Israël en guerre - Jour 255

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Opinion

Netanyahu semble résolu à rejeter la normalisation avec l’Arabie saoudite

Un accord renforcerait la coalition contre l'Iran et créerait une alternative au Hamas à Gaza ; la course à l'injustice de Khan ; l'échec de la médiation égyptienne ; et la violence de Ben Gvir

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Tahani Alqahtani (Arabie saoudite, à gauche) et Raz Hershko (Israël) réagissent après avoir participé à leur match de judo féminin de +78kg en éliminatoire aux Jeux olympiques d'été de 2020, le 30 juillet 2021, à Tokyo, au Japon. (Crédit : AP Photo/Vincent Thian)
Tahani Alqahtani (Arabie saoudite, à gauche) et Raz Hershko (Israël) réagissent après avoir participé à leur match de judo féminin de +78kg en éliminatoire aux Jeux olympiques d'été de 2020, le 30 juillet 2021, à Tokyo, au Japon. (Crédit : AP Photo/Vincent Thian)

Alors que l’administration Biden a annoncé sans ambiguïtés qu’elle se rapprochait de la conclusion d’un accord de grande envergure avec l’Arabie saoudite, il est à craindre que pour Israël, cela ne se traduise par une « occasion manquée » de normaliser ses relations avec Ryad.

Les États-Unis ont en effet informé Israël que la partie israélo-saoudienne de l’accord nécessitait un engagement israélien. Un engagement, non pas en faveur d’un État palestinien à ce stade, mais en faveur d’une « voie » crédible vers l’indépendance palestinienne. Mais, le Premier ministre Benjamin Netanyahu semble avoir refusé de s’engager dans ce sens.

Selon Washington, un accord de normalisation entre l’Arabie saoudite et Israël permettrait, entre autres avantages pour Israël, de constituer une coalition régionale plus puissante contre l’Iran et d’améliorer les perspectives des alliés régionaux de contribuer à la création d’une alternative viable au Hamas à Gaza – des mesures qui renforcent les principaux intérêts stratégiques d’Israël.

Toutefois, comme l’a souligné publiquement Netanyahu, tout progrès vers la création d’un État palestinien et le renforcement du rôle de l’Autorité palestinienne (AP) serait une victoire pour le terrorisme. Ce qui semble inconcevable après les massacres perpétrés par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre dernier. L’AP, loin d’être une alternative responsable au Hamas, n’est pas fondamentalement différente, puisqu’elle délégitime stratégiquement Israël, encourage le terrorisme et le récompense.

Aussi pertinents que soient ces arguments, la réalité est que l’establishment de la Défense israélienne travaille avec l’AP dans le cadre d’un accord de sécurité à long terme en Cisjordanie. La semaine dernière, le ministre de la Défense Yoav Gallant a osé remettre ouvertement en question les politiques fondamentales de Netanyahu pour la deuxième fois en 14 mois. Il a affirmé que l’implication « d’entités palestiniennes » soutenues par des « acteurs internationaux » était « la seule voie » envisageable pour la gouvernance de la bande de Gaza d’après-guerre.

En outre, la communauté internationale penche de plus en plus en faveur d’une reconnaissance unilatérale du statut d’État palestinien, isolant encore davantage Israël. L’administration Biden, qui préconise une solution à deux États et un rôle pour l’AP à Gaza, a publiquement subordonné cette reconnaissance à une réforme majeure de l’AP, notamment en ce qui concerne son système éducatif et les paiements aux terroristes et à leurs familles.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken rencontrant le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, lors de son voyage d’une semaine visant à apaiser les tensions à travers le Moyen-Orient, à al-Ula, dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite, le 8 janvier 2024. (Crédit : Evelyn Hockstein/POOL/AFP)

Le temps nécessaire à la conclusion d’un accord entre les États-Unis, l’Arabie saoudite et Israël semble très limité compte tenu de l’approche des élections présidentielles américaines. Netanyahu pourrait penser qu’il est plus sage d’attendre la fin de l’administration Biden dans l’espoir que Donald Trump revienne au pouvoir et lui offre un soutien inconditionnel, ainsi qu’à ses principaux alliés de la coalition. Cependant, il n’est pas du tout certain que ce sera le cas.

Et Israël pourrait se retrouver à regretter amèrement cette occasion manquée. Une opportunité de voir un changement régional significatif qui n’est pas sans comporter des défis complexes, mais qui pourrait représenter la moins mauvaise des alternatives pour un Israël en crise.

