Roi Hadi)

L’un des deux résidents d’implantations israéliens qui, selon l’armée, a abattu un Palestinien non armé qui s’était introduit dans leur avant-poste dans le nord de la Cisjordanie vendredi matin, est actuellement en procès. Il est accusé d’avoir tiré de manière injustifiée sur deux hommes palestiniens lors d’un affrontement cet été.

L’homme, Eitan Zeev, s’est fait retirer son arme après l’incident de juillet, mais les autorités israéliennes ont déclaré qu’il avait utilisé une arme pour ouvrir le feu sur un Palestinien qui aurait tenté de s’introduire chez lui vendredi. L’avocat de Zeev, Adi Keidar, a refusé de commenter l’affaire, disant qu’il ne connaissait pas les détails.

L’une des personnes qui a plaidé pour que Zeev récupère son arme – bien qu’il ne soit pas immédiatement clair si cet effort a réussi – était le colonel Yiftah Norkin, le chef de la brigade Efraim de l’armée israélienne. Norkin a estimé que l’infiltration de vendredi dans l’avant-poste de la ferme Sde Efraim était une tentative d’attaque terroriste, justifiant ainsi l’utilisation de la force meurtrière – bien qu’il ne soit pas clair sur quelle base cette évaluation a été faite.

Un porte-parole de la Division Judée et Samarie de la police israélienne, le terme biblique pour la Cisjordanie, a déclaré que depuis que Tsahal a qualifié l’incident de vendredi de tentative d’attaque terroriste, aucune enquête criminelle n’a été lancée.

De nombreuses questions sur l’événement survenu vendredi matin avant l’aube restent sans réponse, notamment comment le suspect palestinien avait l’intention de perpétrer un attentat terroriste sans arme, puisqu’aucune arme n’a été retrouvée sur les lieux. L’armée n’a pas répondu aux demandes d’éclaircissements.

Selon Tsahal, à environ 3h45 du matin, Khaled Maher Nofal, un résident de 34 ans du village voisin de Ras Karkar, a conduit sa voiture dans l’avant-poste illégal de la ferme Sde Efraim, au nord-ouest de Ramallah. Selon les militaires, Nofal, non armé, a tenté de s’introduire chez Eitan Zeev, le propriétaire de la ferme, mais la porte était fermée à clé.

Un autre habitant de l’avant-poste a entendu l’agitation et est sorti, alertant les autres sur ce qui se passait. Selon l’armée, Nofal a couru vers l’Israélien et l’a attaqué. L’homme a repoussé Nofal, puis un troisième habitant de l’avant-poste, ainsi que le propriétaire de la maison, tous deux armés de fusils, ont ouvert le feu sur l’homme palestinien, le tuant, selon l’armée.

Les militaires n’ont pas explicitement identifié Zeev par son nom, mais un porte-parole de Tsahal a confirmé que le propriétaire de la maison était également le propriétaire de la ferme, indiquant qu’il s’agissait bien de Zeev. Un porte-parole de la police a également confirmé l’implication de Zeev.

La voiture d’un Palestinien devant la maison d’un Israélien à l’avant-poste illégal de la ferme Sde Efraim, dans le nord de la Cisjordanie, où l’armée israélienne affirme que l’homme a attaqué quelqu’un avant d’être abattu, le 5 février 2021. (Armée israélienne)

Zeev a été inculpé en septembre pour voies de fait graves après avoir tiré sur deux Palestiniens lors d’une altercation au sujet d’un morceau de terre en juillet. Son procès est en cours ; la dernière audience a eu lieu mercredi.

On ne sait pas pour le moment comment Zeev s’est retrouvé en possession d’une arme. Selon le journal Makor Rishon, Zeev a été placé en résidence surveillée à partir de septembre et son arme de poing ne lui a pas été rendue. Norkin, le commandant de la brigade locale de Tsahal, a plaidé pour que Zeev récupère son arme l’année dernière, en disant que « lui et ses employés, grâce à mes échanges avec eux, ont évité les altercations avec leurs voisins palestiniens ». Ni la police ni l’armée n’ont confirmé que le pistolet de Zeev lui avait été rendu. Un porte-parole de la police a indiqué que le pistolet utilisé vendredi matin pourrait avoir appartenu à la femme de Zeev.

Le colonel Yiftah Norkin, (au centre), chef de la brigade régionale Efraim, visite l’avant-poste illégal de la ferme Sde Efraim dans le nord de la Cisjordanie, où l’armée israélienne affirme qu’un Palestinien a attaqué quelqu’un avant d’être abattu, le 5 février 2021. (Armée israélienne)

Selon Tsahal, Norkin a déterminé que l’incident de vendredi était une tentative d’attaque terroriste, malgré les circonstances inhabituelles – l’heure matinale, l’absence d’arme – et les preuves matérielles limitées, justifiant ainsi l’utilisation d’une force mortelle contre Nofal.

