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Analyse

Opération Aube contre le Jihad islamique mais tous les yeux sont rivés sur le Hamas

Le Hamas se considère vainqueur du dernier conflit avec Israël en 2021. Mais souhaite-t-il une nouvelle confrontation, déclenchée par son allié-rival, soutenu par l'Iran ?

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Une photo prise le 5 août 2022 montre des roquettes palestiniennes tirées depuis la ville de Gaza en représailles aux précédentes frappes aériennes israéliennes. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)
Une photo prise le 5 août 2022 montre des roquettes palestiniennes tirées depuis la ville de Gaza en représailles aux précédentes frappes aériennes israéliennes. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)

La dernière confrontation entre Israël et les terroristes de Gaza n’a pas commencé dans la bande de Gaza dirigée par le Hamas.

Elle a, d’une certaine manière, commencé à Jénine, lundi soir, avec l’arrestation par Tsahal, du chef du groupe terroriste du Jihad islamique palestinien en Cisjordanie, Bassem Saadi, 61 ans. Emprisonné à plusieurs reprises par Israël, Saadi avait mis sur pied « une force militaire importante pour l’organisation dans [le nord de la Cisjordanie] et notamment à Jénine » ces derniers mois, selon l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet.

Mais cette confrontation peut, dans une plus large mesure, être attribuée à l’Iran, qui aurait acheminé des dizaines, voire des centaines de millions de dollars au Jihad islamique ces dernières années pour lui permettre de financer ses opérations de recrutement et son armement, tant à Gaza qu’en Cisjordanie.

Pendant plus de trois jours, après l’arrestation de Saadi, et confronté à ce que les responsables israéliens ont affirmé vendredi être des menaces « concrètes » que le Jihad islamique était résolu à se venger de l’arrestation en prenant civils et soldats israéliens pour cible près de la frontière de Gaza, Israël a imposé un confinement partiel aux habitants près de la bande de Gaza, a renforcé le déploiement de ses troupes et a sommé le Jihad islamique, par l’intermédiaire de médiateurs égyptiens, de se retirer.

Selon le témoignage du porte-parole de Tsahal, Ran Kochav, dans une interview sur la Douzième chaîne vendredi soir, à partir du moment où il n’y a plus eu de doutes qu’une attaque orchestrée par le commandant du Jihad islamique dans le nord de Gaza, Tayseer Jabari, allait avoir lieu, et dès que les renseignements nécessaires ont été recueillis par Tsahal, une attaque ciblée a été ordonnée contre Jabari dans son appartement. D’autres membres de sa cellule, qui avaient l’intention d’enlever des Israéliens près de la frontière, ont également été éliminés.

Pendant qu’Israël menait d’autres frappes sur des cibles du groupe terroriste dans la bande de Gaza et que celui-ci tirait des salves de projectiles sur le centre et surtout le sud d’Israël, le commandant du Jihad islamique était accueilli par ses bailleurs de fonds à Téhéran. Depuis la capitale iranienne, Ziad Nakhaleh a déclaré : « Nous nous engageons dans la bataille. Il n’y a pas de cessez-le-feu après une attaque ».

Ziad Nakhaleh, chef du groupe terroriste palestinien du Jihad islamique (Crédit : capture d’écran)

Mais Nakhaleh ne veut pas que le Jihad islamique palestinien se batte seul. « C’est un test pour toutes les branches de la résistance » [nom que se donnent les groupes terroristes palestiniens], a-t-il affirmé, dans ce qui était clairement un appel à la participation du Hamas, à la tête de Gaza.

Si le Hamas et le Jihad islamique, beaucoup plus petit et moins influent, partagent l’objectif stratégique d’éliminer Israël, leurs intérêts à court terme ne sont pas toujours alignés. Le Jihad islamique palestinien, qui n’a aucune ambition de gouvernance et n’assume aucune responsabilité civile, peut compter sur ses bailleurs de fonds iraniens pour causer un maximum de dommages à Israël dans l’immédiat, alors que le Hamas a tout à perdre.

Il est conscient de la longue liste de cibles potentielles du Hamas que Tsahal possède si ce conflit venait à s’étendre.