Karim Khan refuse de laisser les faits interférer avec la justice

Une délégation était littéralement sur le point d’embarquer pour Israël afin de préparer la visite de Karim Khan, le procureur général de la Cour pénale internationale (CPI), lorsque celui-ci est apparu devant les caméras lundi pour annoncer qu’il demandait aux juges de la CPI d’émettre des mandats d’arrêt à l’encontre de Netanyahu, de Gallant et de trois chefs terroristes du Hamas pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité présumés.

Khan, qui s’est rendu en décembre dans les communautés voisines de Gaza où le Hamas a perpétré ses massacres barbares, souhaitait depuis un certain temps effectuer une nouvelle visite. Toutefois, comme il souhaitait également se rendre à Gaza, Israël a dans un premier temps refusé de faciliter son voyage.

Le procureur de la Cour pénale internationale Karim Khan visitant une ville frontalière de Gaza massacrée par le Hamas, le 3 décembre 2023. (Crédit : Forum des familles des otages et disparus)

La précipitation avec laquelle Khan a annoncé les accusations qu’il avait l’intention de porter, alors que le gouvernement venait de donner son accord et que Khan, comme l’a déclaré lundi le secrétaire d’État américain Antony Blinken, allait avoir la possibilité « dès la semaine prochaine de discuter de l’enquête et d’entendre le gouvernement israélien », semble déraisonnable.

Blinken, lui-même, a affirmé que la décision de Khan remettait en question « la légitimité et la crédibilité de cette enquête ». C’est en effet le cas.

Karim Khan, le procureur en chef de la Cour pénale internationale (au centre), annonce qu’il demande aux juges de la Cour des mandats d’arrêt contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Yoav Gallant, ainsi que les dirigeants du Hamas Yahya Sinwar, Mohammed Deif et Ismail Haniyeh, le 20 mai 2024. (Crédit : CPI)

Malgré tous les efforts déployés par la coalition de Netanyahu l’année dernière, Israël dispose toujours d’un système judiciaire puissant et indépendant, capable de répondre aux allégations de crimes de guerre et qui est par ailleurs en train d’entendre en ce moment même des requêtes demandant l’entrée à Gaza d’une aide humanitaire plus importante.

De surcroît, les enquêtes en cours menées par l’avocat général des armées et par un mécanisme d’enquête distinct mentionné par les représentants d’Israël dans l’affaire de « génocide » contre Israël devant la Cour internationale de justice (CIJ) semblent exclure les enquêtes et les mandats d’arrêt de la CPI contre des officiers de Tsahal, et il semble donc inconcevable que Khan tente d’obtenir des mandats d’arrêt pour crimes de guerre contre Netanyahu et Gallant avant la conclusion de ces enquêtes israéliennes.

La procureure générale Gali Baharav-Miara a publié un communiqué mercredi indiquant que son bureau et celui du procureur général « examinent minutieusement toute allégation sérieuse de violation de la loi par un représentant de l’État d’Israël, et qu’ils appliquent la loi ». Le système juridique est également prêt à examiner « toute allégation sérieuse, tant en ce qui concerne les questions politiques que les cas individuels ». Ainsi, la CPI « n’est pas habilitée à enquêter sur [cette] affaire » et la demande de la CPI de délivrer des mandats d’arrêt à l’encontre du Premier ministre et du ministre de la Défense « n’a aucun fondement ».

L’annulation de son voyage et son empressement à demander les mandats d’arrêt semblent indiquer que Khan ne souhaitait pas être confronté à des vérités aussi dérangeantes.

L’échec garanti du cessez-le-feu égyptien

Jacob Magid du Times of Israel a été le premier à rapporter cette information vendredi dernier. Il est aujourd’hui établi que l’Égypte a torpillé le dernier effort de négociation d’un accord sur la libération des otages. Elle aurait notamment présenté deux séries de propositions différentes à Israël et au Hamas et n’aurait pas coordonné cette manœuvre vouée à l’échec avec ses collègues médiateurs américain et qatari.

Comme je l’ai écrit il y a quinze jours, la version « acceptée » par le Hamas impliquait un processus hautement sophistiqué et trompeur dans lequel les monstrueux chefs terroristes de Gaza obtiendraient la fin de la guerre contre eux, un retour garanti au pouvoir et la libération par Israël d’un grand nombre de meurtriers de masse pour mettre le feu à la Cisjordanie.