Un porte-parole de Tsahal a déclaré que la description de l’événement par l’armée était basée presque uniquement sur les témoignages des habitants impliqués dans l’incident. Cela comprenait des détails qu’ils ne pouvaient probablement pas connaître.

Par exemple, Tsahal a déclaré que Nofal « a couru vers la maison » depuis sa voiture. Cependant, à ce stade de l’événement, personne d’autre n’était censé être présent sur les lieux, et il n’y avait pas de caméras de sécurité pour filmer le moment, et on ne sait donc pas comment l’armée a déterminé cela. Les militaires ont également déclaré que Nofal avait crié « allahu akbar » – une expression arabe signifiant « Dieu est grand » qui est souvent criée avant les attaques terroristes – pendant l’incident, une affirmation qui n’aurait été que du ouï-dire.

La voiture d’un Palestinien devant la maison d’un Israélien à l’avant-poste illégal de la ferme Sde Efraim, dans le nord de la Cisjordanie, où l’armée israélienne affirme que l’homme a attaqué quelqu’un avant d’être abattu, le 5 février 2021. (Armée israélienne)

Le chef du conseil de Ras Karkar, Radi Abu Fkheyda, a déclaré au Times of Israel que Nofal, qui était marié et avait un fils de quatre ans, était un contrôleur fiscal local qui travaillait pour le ministère des Finances de l’Autorité palestinienne dans la ville voisine de Ramallah.

« La situation n’est pas claire : sa famille ne savait pas qu’il était parti au milieu de la nuit pour aller à Risan », a déclaré Abu Fkheyda. Risan est le nom d’une colline, qui faisait autrefois partie du village Ras Karkar de Nofal, sur laquelle l’avant-poste de la ferme Sde Efraim a été établi illégalement. « Ce jeune homme avait un emploi stable en tant qu’employé du gouvernement à Ramallah, chargé de l’évaluation des taxes foncières. Personne ne sait pourquoi il y est allé. »

Selon Abu Fkheyda, la famille de Nofal possédait un terrain à Risan, près de Sde Efraim. Il a déclaré qu’il ne savait pas ce qui s’était passé dans l’avant-poste de l’implantation, mais qu’il pensait que rien ne justifiait de tirer sur Nofal.

« Les habitants de l’implantation nous importunent régulièrement et parfois même nous lancent des pierres et sont violents. Nous voyons que l’armée les soutient. L’armée devrait enquêter sur ce qui s’est passé, mais elle ne le fera pas », a déclaré Abu Fkheyda.

Un haut responsable de l’Autorité palestinienne, Hussein al-Sheikh, a déclaré que « les habitants de l’implantation ont confisqué la terre de Nofal et y ont installé des caravanes… Nofal a été abattu par des habitants sur sa terre confisquée à Ras Karkar ».

Khaled Maher Nofal, 34 ans, qui a été abattu après avoir prétendument attaqué un habitant d’implantation israélien à l’avant-poste de la ferme Sde Efraim, dans le nord de la Cisjordanie, le 5 février 2021. (Twitter)

Suite à cet incident, les troupes de Tsahal ont effectué un raid à Ras Karkar. Selon les médias palestiniens, les soldats ont interpellé le père et le frère de Nofal, les amenant sur la scène du crime pour identifier ses effets personnels.

Les habitants de l’avant-poste Sde Efraim ont eu des altercations avec les Palestiniens locaux dans la région par le passé, notamment en juillet dernier.

Lors de cet incident, Zeev et six autres personnes se sont rendus sur un terrain à l’extérieur du village palestinien de Biddya afin de le travailler. Là, ils ont rencontré un groupe d’une dizaine de Palestiniens de Biddya, qui leur ont bloqué la sortie. Selon les Israéliens, les Palestiniens leur ont également jeté des pierres.

Selon l’acte d’accusation, Zeev a ensuite sorti son pistolet et a dit aux Palestiniens de quitter la zone, en tirant à côté de l’un d’eux. La balle a touché un autre Palestinien sur les lieux, le blessant modérément.

L’acte d’accusation ne précise pas comment a éclaté ce conflit entre les Palestiniens et les habitants de l’implantation, chaque partie affirmant que c’est l’autre qui l’a déclenché. L’affaire a attiré l’attention au niveau national, les politiciens et les activistes de droite faisant l’éloge de Zeev, disant qu’il avait agi en légitime défense après avoir été attaqué par des Palestiniens.

Aaron Boxerman a contribué à cet article.

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