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Noam exigera une loi interdisant les « études de genre » dans les écoles primaires

Avi Maoz, de la faction Noam du parti HaTzionout HaDatit, demandera également la fermeture de la section égalitaire du mur Occidental s'il rejoint la coalition

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Le député Avi Maoz à la Knesset, à Jérusalem, le 21 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le député Avi Maoz à la Knesset, à Jérusalem, le 21 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le chef du parti Noam anti-LGBT, Avi Maoz, qui s’est présenté dans le cadre de l’alliance d’extrême-droite HaTzionout HaDatit, a déclaré dimanche qu’il conditionnera son entrée au gouvernement à la promotion d’une loi visant à empêcher l’enseignement des « études de genre » dans les écoles primaires.

Dans une interview accordée à la Quatorzième chaîne, Maoz a déclaré que, bien qu’il ait posé des conditions pour entrer dans un éventuel gouvernement dirigé par Benjamin Netanyahu, il soutiendrait de toute façon la coalition.

Maoz n’a pas précisé ce qu’il entendait par « études de genre ». Le système éducatif israélien accorde très peu d’importance à toute forme d’éducation sexuelle ou relationnelle, en particulier dans les écoles primaires.

« En ce qui me concerne, ce gouvernement doit adopter ce projet de loi. C’est une prérogative », a-t-il déclaré.

Maoz a ajouté que son parti « est venu pour mettre à exécution nos principes », avant de noter qu’il apporterait sa loyauté et son expérience au futur gouvernement.

« Nous sommes ici pour renforcer l’identité juive de l’État et pour renforcer le système éducatif », a-t-il dit, signalant qu’il exigerait également que le ministère de l’Éducation mette au rebut des « programmes d’études progressistes », sans préciser lesquels.

Maoz a déclaré à la chaîne – notoirement de droite – que son parti demanderait également la fermeture de la section égalitaire du mur Occidental, une zone utilisée principalement par les Juifs réformés, mais aussi par certains Juifs orthodoxes plus libéraux, qui préfèrent éviter l’emplacement principal où les hommes et les femmes sont séparés pour des cérémonies de bar mitzvah et de bat mitzvah en plus petits comités. La section égalitaire, également connue sous le nom d’Ezrat Yisrael et d’Arche de Robinson, est située dans une zone située au sud de la section principale et dispose de sa propre entrée.

Le chef du parti Noam a déclaré qu’il prévoyait d’exiger une législation qui « déterminera que les traditions relatives à la prière sur toute la longueur du mur Occidental seront soumises aux directives du Grand Rabbinat ».

Ce qui mettrait Maoz en désaccord avec la majorité des Juifs de la Diaspora et même avec certaines parties de la communauté sioniste religieuse de droite en Israël, qui considèrent la section égalitaire comme un moyen de garantir que la place principale du mur Occidental continuera à être divisée, séparant les hommes et les femmes, et que l’interprétation orthodoxe stricte de la loi juive sera ainsi respectée.

L’Agence juive, qui est responsable de la section égalitaire, s’est abstenue de tout commentaire sur le programme de Maoz dans une tentative apparente de rester apolitique, mais elle a fait savoir qu’elle « reste déterminée à permettre à tous les Juifs de prier au mur Occidental d’une manière qui a du sens pour eux, et l’Agence s’engage à poursuivre le projet d’amélioration de la section Ezrat Yisrael. »

Les groupes religieux libéraux ont dénoncé la demande de Maoz, la qualifiant de provocatrice et d’irresponsable.

« Le parti Noam et ses partenaires ont apparemment le désir d’allumer l’incendie et d’agir comme les pires provocateurs, y-compris en ce qui concerne le mur Occidental, au lieu d’agir de manière responsable et sérieuse dans l’intérêt de tous les citoyens d’Israël », a déclaré le groupe orthodoxe libéral Neemanei Torah Vaavoda dans un communiqué.

Le groupe militant les Femmes du mur, qui se bat pour le droit des femmes à lire la Torah au mur Occidental, et plus généralement pour le pluralisme religieux sur le site, a également violemment condamné les propos de Maoz.

« Le mur Occidental appartient à tous les Juifs et à toutes les Juives, en Israël et dans la Diaspora, et pas seulement à Avi Maoz et à sa bande de brutes qui tentent de s’approprier par la force ce lieu saint du judaïsme », a déclaré le groupe.

Avi Maoz a donné cette interview un jour après que son porte-parole a refusé de détailler les exigences de Noam pour entrer au gouvernement, déclarant qu’il « ne mène pas de négociations par le biais les médias. »

Le parti d’extrême-droite HaTzionout HaDatit a obtenu 14 sièges lors des élections législatives du 1er novembre et il devrait être un partenaire majeur dans la future coalition gouvernementale dirigée par Netanyahu.