Une image montrant la capture et l’enlèvement de Liri Albag, Karina Ariev, Agam Berger, Daniela Gilboa et Naama Levy sur la base militaire de Nahal Oz, le 7 octobre 2023. (Autorisation : Forum des Familles d’otages et de portés-disparus)

Si le document publié par le Hamas a bien été rédigé par les seuls Égyptiens, leur rôle n’a pas été stupide, mais plutôt perfide. Il semble plus probable qu’il ait été « négocié » entre l’Égypte et le Hamas, les chefs terroristes manipulant les médiateurs égyptiens.

Le résultat final tragique a été une offre explicite du Hamas qui ne garantissait pas la libération de la majorité des otages, ni même d’un grand nombre d’entre eux, et qui a donc fait capoter tout le cycle de négociations.

Le ministre brutalise les forces de police

Alors que le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a renforcé son emprise sur la police israélienne et que le commissaire sortant, Kobi Shabtaï, est un canard boiteux, la violence des forces de police est de plus en plus évidente chaque semaine. Les policiers en uniforme qui sont présents aux diverses et incessantes manifestations pour la libération des otages et pour des élections immédiates ne remplissent manifestement plus leur obligation d’assurer la sécurité des manifestations légitimes, mais tentent plutôt de les restreindre et de les dissuader.

Gadi Kedem, qui a perdu plusieurs membres de sa famille lors des massacres du 7 octobre, arrivant pour déposer plainte au poste de police avec son épouse, après avoir été agressé la veille lors d’une manifestation, à Tel Aviv, le 19 mai 2024. (Crédit : Flash90)

Il est rare aujourd’hui de voir une manifestation se dérouler sans que l’un ou l’autre des parents d’un otage ne soit blessé par les forces de l’ordre. Samedi soir à Tel Aviv, Gadi Kedem, qui a perdu six proches le 7 octobre, aurait été frappé lors d’une manifestation par un militant de droite connu, puis interrogé sous caution pour son rôle ostensible dans l’incident. Ayala Metzger, dont le beau-père, Yoram, est retenu en otage, semble être devenue une cible régulière des policiers.

Il n’est plus rare désormais de voir des agents en civil infiltrer les manifestations, dégainer soudainement des casquettes de la police pour arrêter les personnes autour d’eux. Des manifestants se retrouvent en garde à vue simplement parce qu’ils se trouvent à côté d’un des bus dans lesquels la police pousse les délinquants présumés. J’ai eu vent d’un incident au cours duquel une personne qui ne participait pas à une manifestation organisée près du commissariat de police de Jaffa a été traînée par les cheveux, les mains et les pieds menottés, et détenue pendant toute une nuit.

Voilà comment les choses se passent lorsque l’autorité ministérielle sur l’un des systèmes nationaux les plus sensibles et les plus importants est confiée à un dangereux voyou.

Les forces de sécurité évacuant le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir lors d’une manifestation pour la libération des otages détenus par des groupes terroristes à Gaza suite à la publication d’une vidéo de propagande du Hamas par l’otage Hersh Goldberg-Polin, à Jérusalem, le 24 avril 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Et si on s’attaquait à l’Associated Press

Il convient également de féliciter ici Netanyahu pour sa nomination clairvoyante de Shlomo Karhi au poste de ministre des Communications.

Le ministre des Communications Shlomo Karhi arrivant à une réunion de faction du Likud à la Knesset, le 8 janvier 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Karhi est l’homme de médias qui a ordonné mardi la saisie d’une caméra utilisée par l’Associated Press à Sderot pour avoir transmis à des milliers de clients des images en direct du nord de la bande de Gaza. Une loi adoptée le mois dernier a donné à Karhi le pouvoir de fermer temporairement Al Jazeera – une décision que le gouvernement n’a pas expliquée, même s’il avait des raisons d’affirmer que la chaîne qatarie incitait à la violence depuis l’intérieur d’Israël. Al Jazeera étant l’un des milliers de clients diffusant des images de l’Associated Press, Karhi a estimé qu’il convenait de cibler également la puissante agence de presse américaine.

Il est clair que Karhi, qui a été sommé de revenir sur sa décision quelques heures plus tard, était un choix ministériel inspiré – si, bien sûr, votre objectif est de faire en sorte que le gouvernement israélien, qui mène une bataille difficile pour la légitimité même du pays et son droit à se défendre contre le Hamas, le Hezbollah et l’Iran, soit perçu internationalement comme un ennemi des libertés fondamentales de la presse.

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