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Liberman: les élus du Likud font déjà le deuil de Netanyahu en coulisses

Le chef de Yisrael Beytenu qualifie de "froussards" les hauts-membres du parti parce qu'ils n'ont pas défié publiquement le Premier ministre qui, selon lui, veut un 3è scrutin

Avigdor Liberman, ministre de la Défense (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite). (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Avigdor Liberman, ministre de la Défense (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite). (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le chef de Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a renforcé sa rhétorique à l’encontre du Premier ministre Benjamin Netanyahu avant la prochaine phase des négociations de coalition, lui attribuant la responsabilité de l’impasse actuelle et disant que les hauts-responsables de sa formation du Likud « faisaient déjà son éloge funèbre » mais qu’ils avaient peur de le défier publiquement.

Le président Reuven Rivlin chargera le leader de Kakhol lavan, Benny Gantz, de former un gouvernement mercredi soir, après que Netanyahu a reconnu qu’il s’était trouvé dans l’incapacité de rassembler une coalition.

Yisrael Beytenu, qui joue un rôle d’arbitre suite aux élections non-concluantes du 17 septembre, a expliqué qu’il maintiendrait sa politique consistant à ne recommander personne au poste de Premier ministre, tandis que les alliés de Netanyahu ont répété leur soutien à ce dernier.

Dans des entretiens parus dans les médias, mardi et mercredi, le responsable de la formation laïque de droite a qualifié les membres du Likud de « froussards » parce qu’ils persistent à se rassembler autour de leur dirigeant remis en cause, les accusant de « l’enterrer vivant » en coulisses. Il a également maintenu ses récents propos tenus sur la ministre de la Culture Miri Regev qui est, selon lui, « un animal » et sur le ministre des Affaires étrangères Yisrael Katz, « un menteur pathétique », disant que ces estimations s’avéraient en fait « très modérées ».

De gauche à droite : Le ministre de l’Energie Yuval Steinitz, le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan, la ministre de la Culture Miri Regev, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le ministre des Transports Israel Katz et le ministre des Sciences et Technologies Ofir Akunis pendant un vote à la Knesset sur un projet de loi pour dissoudre le parlement à la Knesset de Jérusalem, le 26 décembre 2018 (Crédit :Yonatan Sindel/Flash90)

« Je m’attends à ce que les députés du Likud se réveillent et qu’ils réalisent que Netanyahu les entraîne, contre leur volonté et contre leurs intérêts, vers une autre élection », a dit Liberman au site d’information Ynet, mardi. « Il est temps qu’ils se dressent et qu’ils disent à Netanyahu ‘ça suffit’. Actuellement, ils se comportent comme des froussards. Il y a une grande différence entre ce qu’ils disent en coulisses et dans les conversations privées et ce qu’ils disent dans les interviews », a-t-il ajouté.

Il a détaillé ce point dans un entretien accordé mercredi à Kan : « Les membres du Likud se battent pour eux-mêmes et pour le Likud. On peut déjà constater que tous les hauts-responsables se préparent pour les primaires. Tandis qu’ils manifestent un intérêt de pure forme et ajoutent les mots ‘après l’ère Netanyahu’, en pratique ils font déjà l’éloge funèbre de Netanyahu et ils l’enterrent vivant – [Nir] Barkat, [Israel] Katz et [Gideon] Saar ont déjà fait savoir qu’ils se présenteraient. Ceux qui voient les événements qu’ils organisent… comprennent facilement qu’ils se sont déjà jetés dans la course ».

C’est Netanyahu qui avait été initialement chargé par Rivlin de former un gouvernement, sur la base du poids de son accord passé avec les formations de droite et ultra-orthodoxes – un bloc d’alliance qui représentait, de fait, 55 députés (Likud : 32 ; Shas : 9 ; Yahadout HaTorah : 7 et Yamina 7).

Gantz, pour sa part, est à la tête de 45 législateurs issus des formations du centre, de gauche et arabes (Kakhol lavan : 33 ; parti Travailliste-Gesher : 6 ; Camp démocratique 5 ; et 10 députés appartenant à la Liste arabe unie qui, pour leur part, ont précisé qu’il n’intégreraient pas une coalition dirigée par Gantz).

Liberman n’appartient à aucun bloc et il a réclamé la mise en place d’un gouvernement d’unité laïc comprenant le Likud, Kakhol lavan et son propre parti. Mais Netanyahu a refusé d’abandonner ses partenaires ultra-orthodoxes du Shas et de Yahadout HaTorah. Et Gantz, de son côté, a refusé de s’allier au Likud tant que Netanyahu risque d’être inculpé dans trois affaires de corruption. Netanyahu clame avoir tenté de former un gouvernement d’unité mais que Gantz a refusé de seulement discuter avec lui.

Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz présente ses hommages devant le cercueil de l’ancien président de la cour suprême Meir Shamgar à Jérusalem, le 22 octobre 2019 (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)

« Netanyahu parle d’unité et il nous mène vers de nouvelles élections – et la preuve de cela est son refus de négocier avec Yisrael Beytenu », a dit Liberman à Kan. « La première chose que nous avons faite, c’est de contacter par écrit le Likud et demander de lancer des pourparlers de coalition mais nous n’avons obtenu aucune réponse – on nous a complètement ignorés. Netanyahu n’a aucun intérêt à former un gouvernement, il veut gagner du temps pour des raisons personnelles », a-t-il continué.

Liberman a rejeté comme étant un « stratagème » une accusation lancée par le Likud qu’il œuvrerait lui même en faveur d’un gouvernement minoritaire avec Kakhol lavan et la Liste arabe unie, disant même que Netanyahu avait fait des offres généreuses aux partis à majorité arabe pour empêcher la réalisation d’un tel scénario.

« Ce que nous entendons de partout, c’est que, ces derniers jours, les proches de Netanyahu exercent des pressions sur les leaders de la Liste arabe unie, Ayman Odeh et Ahmad Tibi, leur promettant la lune pour qu’ils ne rejoignent pas Benny Gantz », a-t-il dit.

Liberman a ajouté que selon lui, la formation d’un gouvernement d’unité – il a appelé à la mise en place d’un tel gouvernement qui ne comprendrait que le Likud, Kakhol lavan et sa propre formation – dépendait davantage des problèmes que rencontrent le pays actuellement et des politiques qu’un tel gouvernement adopterait. Tout en admettant être aligné sur Kakhol lavan sur les questions liées à la religion et à l’Etat, il a expliqué que la gestion des affaires économiques par l’alliance de Gantz n’était « pas claire ».

Si Gantz ne réussit pas ses négociations – il a un délai de 28 jours pour mener à bien sa mission – une majorité de députés pourraient essayer de désigner un troisième candidat, ce qui n’est jamais arrivé dans l’histoire d’Israël. Et en cas d’échec, alors le pays devrait se diriger vers un scénario sans précédent : celui de l’organisation d’un troisième scrutin au sein de l’Etat juif en moins d’un an.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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