Rechercher

L’IA trompeuse pour vérifier des images de guerre

Les outils ont des biais liés à leurs données d'entraînement mais aussi aux consignes de leurs concepteurs, explique un expert, qui met en garde contre les limites de l'intelligence artificielle

Photo du 19 juin 2017 représentant une personne en train de taper sur le clavier d’un ordinateur portable (Crédit : AP Photo/Elise Amendola, Fichier)
Photo du 19 juin 2017 représentant une personne en train de taper sur le clavier d’un ordinateur portable (Crédit : AP Photo/Elise Amendola, Fichier)

« Grok, c’est vrai? » : les internautes recourent de plus en plus aux chatbots conversationnels pour vérifier des informations, au risque d’être trompés par les erreurs des IA, comme l’illustrent les vifs échanges déclenchés sur X par le partage de la photo d’une fillette dénutrie à Gaza.

Début août, quand le député français apparenté LFI Aymeric Caron, soutien notoire de la cause palestinienne, publie sur le réseau social X cette image sans légende, alors que la bande de Gaza est menacée d’une « famine généralisée » selon l’ONU, plusieurs utilisateurs demandent rapidement à Grok d’en vérifier l’origine.

Le robot conversationnel intégré à X est formel: cette photo a été prise selon lui en octobre 2018 au Yémen et montrerait Amal Hussain, une fillette de 7 ans. Sa réponse est largement relayée. Et le député accusé de faire de la désinformation.

Mais Grok se trompe : la photo a bien été prise à Gaza, le 2 août, par Omar al-Qattaa, photojournaliste pour l’AFP.

Le cliché montre Mariam Dawwas, 9 ans, dans les bras de sa mère Modallala à Gaza-City, qui a expliqué à l’AFP que sa fille pesait 25 kilos avant la guerre, contre 9 aujourd’hui. Comme soutien médical, elle reçoit « seulement du lait, et il n’est pas toujours disponible. Ce n’est pas suffisant pour qu’elle se rétablisse », a-t-elle dit.

Interpellé sur l’inexactitude de sa réponse, Grok affirme: « Je ne propage pas de fake news ; je m’appuie sur des sources vérifiées ». Il finit par admettre son erreur mais il la reproduit dès le lendemain, en réponses à de nouvelles questions d’utilisateurs de X.

Cette photographie montre des écrans affichant le logo de Grok, un chatbot d’intelligence artificielle générative développé par la société américaine xAI, à Toulouse, dans le sud de la France, le 15 janvier 2025. (Crédit : Lionel BONAVENTURE/AFP)

Des « boîtes noires » 

Cette séquence illustre les limites des outils d’intelligence artificielle, qui fonctionnent comme « des boîtes noires », souligne Louis de Diesbach, chercheur en éthique de la technique et auteur de Bonjour ChatGPT.

« On ne sait pas précisément pourquoi ils donnent telle ou telle réponse, ni comment ils priorisent leurs sources », souligne l’expert, expliquant que ces outils ont des biais liés à leurs données d’entraînement mais aussi aux consignes de leurs concepteurs.

Le robot conversationnel d’xAI, la start-up d’Elon Musk, présente selon l’expert « des biais encore plus prononcés et qui sont très alignés sur l’idéologie promue, entre autres, » par le milliardaire sud-africain, proche des idées de la droite radicale américaine.

Interroger un chatbot sur l’origine d’une image revient à le faire sortir de son rôle, pointe M. de Diesbach : « Typiquement, quand vous cherchez l’origine d’une image, il peut dire ‘cette photo aurait pu être prise au Yémen, aurait pu être prise à Gaza, aurait pu être prise dans à peu près n’importe quel pays où il y a une famine' ».

« Un modèle de langage ne cherche pas à créer des choses exactes, ce n’est pas le but », insiste l’expert.

Récemment, une autre photographie de l’AFP, du même Omar al-Qattaa, publiée par le quotidien Libération et montrant déjà un enfant souffrant de malnutrition à Gaza, avait déjà été faussement située au Yémen et datée de 2016 par Grok. Alors qu’elle a bien été prise en juillet 2025 à Gaza.

Yazan, un petit garçon gazaoui de 2 ans souffrant de malnutrition, assis avec ses frères dans la maison endommagée de sa famille dans le camp de réfugiés d’al-Shati, à l’ouest de Gaza-City, le 23 juillet 2025. (Crédit : Omar Al-Qattaa/AFP)

L’erreur de l’IA avait conduit des internautes à accuser à tort le journal de manipulation.

Pas seulement Grok

Les biais des IA sont liés à leurs données d’entraînement, qui conditionnent la base des connaissances du modèle, et à la phase dite d’alignement, qui détermine ce que le modèle va considérer comme une « bonne » ou une « mauvaise » réponse.

Et « ce n’est pas parce qu’on lui a expliqué qu’en fait, c’était faux, que du jour au lendemain, il va (changer sa réponse) parce que ses données d’entraînement n’ont pas changé, son alignement non plus », ajoute M. de Diesbach.

Les erreurs ne sont pas propres à Grok : interrogé par l’AFP sur l’origine de la photo de Mariam Dawwas, l’agent conversationnel de Mistral AI – start-up qui, en tant que partenaire de l’AFP, peut intégrer les dépêches de l’agence aux réponses de son chatbot – a lui aussi indiqué à tort qu’elle avait été prise au Yémen.

Pour Louis de Diesbach, les agents conversationnels ne doivent pas être utilisés pour vérifier des faits, à la manière d’un moteur de recherche, car « ils ne sont pas faits pour dire la vérité » mais pour « générer du contenu, qu’il soit vrai ou faux. »

« Il faut le voir comme un ami mythomane : il ne ment pas toujours, mais il peut toujours mentir », conclut l’expert.

En savoir plus sur :
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à gal@rgbmedia.org.
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.