Il ne veut probablement pas s’aliéner les Égyptiens, qui contrôlent la frontière sud de Gaza et qui, comme si souvent dans le passé, cherchent à mettre fin aux combats par la médiation.

Et il est parfaitement conscient que l’économie misérable de Gaza ne peut se permettre un nouveau revers pour la bande. Les Gazaouis n’ont déjà que peu d’électricité lorsque tout va bien, et, conséquence du blocage de cette semaine, leur unique centrale électrique était sur le point de fermer en raison d’un manque de carburant en provenance d’Israël, avant même l’éruption du conflit de vendredi [elle est complètement à l’arrêt depuis samedi]. Idem pour les exportations agricoles qui ont été bloquées et ont donc pourri.

Les quelque 15 000 habitants de Gaza qui travaillent habituellement en Israël – le gouvernement avait progressivement augmenté leur nombre ces derniers mois – n’ont pas pu s’y rendre cette semaine et ils ont un besoin urgent de recommencer à gagner leur vie. Si les choses empirent, le mécontentement à l’égard des dirigeants du Hamas risque de s’aggraver.

L’appartement endommagé de Tayseer Jabari, le commandant du Jihad islamique pour le nord de Gaza, après une frappe aérienne israélienne, dans la ville de Gaza, vendredi 5 août 2022. (Crédit : Adel Hana/AP)

Israël a été aussi clair que possible dès les premières heures du conflit pour souligner qu’il visait uniquement les actifs du Jihad islamique, et non ceux du Hamas. Tsahal s’est engagé dans « une campagne ciblée contre le Jihad », a déclaré à plusieurs reprises Kochav, le porte-parole de l’armée, lors de son interview télévisée ; les responsables militaires ont également insisté sur ce fait lors des points de presse.

Cette position est très différente de celle des escalades précédentes ou envisagées à Gaza, où les dirigeants israéliens ont toujours insisté sur le fait que, quel que soit le groupe terroriste qui attaquait ou menaçait Israël, le Hamas serait tenu pour responsable en tant que force dirigeante de Gaza.

Le Hamas s’est attribué la victoire lors du dernier conflit important, en mai 2021, tirant des roquettes vers Jérusalem, alors que les tensions dans la Vieille Ville et ses environs s’intensifiaient, déclenchant une confrontation de 11 jours. À sa grande joie, les combats avaient provoqué des affrontements mortels entre Arabes et Juifs à l’intérieur d’Israël, des émeutes en Cisjordanie, et même des tirs transfrontaliers mineurs en provenance du Liban et de la Syrie. La bande de Gaza avait fait l’objet de lourdes frappes aériennes israéliennes, causant des dommages considérables au Hamas et à ses infrastructures, mais pas aussi important qu’Israël l’aurait souhaité.

La question qui déterminera le cours de cette nouvelle flambée de violence provoquée par le Jihad islamique est la suivante : le Hamas jugera-t-il que ses intérêts sont mieux servis en restant en dehors du conflit ou en y participant ?

Dans de brèves remarques vendredi soir adressées en direct à la population israélienne, mais visant aussi, au moins partiellement, le Hamas, le Premier ministre Yaïr Lapid a insisté sur le fait « qu’Israël n’est pas intéressé par un conflit plus étendu à Gaza, mais n’hésitera pas non plus à s’y engager si nécessaire ».

Il a également fait remarquer que « le Jihad islamique est un supplétif de l’Iran » et que « le chef du Jihad islamique se trouve à Téhéran au moment où nous parlons. »

Le Jihad islamique et ses parrains iraniens espèrent peut-être un nouvel épisode du conflit multi- frontalier de mai 2021 contre Israël – et cette fois, ce seront eux, et non le Hamas, qui en seront la cause.

Les liens du Hamas avec l’Iran ont été relativement chaleureux ces derniers temps, même s’il n’est certainement pas un agent par procuration classique de Téhéran. Et bien que le Hamas ait toujours un certain intérêt à une confrontation avec Israël, veut-il être entraîné dans un nouveau cycle, par son allié-rival local beaucoup plus petit et par l’Iran, à un moment et dans un contexte qu’il n’a pas choisis ?

Nous le saurons bien assez tôt.

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