Le chef du Likud a négocié la fusion des partis extrémistes HaTzionout HaDatit, Otzma Yehudit et Noam afin de s’assurer qu’aucun vote d’extrême-droite ne serait gaspillé si l’un des partis échouait à franchir le seuil électoral.

Alors que Maoz s’est présenté sur une liste aux côtés du parti HaTzionout HaDatit de Bezalel Smotrich et du parti Otzma Yehudit d’Itamar Ben Gvir, qui ont annoncé qu’ils formeraient un bloc uni lors des négociations de coalition, le leader de Noam a déclaré dimanche qu’il mènerait ses propres pourparlers avec le Likud.

Le député Itamar Ben Gvir, à droite, et le député Bezalel Smotrich, à gauche, lors d’un événement de campagne électorale à Sderot, le 26 octobre 2022. (Crédit : Flash90)

Plusieurs membres du parti HaTzionout HaDatit et leurs alliés ont passé les jours suivant l’élection à détailler leurs projets pour œuvrer à légalement abolir la marche des Fiertés à Jérusalem.

La semaine dernière, Maoz avait déclaré qu’il ferait son possible pour obtenir la suppression de la Gay Pride de Jérusalem et il avait indiqué qu’il ferait en sorte d’obtenir l’annulation du veto du ministère de la Santé sur les thérapies de conversion, afin de « donner des conseils psychologiques à ceux qui ne veulent pas être gay ».

Les autorités sanitaires du monde entier estiment que les thérapies de conversion sont douteuses sur le plan scientifique et vraisemblablement dangereuses, et les principales organisations de santé mettent en garde contre le traitement de l’homosexualité comme une maladie mentale et contre ce qu’elles qualifient de méthodes pseudo-scientifiques.

Netanyahu a déclaré dans une réunion à huis-clos que son gouvernement n’autorisera aucun changement dans le statu-quo sur les droits LGBT dans le pays, notamment en ce qui concerne d’éventuelles limitations du défilé de la Gay Pride, selon de multiples informations qui ont filtré vendredi.

Noam était entré sur la scène politique en 2019 avec une série d’affiches provocatrices placées sur l’autoroute et avec des vidéos accompagnées du slogan « Israël choisit d’être normal ».  Le parti affirme que la communauté LGBT « impose son agenda » au reste de la société israélienne, qui croit en une structure familiale « normale » (hétéronormative).

Des panneaux d’affichage du parti Noam sur les autoroutes de Tel Aviv qui disent « Israël choisit d’être normal ». (Autorisation)

Il a également assimilé les Juifs de la communauté LGBT et les Juifs réformés aux nazis. Une vidéo de campagne de 2019 compare les Juifs réformés, les militants de gauche et les défenseurs des droits des homosexuels aux nazis et aux kamikazes palestiniens, clamant qu’ils « veulent [tous] nous détruire ».

Le parti extrémiste bénéficie du soutien du rabbin Tzvi Tau, président de la yeshiva radicale Har Hamor à Jérusalem et chef spirituel de Noam. L’octogénaire est une voix éminente au sein de la communauté nationaliste-religieuse dénonçant l’acceptation des membres de la communauté LGBT. Il avait écrit en 2017 que l’homosexualité est « la déviation la plus immonde qui puisse briser la vie familiale… elle entre en contradiction avec le premier fondement de l’existence humaine ».

Des Israéliens défilant pour la Gay Pride à Jérusalem, le 2 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Au-delà de la question LGBT, Maoz a fait campagne sur le « renforcement du caractère juif de l’État d’Israël » par une observation nationale plus stricte du Shabbat, le renforcement du monopole du rabbinat orthodoxe sur la vie religieuse, l’injection de la loi religieuse dans la société en général et la promotion des « valeurs familiales ».

Dans une interview accordée l’année dernière à l’hebdomadaire religieux national Makor Rishon, Maoz avait expliqué son inquiétude face aux évolutions sociales dans le pays.

« Il y a une tentative de modifier nos consciences, de changer nos concepts. Jusqu’à il y a une décennie, on pouvait demander à n’importe quel enfant : ‘Qu’est-ce qu’une famille ?’ et il vous répondait : ‘Un père, une mère et des enfants’. On pouvait lui demander : ‘Qu’est-ce que la nation d’Israël ?’ et tous les enfants savaient très bien, dans le passé, ce qu’était un Juif et ce qu’était un goy‘. »

Maoz, qui est également défavorable à la présence des femmes au sein de l’armée israélienne, a déclaré au journal que la plus grande force des femmes est de se marier et d’avoir des enfants.

Jacob Magid a contribué à cet article.

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